La stratégie d'élargissement de l'Union, la prise de décision dans le domaine du JAI, la politique en matière de migration, la Constitution européenne ainsi que diverses questions de politique internationale ont figuré au centre des travaux du Conseil européen des 14 et 15 décembre, à Bruxelles. EUROPE a largement rendu compte des résultats de ce Sommet (voir EUROPE n° 9329 et n° 9330).
Nous publions ci-dessous la première partie du texte intégral des conclusions de la Présidence finlandaise. La deuxième partie (relative aux sujets de politique internationale: Moyen-Orient, Liban, Iran, Afrique, etc.) sera publiée dans le prochain numéro de notre série EUROPE/Documents.
CONCLUSIONS DE LA PRÉSIDENCE
1. La réunion du Conseil européen a été précédée d'un exposé de M. Josep Borrell, président du Parlement européen, à l'issue duquel un échange de vues a eu lieu. Le Conseil européen remercie M. Borrell pour le travail qu'il a accompli au cours de son mandat en tant que président du Parlement européen.
2. Le Conseil européen souhaite chaleureusement la bienvenue à la Bulgarie et à la Roumanie, qui deviendront membres de l'Union européenne le 1er janvier 2007. Leur adhésion marque l'heureux aboutissement du cinquième élargissement de l'Union.
Poursuivre la réforme: le traité constitutionnel
3. Ainsi que le Conseil européen l'a décidé lors de sa réunion de juin 2006, l'Union a suivi une démarche double. Elle s'est attachée à tirer le meilleur parti des possibilités offertes par les traités existants afin d'obtenir des résultats concrets, tout en ouvrant la voie à la poursuite du processus de réforme. La présidence a fourni au Conseil européen un bilan des consultations qu'elle a menées avec les États membres au sujet du traité constitutionnel. Le résultat de ces consultations sera communiqué à la future présidence allemande dans le cadre de ses préparatifs en vue du rapport qui devra être présenté au cours du premier semestre de 2007. Le Conseil européen réaffirme qu'il importe de commémorer le 50ème anniversaire des traités de Rome afin de confirmer les valeurs du processus d'intégration européenne.
I. STRATÉGIE POUR L'ÉLARGISSEMENT
4. Comme convenu lors du Conseil européen de juin 2006 et sur la base de la communication de la Commission sur la stratégie pour l'élargissement et de son rapport spécial sur la capacité de l'UE à intégrer de nouveaux membres, le Conseil européen a tenu un débat approfondi sur l'élargissement. Il estime que la stratégie pour l'élargissement fondée sur la consolidation, la conditionnalité et la communication, conjuguée à la capacité de l'UE à intégrer de nouveaux membres, constitue la base d'un consensus renouvelé sur l'élargissement. L'UE respecte les engagements qu'elle a pris à l'égard des pays participant au processus d'élargissement.
5. L'élargissement a été un succès pour l'Union et l'Europe dans son ensemble. Il a contribué à surmonter la division de l'Europe et à assurer la paix et la stabilité sur tout le continent. Il a suscité des réformes et a consolidé les principes communs de liberté, de démocratie, de respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales, d'État de droit et d'économie de marché. Le marché intérieur plus vaste et la coopération économique plus étendue ont accru la prospérité et la compétitivité, permettant à l'Union élargie de mieux relever les défis de la mondialisation. L'élargissement a également accru le poids de l'UE dans le monde et a fait d'elle un partenaire plus puissant sur la scène internationale.
6. Afin de permettre à l'UE de maintenir sa capacité d'intégration, les pays en voie d'adhésion doivent être disposés à assumer pleinement les obligations qui découlent de l'adhésion à l'Union et être en mesure de le faire, et l'Union, pour sa part, doit pouvoir fonctionner efficacement et aller de l'avant. Ces deux aspects sont essentiels si l'on veut gagner un soutien large et durable de l'opinion publique, qui devrait également être mobilisé par une plus grande transparence et une meilleure communication.
7. Le Conseil européen confirme que l'UE honore ses engagements liés aux négociations d'adhésion en cours. Les dispositions régissant le processus d'adhésion, qui ont été renforcées récemment, prévoient la stricte conditionnalité à tous les stades des négociations. Le Conseil européen approuve les améliorations suggérées par la Commission en ce qui concerne la gestion et la qualité des négociations. Aussi les questions difficiles, telles que les réformes dans les domaines administratif et judiciaire et la lutte contre la corruption, seront-elles abordées assez rapidement. En outre, les résultats des dialogues politiques et économiques seront pris en compte dans les négociations d'adhésion. Le rythme du processus d'adhésion dépend des résultats des réformes menées dans le pays participant aux négociations, chaque pays étant jugé selon ses propres mérites. L'Union s'abstiendra de fixer d'éventuelles dates limites pour l'adhésion tant que les négociations ne seront pas sur le point d'aboutir.
