L'oubli de M. Vanhanen. Je m'attendais à des interprétations différentes des conclusions du Conseil européen sur le parallélisme entre approfondissement et élargissement de l'Union européenne (voir cette rubrique d'hier), mais pas si vite ! Devant le Parlement européen, la Présidence finlandaise du Conseil a commenté la nouvelle stratégie pour les adhésions futures en mettant l'accent sur l'un seulement des deux volets, celui de l'ouverture aux pays candidats, en négligeant la condition de l'approfondissement. Le Premier ministre Matti Vanhanen a réaffirmé que les pays candidats doivent respecter les «critères de Copenhague», mais il n'a pas dit un mot sur les conditions internes à l'UE elle-même. Il n'a pas cité le concept de «capacité d'intégration», qui figure dans les «conclusions de la Présidence», ni les affirmations explicites qui concrétisent ce concept: celle de caractère général du paragraphe 6 (« l'Union doit pouvoir fonctionner et aller de l'avant»), et celles plus détaillées du paragraphe 9: « Le Conseil européen souligne qu'il importe de faire en sorte que l'Union puisse maintenir et approfondir son propre développement. Le rythme de l'élargissement doit tenir compte de la capacité de l'Union à intégrer de nouveaux membres (…) A mesure que l'Union s'élargit, la réussite de l'intégration européenne exige que les institutions de l'UE fonctionnent efficacement et que les politiques de l'UE soient développées et financées de manière durable». Le renforcement des procédures de négociation que j'ai évoqué hier (auquel le par. 7 des conclusions est consacré) est également passé sous silence dans le discours du président aux parlementaires.
Une Présidence courageuse et efficace. Ceci ne signifie aucunement que la Présidence finlandaise n'ait pas œuvré avec courage politique et efficacité en faveur de l'amélioration du fonctionnement institutionnel de l'Union et en faveur des politiques communes: c'est le contraire qui est vrai, les résultats de «son» semestre le prouvent, que ce soit à propos de l'environnement, de la recherche, de l'énergie ou du renforcement du grand marché. Depuis combien de temps l'UE n'avait-elle pas engrangé autant de succès ? Toutefois…
Un message d'ouverture. Toutefois, pour l'élargissement, le message que M. Vanhanen voulait faire passer est clair: un message d'ouverture aux pays candidats. Je le cite:
a) Turquie. « J'entends souligner que le futur de la Turquie est dans l'Union européenne (…) Le processus est ralenti pour un temps, mais le point d'arrivée demeure inchangé ».
b) Pour les nouvelles adhésions. « La perspective de devenir membre, le fait de savoir que l'Union est ouverte, est essentiel pour la stabilité en Europe, et encourage les réformes dans les pays voisins (…) Une UE ouverte qui augmente sa force ; c'est ça, notre avenir ».
c) Rejet de frontières préétablies. « Il n'y a eu aucune discussion (au Conseil européen) sur les limites de l'élargissement. Tout simplement, il n'y pas de place pour ceci: aucune limite artificielle ne doit être introduite. Nos frontières ne se fondent pas sur la géographie mais sur les valeurs ».
Le volet négligé. Cette interprétation néglige, à mon avis, un volet important: celui des initiatives de la Commission européenne concernant la politique de voisinage, les débats parlementaires qui ont suivi et les prises de position des autorités d'un certain nombre d'Etats membres, prouvant que cette politique soulève de plus en plus d'intérêt. Les phrases citées de M. Vanhanen pourraient vraisemblablement faire l'unanimité, mais à la condition que leur objet soit la qualité et l'intensité des liens entre l'UE et les pays qui l'entourent, couvrant à la fois les adhésions et d'autres formes possibles de partenariat ou d'association qui pourraient parfois être plus appropriées, dans l'intérêt des pays tiers concernés eux-mêmes.
Une stratégie sérieuse. Il se confirme donc que les conclusions du Conseil n'ont pas éliminé les ambiguïtés. Les problèmes actuels ne seront certes pas aggravés par les adhésions envisagées des pays balkaniques qui sont encore sur la liste d'attente ; la relance institutionnelle et la sauvegarde (avec réformes) des politiques communes sont de toute manière déjà nécessaires. Les points d'interrogation et le choix entre adhésion et association (ou d'autres formules) se poseront pour des pays comme la Turquie, l'Ukraine et d'autres encore plus éloignés. Les formules du type «les frontières de l'UE ne se fondent pas sur la géographie mais sur les valeurs » n'ont, à mon avis, pas beaucoup de signification car elles pourraient couvrir aussi Israël, la Palestine et le Liban (comme certains parlementaires européens le demandent) ; et pourquoi pas le Québec ou la Nouvelle-Zélande ? Le parallélisme entre élargissement et approfondissement, y compris la capacité d'intégration, représente une stratégie sérieuse et il doit être considéré comme tel.
(F.R.)