Bruxelles, 19/12/2006 (Agence Europe) - « Les attentes sont très élevées, mais nous ne pourrons pas produire de miracles », a estimé mardi le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier lors de la présentation à la presse, à Bruxelles, du programme de travail de la Présidence allemande pour le premier semestre 2007. L'Allemagne veut se mettre au service du « projet européen », poursuivre le travail entamé par la « très bonne » Présidence finlandaise et fixer de nouvelles priorités spécifiques « seulement là où c'est nécessaire et possible », a dit le ministre qui a fait le tour des capitales de l'UE pour préparer la Présidence et qui a aussi rendu visite ces derniers jours et semaines à quelques-uns des principaux partenaires internationaux: Etats-Unis, Moyen-Orient, Asie centrale, Maghreb, Russie (il sera encore ce mercredi à Moscou). « L'Europe connaît en ce moment des temps difficiles », constate M. Steinmeier, essentiellement en raison d'une perte de confiance des citoyens (notamment des jeunes) dans le projet européen et dans la capacité de l'Union européenne de fournir des réponses aux questions urgentes qui se posent dans un monde globalisé. « Une de nos obligations en tant que Présidence de l'UE sera d'essayer de regagner cette confiance », a dit le ministre allemand, proposant trois « clés » de réussite: - le traité constitutionnel, « qui est devenu en quelque sorte le symbole de la paralysie de l'Europe », doit être relancé ; - plus que dans le passé, l'Union doit parler avec une seule voix vis-à-vis des ses partenaires internationaux et « agir ensemble ». Le thème de la Présidence allemande sera d'ailleurs: « Ensemble, nous réussirons l'Europe » ; - l'UE doit définir et concevoir aujourd'hui des politiques qui visent à résoudre les « problèmes de demain, les problèmes qui se poseront en 2020, comme la question énergétique ou le changement climatique ».
Constitution européenne. Relancer le processus constitutionnel constitue sans doute l'une des principales priorités de la Présidence allemande qui veut aboutir en juin 2007 à un accord sur une « feuille de route » et un calendrier pour la poursuite du processus ainsi que sur les « contours du contenu » d'un projet de texte acceptable pour tous. « L'Union a rapidement besoin de réformes », a dit M. Steinmeier qui a souligné que, même si l'Allemagne fait partie des pays qui ont déjà ratifié le traité constitutionnel, « elle agira, en tant que Présidente, comme un « facilitateur de compromis neutre » entre ceux qui estiment que le texte actuel doit être sauvegardé (l'Allemagne en fait partie) et ceux qui souhaitent des changements substantiels au niveau de sa forme et de son contenu. « J'ai bon espoir que tous les Etats membres feront preuve de volonté de coopération, et pas seulement les 18 pays qui ont déjà ratifié le texte », a-t-il dit. Interrogé à propos de l'initiative hispano-luxembourgeoise de convoquer pour le 26 janvier à Madrid une réunion des ministres des Affaires européennes des seuls 18 pays ayant déjà ratifié la Constitution (EUROPE n° 9330 et 9329),
M. Steinmeier a dit qu'il comprenait le souhait des 18 pays de défendre leurs actes de ratification, mais il a aussi exprimé l'espoir que cette réunion de Madrid - ainsi que celle, avec tous les Etats membres, le 27 février à Luxembourg - déboucheraient sur une « contribution constructive » qui aidera la Présidence allemande à trouver un compromis acceptable pour tous.
Sur le plan des relations extérieures, « comme toujours, il est difficile de prévoir les sujets que nous aurons à traiter au cours des prochains six mois », mais plusieurs dossiers sont déjà sur la table, a expliqué
M. Steinmeier, notamment: - Turquie. La décision du Conseil du 11 décembre (confirmée par le Conseil européen le 15 décembre) sur la suspension partielle des négociations d'adhésion a été « sage et raisonnable » et elle laisse « la porte ouverte » pour la Turquie. Il est « réaliste » d'envisager l'ouverture de « deux à quatre » nouveaux chapitres de négociation (parmi ceux qui ne sont pas concernés par la suspension partielle) au cours du premier semestre 2007, mais aucun ne pourra être bouclé tant que la Turquie n'aura pas mis en œuvre le protocole sur l'extension de l'Union douanière à Chypre. Le ministre allemand s'est aussi dit « optimiste » à propos du blocage du règlement sur le commerce direct avec le Nord de Chypre, estimant qu'il pourra être levé ; - Kosovo. Immédiatement après les élections en Serbie le 21 janvier prochain, Martti Ahtisaari, l'envoyé spécial du secrétaire général des Nations Unies chargé des pourparlers sur le statut final du Kosovo, a l'intention de présenter sa proposition pour le futur statut du Kosovo. L'UE devra surtout veiller à maintenir l'unité du groupe de contact sur cette question et à préparer l'importante mission PESD dans le domaine de l'Etat de droit que l'Union enverra sur place une fois que la question du statut sera réglée, a dit
M. Steinmeier ; - Moyen-Orient. La situation en Palestine est plutôt confuse, a reconnu le ministre allemand qui s'est entretenu lundi au téléphone avec le Président palestinien Mahmoud Abbas. Alors que l'option de la formation d'un gouvernement d'unité nationale entre le Fatah et le Hamas semblait ces derniers jours définitivement écartée (notamment après les affrontements des derniers jours), « cette option, semble-t-il, est à nouveau possible aujourd'hui », a dit M.Steinmeier. Sous Présidence allemande, l'UE s'efforcera « avec tous ses moyens, qui ne peuvent pas être surestimés », d'éviter que les problèmes entre Palestiniens empêchent une poursuite du processus de rapprochement entre le Président Abbas et les autorités israéliennes en vue d'une relance du processus de paix. La Présidence allemande souhaite aussi une « revitalisation » du Quartette, a dit M. Steinmeier ; - Politique européenne de voisinage (PEV). La Présidence allemande, avec la Présidence portugaise (qui lui succédera au second semestre 2007), tentera de faire avancer les travaux sur une révision générale de la PEV, afin de la rendre plus efficace. Les pourparlers avec la Commission sur ce sujet sont déjà en cours, selon M.Steinmeier ; - Russie. La Présidence allemande fera de son mieux pour faire démarrer les négociations avec Moscou sur un nouvel accord de partenariat (actuellement bloqué par la Pologne, en raison de l'embargo russe contre les exportations de viande polonaise) ; - Asie centrale. La Présidence veut lancer une nouvelle initiative en vue de préparer une nouvelle stratégie de l'UE pour cette région importante.
Interrogé à propos de la Chine et de la levée possible de l'embargo contre les exportations d'armes européennes vers ce pays, M. Steinmeier a estimé qu'il n'y avait en ce moment aucune chance de parvenir à un consensus des 27 sur cette question. Mardi, la Chine a encore lancé un appel à l'UE pour qu'elle lève l'embargo « dépassé et discriminatoire ».
EUROPE reviendra dans les prochains jours sur les priorités sectorielles de la future Présidence allemande. (hb)