8. Le Conseil européen réaffirme que l'avenir des Balkans occidentaux est dans l'Union européenne. Il rappelle que la progression de chaque pays sur la voie de l'Union européenne dépend des efforts qu'il déploie pour satisfaire aux critères de Copenhague et aux conditions fixées dans le processus de stabilisation et d'association. Les résultats satisfaisants obtenus par un pays dans la mise en oeuvre des obligations qui lui incombent en vertu des accords de stabilisation et d'association, y compris les dispositions ayant trait au commerce, constitueront un élément essentiel sur lequel l'UE se fondera pour examiner une éventuelle demande d'adhésion.
9. Le Conseil européen souligne qu'il importe de faire en sorte que l'UE puisse maintenir et approfondir son propre développement. Le rythme de l'élargissement doit tenir compte de la capacité de l'Union à intégrer de nouveaux membres. Le Conseil européen invite la Commission à présenter, dans son avis sur la demande d'adhésion d'un pays et au cours des négociations d'adhésion, une évaluation des incidences sur les principaux domaines d'action.
À mesure que l'Union s'élargit, la réussite de l'intégration européenne exige que les institutions de l'UE fonctionnent efficacement et que les politiques de l'UE soient développées et financées de manière durable.
Turquie
10. Le Conseil européen fait siennes les conclusions sur la Turquie que le Conseil (Affaires générales et relations extérieures) a adoptées le 11 décembre 2006.
Croatie
11. Le Conseil européen fait siennes les conclusions sur la Croatie que le Conseil (Affaires générales et relations extérieures) a adoptées le 11 décembre 2006.
Balkans occidentaux
12. Le Conseil européen note que le statut de pays candidat a été octroyé à l'ancienne République yougoslave de Macédoine en reconnaissance des résultats qu'elle a obtenus sur le plan des réformes. Le Conseil européen lui demande d'accélérer le processus de réforme dans des domaines importants et de mettre en oeuvre les priorités recensées dans le partenariat européen pour qu'elle puisse progresser dans le processus d'adhésion.
13. Le Conseil européen se félicite que des négociations portant sur l'assouplissement des procédures de délivrance de visas et la réadmission aient été lancées avec tous les pays de la région en vue de conclure les négociations dans les meilleurs délais. La conclusion d'accords en la matière favorisera les contacts interpersonnels entre l'UE et les pays des Balkans occidentaux et accroîtra les possibilités de voyage, en particulier pour la jeune génération. Rappelant l'Agenda de Thessalonique, le Conseil européen est également conscient de l'importance qu'attachent les ressortissants des pays des Balkans occidentaux à la perspective de bénéficier de l'exemption de visa. En outre, le Conseil européen souligne qu'il est souhaitable de favoriser les contacts interpersonnels en offrant également davantage de bourses aux étudiants de la région.
14. Le Conseil européen salue les progrès réalisés dans le cadre de l'accord de libre-échange centre-européen, qui sera signé à Bucarest le 19 décembre, et attend avec intérêt la conclusion d'un accord commercial régional auquel participeraient tous les pays concernés. Le nouvel ALECE constituera une avancée majeure sur le plan à la fois économique et politique.
15. La Serbie reste la bienvenue dans l'Union européenne. Rappelant sa déclaration sur les Balkans occidentaux de juin 2006, le Conseil européen réaffirme qu'il maintient ses relations avec la Serbie et qu'il continue à la soutenir dans son cheminement européen. Dans ce contexte, il encourage les autorités serbes à accélérer leurs efforts en vue de satisfaire aux conditions nécessaires, au nombre desquelles figure une coopération pleine et entière avec le Tribunal pénal pour l'ex-Yougoslavie (TPIY). Compte tenu des capacités institutionnelles considérables de la Serbie, le Conseil européen est persuadé que ce pays sera en mesure d'accélérer ses préparatifs sur la voie de l'UE une fois que les négociations relatives à l'accord de stabilisation et d'association auront repris.
II. ESPACE DE LIBERTÉ, DE SÉCURITÉ ET DE JUSTICE
16. Le Conseil européen a examiné les progrès accomplis dans la mise en oeuvre du programme de La Haye et il a rappelé qu'il était déterminé à poursuivre la mise en place de l'espace de liberté, de sécurité et de justice.
17. Dans ce contexte, le Conseil européen a débattu de la question des migrations ainsi que de l'amélioration du processus décisionnel en ce qui concerne l'espace de liberté, de sécurité et de justice.
