Bruxelles, 09/01/2007 (Agence Europe) - A la veille de la présentation du « paquet Energie » pour l'UE, attendu ce mercredi après délibérations du Collège des Commissaires (EUROPE n° 9339), les ONG environnementales et les Verts/ALE au Parlement, pleins d'ambition pour les énergies renouvelables et l'intensification de la lutte contre le réchauffement planétaire, sont circonspects. Tandis que les uns exhortent la Commission européenne à faire preuve de courage, les autres, plus pessimistes, redoutent le pire.
Greenpeace, qui s'est procuré les documents, ne se fait guère d'illusions. Dans un communiqué publié le 9 janvier, l'ONG affirme sans ambages que « comme beaucoup de cadeaux de Noël le paquet tant attendu de la Commission promet d'être un bel emballage renfermant peu de substance ». Bien que la Commission reconnaisse la nécessité d'une action urgente pour combattre le changement climatique, casser la dépendance de l'Europe à l'égard des combustibles importés et renforcer la compétitivité, il est fort probable, selon Greenpeace que le « paquet énergie » montrera l'incapacité de la Commission à avoir une vision qui s'écarte du modèle énergétique actuel, alors même qu'elle reconnaît que ce modèle est coûteux, non durable et bancal. « Nous sommes particulièrement préoccupés par le fait que la Commission envisage de réviser pour les affaiblir les politiques existantes en matière d'énergies renouvelables, ce qui pourrait saper considérablement la confiance des investisseurs dans cette industrie jeune et dynamique », explique Frauke Thies, spécialiste des questions d'énergies renouvelables au bureau européen de Greenpeace. La feuille de route pour les énergies renouvelables propose d'établir un objectif global dans les secteurs de l'électricité, du chauffage et de la réfrigération, « ce qui s'écarte de l'approche spécifique par secteur qui s'est révélée un vrai succès », précise Mme Thies.
Greenpeace dénonce également « la tentative de la Commission d'assurer la survie du charbon - la source d'énergie la plus polluante et la moins efficace -, en apportant un plein soutien aux technologies de la capture et du stockage de carbone qui n'ont pas fait leurs preuves pour la production d'électricité ». Or, selon l'ONG, il faudrait compter dix ans au moins pour tester ces technologies et dix ans supplémentaires pour les déployer à large échelle, « si tant est qu'elles fonctionnent ». « La Commission ignore les coûts de ces technologies, leur risque d'échec, imputable par exemple à des fuites et le fait que se concentrer sur ces technologies détourne l'attention des options propres et fiables comme l'énergie renouvelable et l'efficacité énergétique », estime Mark Johnston, spécialiste des questions relatives au charbon, à l'énergie nucléaire et aux subsides.
Quant aux objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour l'après-2012, Greenpeace souligne que si la Commission entend proposer une réduction de 30% à l'horizon 2020 pour l'ensemble des pays industrialisés, il est douteux qu'elle recommande cet objectif pour l'UE, alors même que plusieurs Etats membres (Allemagne, Royaume-Uni, France, Italie et Suède) y sont favorables, et que ce chiffre est incontournable pour respecter l'objectif, auquel a souscrit l'UE, d'une stabilisation globale des températures moyennes à 2% au dessus du niveau préindustriel. « Si comme la rumeur le dit, la Commission se contente de recommander, comme objectif pour l'Europe, une réduction des émissions de 20% d'ici à 2020, elle prêtera le flanc aux accusations de ceux qui dénonceront une gaffe scientifique et politique ».
Le WWF se demande si la Commission ne serait pas sur le point de « manquer une chance de traiter le changement climatique avec sérieux ». Aussi l'ONG appelle-t-elle l'UE à être courageuse pour mettre en place les mesures concrètes requises pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. En d'autres termes, « l'UE doit viser pour elle-même un objectif unilatéral d'une réduction de 30% des émissions d'ici à 2020, par rapport au niveau de 1990. Tout objectif qui serait en deçà de ce chiffre équivaudrait à un refus d'assumer ses responsabilités ». Etant donné que l'énergie est responsable de 93% des émissions de dioxyde de carbone en Europe, l'action dans ce secteur est un facteur clé pour garantir des options de développement pour les générations futures, souligne le WWF qui prône pour l'UE: - la fixation d'un objectif contraignant de 25% en 2020 pour l'énergie renouvelable, assorti d'objectifs spécifiques pour l'électricité, le chauffage et la réfrigération, et les biocarburants ; - des économies d'énergie de 20% grâce à l'efficacité énergétique et la conservation de l'énergie dans les transports, les bâtiments et le secteur des équipements électriques ; - une réglementation contraignante sur la capture et le stockage du carbone après évaluation immédiate du potentiel de cette technologie, qui devrait être imposée à toutes les centrales électriques d'ici à 2020.
Pour les Verts/ALE au Parlement, « la version actuelle, bien que non définitive, du paquet énergie est une occasion manquée. La Commission semble prête à revoir à la baisse ses propres propositions tant sur les énergies renouvelables que sur la séparation de la propriété. Cela montre que les récentes déclarations fracassantes du Président Barroso, au sujet d'une nouvelle révolution industrielle ne sont rien d'autre que des mots creux », déclare le Vert luxembourgeois, Claude Turmes. (an)