18. Le Conseil européen est conscient que, dans le cadre de la création d'un espace de liberté, de sécurité et de justice, l'Union est confrontée aux attentes constantes et croissantes des citoyens, qui souhaitent voir des résultats concrets se faire jour dans des domaines tels que la criminalité transfrontière et le terrorisme, ainsi que les migrations. Par ailleurs, il est difficile de répondre à ces attentes dans le cadre des procédures décisionnelles existantes, et cela suscite de plus en plus de préoccupations.
19. C'est dans ce contexte, et dans le cadre de l'examen du programme de La Haye, que le Conseil européen, dans ses conclusions de juin 2006, a demandé à la présidence d'étudier, en étroite collaboration avec la Commission, les possibilités d'améliorer le processus décisionnel et les actions dans le domaine de la liberté, de la sécurité et de la justice, sur la base des traités existants.
20. Se fondant sur l'analyse et la réflexion menées, notamment lors de la réunion que les ministres de la justice et des affaires intérieures ont tenue à Tampere en septembre, le Conseil européen estime tout d'abord que des progrès concrets pourraient être réalisés en intensifiant la coopération opérationnelle entre les autorités compétentes des États membres. Le Conseil européen invite le Conseil à aller de l'avant à la lumière des solutions qui ont été présentées. Il est en outre convaincu que le cadre de mise en oeuvre des politiques de l'Union visant à renforcer l'espace de liberté, de sécurité et de justice devra être véritablement amélioré pour permettre de relever les défis actuels.
À cet égard, le Conseil européen réaffirme les principes consacrés dans le cadre du processus de réforme de l'Union, qui forment la base la plus équilibrée pour les travaux futurs dans le domaine de la liberté, de la sécurité et de la justice. Il sera tenu compte de ces principes lorsque des décisions seront prises quant à la poursuite du processus de réforme.
Politique européenne globale en matière de migrations
21. Le Conseil européen souligne l'importance que revêtent, pour l'UE et ses États membres, les questions relatives aux migrations. Une des grandes priorités de l'UE à l'aube du XXIème siècle consiste à la fois à faire face aux difficultés que posent les migrations et à tirer parti des possibilités qu'elles offrent, pour le bien de tous.
22. La politique européenne en matière de migrations se fonde sur les conclusions du Conseil européen de Tampere de 1999, le programme de La Haye de 2004 et l'approche globale sur la question des migrations, adoptée en 2005. Cette politique repose sur la solidarité, la confiance mutuelle et le partage des responsabilités entre l'Union européenne et ses États membres. Elle s'appuie également sur le respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales des migrants, la convention de Genève et un accès approprié aux procédures d'asile. Elle passe par un partenariat véritable avec les pays tiers et doit être pleinement intégrée dans les politiques extérieures de l'Union.
23. Il ressort d'événements survenus en 2006 et des progrès réalisés dans la mise en oeuvre de l'approche globale qu'il y a lieu de traiter la question des migrations dans son ensemble et de renforcer les efforts consentis jusqu'à présent. Les travaux futurs devraient tenir compte des communications de la Commission, élargir le champ d'action à d'autres domaines et appliquer à d'autres régions les enseignements tirés.
24. Par conséquent, le Conseil européen convient de prendre les mesures ci-après dans le courant de l'année 2007:
renforcer et approfondir de manière globale et équilibrée la coopération et le dialogue internationaux avec les pays tiers d'origine et de transit. En particulier:
le partenariat entre l'Union européenne et les pays africains et méditerranéens sera approfondi par un élargissement du dialogue et un renforcement de la coopération sur le plan pratique; ce partenariat s'appuiera en particulier sur les engagements pris en commun lors des conférences ministérielles tenues à Rabat et à Tripoli en 2006 et sur les travaux en cours dans le cadre du dialogue UE/Afrique sur les migrations et le développement, prévu à l'article 13 de l'accord de Cotonou, ainsi que du processus Euromed, y compris la conférence ministérielle sur les migrations qui se tiendra en 2007. Afin de renforcer le dialogue sur les migrations, des missions spécifiques de l'UE se rendront en 2007 dans les principaux pays africains concernés;
le programme de travail en matière de migrations et de développement sera renforcé par une amélioration de la cohérence entre les différentes politiques de l'UE, y compris les instruments financiers correspondants, en vue de s'attaquer aux causes profondes des migrations;
les États membres et la Commission intégreront les questions relatives aux migrations et au développement dans les politiques et la programmation en matière d'aide, encourageront les pays d'origine et de transit à faire figurer les questions liées aux migrations dans leurs plans nationaux de développement, y compris les stratégies de rédaction de la pauvreté, et apporteront leur soutien au renforcement des capacités afin d'assurer une gestion efficace des migrations, notamment par l'établissement de profils de migration par pays. Les documents de stratégie par région et par pays de la nouvelle génération tiendront pleinement compte, le cas échéant, du lien entre migrations et développement. À cet égard, l'initiative de la Commission en faveur d'un programme de l'UE en matière de migrations et de développement en Afrique constitue un moyen de traiter cette question à court et à moyen terme. Les États membres sont également encouragés à renforcer leur coordination et à se doter d'une programmation commune;
des plateformes de coopération par pays seront instituées en matière de migrations et de développement pour associer le pays partenaire concerné, les États membres de l'UE et la Commission, ainsi que les organisations internationales concernées, de manière à gérer les migrations de façon plus cohérente; la Commission est invitée à envisager des mesures de renforcement des capacités en faveur des pays d'origine et de transit;
l'UE assurera un suivi cohérent du dialogue de haut niveau des Nations unies sur les migrations internationales et le développement, qui s'est tenu en septembre 2006; l'UE prendra l'initiative d'inscrire les questions relatives aux migrations et au développement à l'ordre du jour de la communauté internationale. La première réunion du forum mondial sur les migrations internationales et le développement, qui devrait se tenir en Belgique, en juillet 2007, sera un grand pas à cet égard;
des mesures seront prises pour améliorer la coopération avec les pays tiers en matière de retour et de réadmission, y compris en ce qui concerne l'identification effective des personnes et l'établissement de documents les concernant, l'accent étant mis sur la réinsertion des migrants qui retournent dans leur pays d'origine; les négociations relatives à des accords de réadmission de la CE doivent s'accélérer; à cette fin, le Conseil devrait étudier d'autres moyens permettant aux États membres de soutenir la Commission dans ses efforts visant à conclure de tels accords au niveau de la CE et à en assurer la mise en oeuvre effective;
en partenariat avec les pays tiers, l'action concrète en ce qui concerne les routes migratoires sera renforcée, notamment en vue de prévenir et de combattre la traite des êtres humains et l'immigration clandestine, tout en garantissant une protection internationale efficace aux personnes susceptibles d'en avoir besoin et aux groupes vulnérables, tels que les femmes, et en prévoyant des mesures spécifiques pour les mineurs non accompagnés;
tout en respectant les compétences des États membres dans ce domaine, on examinera comment les possibilités de migration légale peuvent être intégrées dans les politiques extérieures de l'UE, afin d'instaurer avec les pays tiers un partenariat équilibré qui soit adapté aux besoins spécifiques du marché du travail des États membres de l'UE; les moyens de favoriser la migration circulaire et temporaire seront examinés; la Commission est invitée à présenter, d'ici juin 2007, des propositions détaillées sur la manière d'améliorer l'organisation des différentes formes de circulation légale entre l'UE et les pays tiers ainsi que la diffusion des informations nécessaires à ce sujet;
l'approche globale sera appliquée aux régions limitrophes de l'Union européenne à l'est et au sud-est. La Commission est invitée à présenter, d'ici juin 2007, des propositions visant à renforcer le dialogue et à engager des actions concrètes;
renforcer la coopération entre États membres en matière de lutte contre l'immigration illégale, en tenant compte de la communication de la Commission sur les priorités d'action en la matière. En particulier:
les mesures contre l'emploi illégal seront intensifiées au niveau tant des États membres que de l'UE; le Conseil européen invite la Commission à présenter d'ici avril 2007 des propositions dans ce sens;
il sera fait pleinement usage des technologies actuelles et futures pour renforcer les contrôles aux frontières et permettre une identification fiable des personnes; en particulier, la Commission est invitée à rendre compte, avant la fin de 2007, des moyens d'améliorer le contrôle d'accès, y compris la possibilité de généraliser à cette fin un système d'entrée et de sortie automatisé. À cet égard, les dispositions applicables concernant la protection des données seront respectées;
la Commission est invitée à étudier les possibilités d'élaborer des politiques de solidarité renforcée entre pays européens en matière d'immigration, de contrôles aux frontières et d'asile, en tenant compte de l'initiative prise à cette fin;
améliorer la gestion des frontières extérieures de l'Union européenne sur la base de la stratégie intégrée de gestion des frontières adoptée par le Conseil en 2006. En particulier:
la capacité de l'agence Frontex sera renforcée à brève échéance, afin de lui permettre de faire face aux problèmes de migration qui se poseront aux frontières extérieures de l'UE l'année prochaine, en mettant à sa disposition des ressources financières et humaines suffisantes et en veillant à ce que celles-ci soient utilisées efficacement, en instaurant des procédures applicables aux situations d'urgence, en renforçant les moyens opérationnels, en resserrant les liens avec le réseau d'officiers de liaison "Immigration" et en achevant le réexamen du fonctionnement et des tâches de l'agence, prévu pour 2007;
l'agence Frontex est invitée à mener à bien d'urgence ses travaux sur l'établissement, au niveau central, d'un inventaire des équipements techniques proposés par des États membres qui pourraient être mis à la disposition d'autres États membres, et à rendre compte au Conseil, d'ici la fin avril 2007, des progrès réalisés. Les États membres sont invités à contribuer activement à ce processus à l'aide de ressources et de moyens nationaux;
priorité sera également donnée à l'examen de la mise en place d'un système européen de surveillance de la frontière maritime méridionale; l'agence Frontex est invitée à instaurer le plus rapidement possible, en coopération avec les États membres de la région, un réseau permanent de patrouilles côtières à la frontière maritime méridionale;
l'efficacité de la coopération en matière de recherche et de secours sera renforcée, et on poursuivra les travaux afin de contribuer à l'élaboration d'orientations relatives aux possibilités de recours juridictionnel pour faire échec aux migrations illégales par voie maritime;
le Parlement européen et le Conseil sont invités à parvenir rapidement, dans le courant du premier semestre de 2007, à un accord sur le règlement instituant un mécanisme de création d'équipes d'intervention rapide aux frontières, et à envisager la possibilité d'appliquer ce mécanisme dans le cadre d'autres fonctions en rapport avec les frontières, par exemple l'aide humanitaire;
élaborer, pour ce qui est des migrations légales, des politiques de bonne gestion des migrations, respectant pleinement les compétences nationales, afin d'aider les États membres à répondre aux besoins en main-d'oeuvre actuels et futurs tout en contribuant au développement durable de tous les pays; il conviendra en particulier d'examiner rapidement les propositions que la Commission présentera prochainement dans le cadre du programme d'action relatif à l'immigration légale de décembre 2005; les États membres sont invités à procéder à des échanges d'informations sur les mesures prises dans les domaines de l'asile et des migrations, conformément au mécanisme d'information mutuelle que le Conseil a mis en place en octobre dernier;
promouvoir, au niveau tant des États membres que de l'UE, l'intégration et le dialogue interculturel, ainsi que la lutte contre toutes les formes de discrimination, renforcer les politiques d'intégration et arrêter des stratégies et des objectifs communs; la conférence ministérielle sur l'intégration qui se tiendra en mai 2007 sera particulièrement importante à cet égard;
concrétiser d'ici la fin de 2010 le régime d'asile européen commun, en commençant par procéder, en 2007, à une évaluation préliminaire de sa première phase. La deuxième phase s'accompagnera d'un renforcement de la coopération pratique en matière d'asile, notamment par l'instauration d'équipes d'experts chargées de traiter les problèmes d'asile ainsi que d'un réseau de coopération en matière d'asile; la création éventuelle d'un bureau d'appui européen sera aussi envisagée;
se doter de ressources suffisantes pour mettre en oeuvre la politique globale en matière de migrations en tirant pleinement parti des ressources financières substantielles qui peuvent être dégagées si l'ensemble des lignes budgétaires existantes est intégralement exploité et si toutes les possibilités existantes sont mises à profit de manière systématique et cohérente. À cet égard, d'importantes ressources seront apportées au titre du Fonds pour les frontières extérieures, du Fonds d'intégration, du Fonds pour le retour et du Fonds pour les réfugiés ainsi que de l'Instrument européen de voisinage et de partenariat et de l'instrument de financement de la coopération au développement, afin de soutenir la politique globale en matière de migrations. En accord avec les partenaires ACP, le Fonds européen de développement contribuera aussi à remédier aux causes profondes des migrations en s'appuyant sur des politiques de développement à long terme et en aidant les partenaires ACP à renforcer leurs capacités dans le cadre de l'Initiative Gouvernance de l'UE.
25. La Commission est invitée à faire rapport en temps opportun avant le Conseil européen de décembre 2007 sur la mise en oeuvre de la politique globale en matière de migrations.
Élargissement de Schengen
26. Le Conseil européen souscrit aux conclusions auxquelles est parvenu le Conseil "Justice et affaires intérieures" les 4 et 5 décembre 2006 et se réjouit à la perspective de la levée des contrôles aux frontières intérieures à partir de décembre 2007 et d'ici mars 2008 au plus tard, pour autant que toutes les conditions permettant d'appliquer l'acquis de Schengen aient été remplies.
Réaction en cas de crise
27. Prenant note des progrès réalisés à ce jour, le Conseil européen rappelle qu'il importe de renforcer progressivement la préparation et la capacité de réaction européennes en cas de crises et de catastrophes, en se fondant sur les moyens que les États membres mettent à disposition, et il invite les futures présidences à faire avancer les travaux sur tous les aspects et à présenter au Conseil, à intervalles réguliers, des rapports sur les progrès réalisés.
III. INNOVATION, ÉNERGIE ET CHANGEMENT CLIMATIQUE
28. Comme cela a été dit lors de la réunion informelle des chefs d'État ou de gouvernement à Lahti, l'innovation est capitale pour que l'Europe soit en mesure de faire face efficacement aux difficultés que pose la mondialisation tout en profitant des possibilités qu'elle offre. L'Europe doit se doter d'une approche stratégique visant à créer un environnement propice à l'innovation et favorisant la transformation de la connaissance en produits et en services novateurs. Le Conseil "Compétitivité" a défini des priorités stratégiques pour stimuler l'innovation à l'échelle de l'UE; les progrès réalisés sur le plan des résultats seront évalués lors de prochaines réunions du Conseil européen de printemps, dans le cadre de la stratégie de Lisbonne.
29. Le Conseil européen insiste en particulier sur les points suivants:
la Commission est invitée à présenter, dans le courant de 2007, une stratégie complète en matière de droits de propriété intellectuelle (DPI) qui prenne en compte des questions telles que la qualité du régime des DPI; étant donné la nécessité de développer le système des brevets, la Commission est invitée à présenter sa communication sur les brevets dès que possible;
après avoir examiné en détail la proposition de la Commission, le Conseil et le Parlement européen devraient procéder sans tarder à l'adoption, en 2007, d'une décision visant à créer l'institut européen de technologie;
la Commission est invitée à présenter dans les meilleurs délais des propositions relatives à la mise en place d'initiatives technologiques conjointes menées par l'industrie, qui sont aussi ouvertes aux PME, en vue du lancement des initiatives les plus avancées en 2007;
la Commission est invitée à proposer, en consultation avec l'ensemble des parties intéressées, des mesures destinées à améliorer les méthodes de travail et à accroître l'ensemble des ressources des organismes européens de normalisation. Il convient que des normes soient définies suffisamment rapidement pour répondre aux besoins de marchés en évolution rapide tout en garantissant leur interopérabilité.
30. Les technologies de l'information et de la communication revêtent une importance déterminante pour l'innovation et la compétitivité; l'établissement de modèles d'attribution de fréquences permettant d'atteindre tous les objectifs visés, la promotion rapide de services mobiles avancés ainsi que, dans la mesure du possible, l'élaboration d'une approche coordonnée en matière d'exploitation du spectre de fréquences libéré par suite du passage au numérique figurent parmi les priorités immédiates dans ce domaine. Le Conseil européen de printemps de 2008 fera le point, dans le cadre de la stratégie de Lisbonne, sur les grandes questions que soulèvent l'Internet et les réseaux de la prochaine génération.
31. Compte tenu du sommet social extraordinaire qui a eu lieu en octobre, le Conseil européen préconise un vaste débat sur la flexisécurité afin de favoriser la flexibilité, en la conciliant avec la sécurité de l'emploi, de réduire la segmentation du marché du travail et d'améliorer le fonctionnement du marché européen de l'emploi. Il souligne qu'il importe d'accroître la productivité en Europe, notamment par l'amélioration de l'innovation et de la qualité de la vie au travail. Il se félicite que les partenaires sociaux européens aient manifesté l'intention d'apporter leur contribution aux travaux en cours sur la flexisécurité avant le Conseil européen de printemps de 2007. Les États membres devraient également poursuivre avec détermination la mise en oeuvre de réformes structurelles et profiter de l'environnement économique favorable qui prévaut actuellement pour accélérer les efforts d'assainissement des finances publiques.
32. Le Conseil européen est conscient que la politique de l'UE en matière de changement climatique, sa politique énergétique, sa stratégie pour la croissance et l'emploi ainsi que ses stratégies relatives au développement durable sont étroitement liées et qu'elles peuvent et doivent toutes se renforcer mutuellement.
33. En ce qui concerne l'élaboration de la politique énergétique pour l'Europe et eu égard aux conclusions du Conseil européen de printemps de 2006, des progrès importants ont été accomplis notamment pour ce qui est du renforcement de la cohérence entre ses aspects internes et externes ainsi qu'entre la politique énergétique et les autres politiques. La réunion informelle des chefs d'État ou de gouvernement à Lahti a permis une avancée notable sur le plan de l'amélioration de la cohérence des messages en matière énergétique que l'Union adresse aux pays tiers.
34. L'Union s'efforcera de garantir sa sécurité d'approvisionnement énergétique à long terme:
en améliorant la coopération avec les principaux pays producteurs, consommateurs et de transit;
en réalisant un marché intérieur de l'énergie interconnecté, transparent et non discriminatoire, doté de règles harmonisées;
en renforçant la coopération pour faire face aux situations d'urgence, notamment en cas de perturbation des approvisionnements;
en étendant les principes qui régissent son marché intérieur de l'énergie aux pays voisins, dans le cadre notamment du Traité instituant la Communauté de l'énergie et de la politique européenne de voisinage;
en développant ses sources d'énergie intérieures, y compris les sources renouvelables, ainsi que les nouvelles technologies de l'énergie.
35. L'efficacité énergétique et les économies d'énergie concourent à la réalisation des principaux objectifs de la politique énergétique de l'Europe. Par conséquent le Conseil européen salue le plan d'action pour l'efficacité énergétique présenté par la Commission et demande que des mesures prioritaires soient prises rapidement.
36. Le Conseil européen approuve la mise en place, au début de 2007, d'un réseau de correspondants pour la sécurité de l'approvisionnement énergétique. Ce réseau constituera un instrument utile de collecte et de traitement des informations existantes en matière de géopolitique et d'énergie. Il s'agira aussi d'un système d'alerte rapide qui viendra appuyer la stratégie globale de l'Union en vue de garantir la sécurité de l'approvisionnement énergétique.
37. Le Conseil européen de printemps de 2007 devrait adopter un plan d'action définissant les priorités dans le cadre d'une politique énergétique globale pour l'Europe. Ce plan d'action englobera les aspects extérieurs de la sécurité énergétique. Le Conseil européen attend avec intérêt la présentation imminente par la Commission de son examen stratégique dans le domaine de l'énergie, dans le contexte des préparatifs en vue de l'adoption du plan précité. La politique énergétique européenne et celle portant sur le changement climatique seront examinées par le Conseil européen à intervalles réguliers à l'avenir.
38. Étant donné qu'il est urgent de réaliser au cours des prochaines années des investissements dans le secteur de l'énergie, le prochain Conseil européen de printemps réfléchira à une approche intégrée pour une politique énergétique sûre, respectueuse de l'environnement et compétitive; une telle approche ferait apparaître que l'Union européenne est à la pointe pour ce qui est d'intégrer les objectifs en matière de changement climatique dans les autres politiques et mesures sectorielles.
39. Le défi que représente le changement climatique prend de plus en plus d'ampleur à mesure que ses conséquences à long terme se dessinent plus nettement et qu'il apparaît, à la lumière de nouvelles informations provenant d'études récentes, que les coûts de l'inaction pour l'économie mondiale dépasseront largement les coûts de l'action.
40. Dans ce contexte, le Conseil européen se félicite des résultats des réunions de l'ONU sur le climat, tenues à Nairobi, dont certains constituent des avancées importantes vers l'élaboration d'un accord reposant sur une assise large pour l'après-2012 et permettront de répondre à un certain nombre de préoccupations immédiates liées aux exigences en matière d'atténuation et d'adaptation. Il note par ailleurs avec satisfaction les progrès réalisés en ce qui concerne les initiatives de financement novatrices destinées à soutenir une transition de grande ampleur vers de nouvelles technologies plus efficaces.
41. Conscient du rôle déterminant que joue le marché mondial du carbone et de la nécessité d'assurer la stabilité à long terme, le Conseil européen attend avec intérêt la révision prochaine de la directive relative à l'échange de quotas d'émissions, qui devrait prendre effet au début de la troisième période d'échange, qui s'ouvrira en 2013. Il confirme le rôle capital que joue le système communautaire d'échange de quotas d'émission et l'importance que ce système est appelé à prendre à long terme.
42. Rappelant que le changement climatique est un problème mondial qui appelle des solutions au niveau mondial, et encouragé par les résultats des réunions que l'UE a tenues récemment avec des pays tiers, le Conseil européen examinera, lors de sa réunion de printemps de 2007, des solutions en vue d'un accord mondial pour l'après-2012 qui sera compatible avec l'objectif que s'est fixé l'UE, à savoir que l'augmentation de la température mondiale ne dépasse pas 2°C par rapport aux niveaux de l'époque préindustrielle.
43. Compte tenu des répercussions sur les plans politique, économique et extérieur des politiques en matière d'énergie et de changement climatique, le Conseil européen se réjouit à la perspective de procéder à un débat intégré sur ces questions lors de sa réunion de printemps de 2007.
IV. RELATIONS EXTÉRIEURES
44. Le Conseil européen accueille avec satisfaction le rapport sur l'état de la mise en oeuvre de la stratégie de l'UE intitulée "L'UE et l'Afrique: vers un partenariat stratégique", qui traduit l'évolution considérable intervenue dans les relations de l'Europe avec l'Afrique; il demande que soient mises en oeuvre les priorités d'action pour 2007 recensées dans ce rapport, qui décrit de manière détaillée les mesures qu'il y a lieu de prendre pour renforcer le partenariat entre l'UE et l'Afrique en vue de consolider la paix, la démocratie, la bonne gestion des affaires publiques, la croissance et l'investissement dans les personnes, ainsi que de favoriser un développement durable large sur ce continent.
Le Conseil européen réaffirme qu'il est déterminé à oeuvrer à l'élaboration d'une stratégie conjointe UE-Afrique devant être adoptée lors du deuxième sommet Europe-Afrique, qui se tiendra au deuxième semestre de 2007 à Lisbonne.
Le Conseil continuera à suivre les progrès réalisés dans la mise en oeuvre des engagements de l'UE à l'égard de l'Afrique, notamment en portant l'aide fournie par l'UE à 0,56 % de son RNB d'ici 2010 et en veillant à ce que 50 % des aides supplémentaires aillent à l'Afrique, comme le prévoient les conclusions du Conseil du 24 mai 2005. Le Conseil européen rappelle également l'objectif d'atteindre 0,7 % du RNB de l'UE d'ici 2015, objectif fixé dans les conclusions du Conseil du 24 mai 2005.
45. Le Conseil européen exprime un soutien sans réserve à M. Martti Ahtisaari, envoyé spécial des Nations unies, et aux efforts qu'il déploie pour assurer le bon déroulement du processus politique visant à déterminer le statut futur du Kosovo. Le règlement de la question du statut futur doit promouvoir une société multiethnique et démocratique fondée sur l'État de droit et assurant un avenir à l'ensemble des citoyens du Kosovo, et contribuer au renforcement de la stabilité dans la région. Ce règlement doit également garantir que le Kosovo pourra se développer de façon durable sur le plan tant économique que politique, et définir un grand projet qui permette de réaliser la perspective européenne du Kosovo.
L'UE est prête à jouer un rôle important dans la mise en oeuvre du règlement de la question du statut. Le Conseil européen souligne qu'il importe de faire avancer, en coordination avec d'autres acteurs internationaux, les préparatifs liés à la future présence internationale et de l'UE au Kosovo. Pour le Conseil européen, il est important que les dispositions du règlement de la question du statut futur soient claires, afin que l'Union européenne puisse y réagir rapidement et d'une seule voix. À cet égard, le Conseil européen met l'accent sur la nécessité d'assurer le financement nécessaire à l'action globale de l'UE au Kosovo.
46. Le Conseil européen réaffirme qu'il est déterminé à renforcer la Politique européenne de voisinage (PEV), afin d'asseoir dans le voisinage de l'Union une zone de prospérité, de stabilité et de sécurité, fondée sur les droits de l'homme, la démocratie et l'État de droit. Dans ce contexte, le Conseil européen accueille avec satisfaction l'adoption récente de plans d'action pour l'Arménie, l'Azerbaïdjan et la Géorgie, mis en place dans le cadre de la PEV, ainsi que le plan d'action décidé d'un commun accord avec le Liban, toujours dans le cadre de la PEV, et les progrès accomplis dans les négociations avec l'Égypte. Se référant à la dernière communication de la Commission sur la PEV, le Conseil européen fait siennes les conclusions du CAGRE du 11 décembre 2006 et invite les futures présidences et la Commission à faire progresser les travaux.
47. Encouragé par des perspectives d'une coopération et d'un dialogue politique plus étroits avec les États d'Asie centrale, le Conseil européen invite la future présidence allemande à faire avancer les travaux relatifs à une stratégie de l'UE à l'égard de l'Asie centrale, en vue de son adoption lors du Conseil européen de juin 2007.
48. Le Conseil européen insiste sur l'importance que revêt le système commercial multilatéral et sur la nécessité de parvenir à un accord ambitieux, global et équilibré sur le Programme de Doha pour le développement et il invite ses principaux partenaires à agir dans le même esprit d'engagement constructif afin que les négociations puissent être menées à bonne fin.
49. Des mesures ont été élaborées en vue d'améliorer la planification stratégique, de garantir la cohérence dans l'utilisation des divers moyens d'action en matière de politique extérieure, de renforcer la coordination au sein des organisations internationales, y compris les Nations unies, et de favoriser la coopération entre les institutions communautaires, ainsi qu'entre celles-ci et les États membres.
Le Conseil européen se félicite des progrès accomplis et invite les futures présidences à poursuivre les travaux en coopération avec le Secrétaire général/Haut Représentant et la Commission, de manière à garantir la continuité du processus.
Des mesures concrètes pour améliorer la cohérence de l'intégration des objectifs de développement doivent continuer à être appliquées en s'inspirant des engagements de l'UE en matière de cohérence des politiques au service du développement. Le Conseil européen attend avec intérêt la stratégie commune de l'UE sur l'aide aux échanges commerciaux, qu'il considère comme un élément important favorisant la réalisation des objectifs en matière de commerce et de développement.