Strasbourg, 15/11/2006 (Agence Europe) - La violence des dernières semaines à Gaza inquiète profondément l'Union européenne qui invite les Palestiniens à mettre fin à leurs tirs de roquettes mais aussi Israël à cesser son intervention militaire. En dénonçant face au Parlement européen les attaques de Beit Hanoun, le Conseil, par la voix de la ministre finlandaise du Commerce et du Développement Paula Lehtomäki, demande une fois encore que l'on donne une chance à la paix, en permettant entre autres aux Palestiniens d'avoir un gouvernement qui puisse vraiment les représenter. Dans l'immédiat, l'ouverture des passages de Rafah et Karni permettrait au moins de faciliter l'acheminement de l'aide humanitaire (une aide qui, avec 650 millions d'euros dans le courant de cette année, dépasse de 25% l'aide fournie l'année dernière), ajoute le Conseil. Le même sentiment a été exprimé, au nom de la Commission européenne, par Margot Wallström: il faut revenir au processus de paix, il faut que les Palestiniens arrivent à former un gouvernement d'unité nationale, a affirmé la vice-présidente de la Commission. Celle-ci est prête à fournir une aide supplémentaire aux Palestiniens d'ici la fin de l'année: pour le faire, elle devra recourir à la réserve d'aide d'urgence et obtenir l'accord de l'autorité budgétaire et donc aussi du Parlement européen.
Face au drame de Gaza, les clivages entre les groupes politiques s'effacent. Ainsi, le président du groupe PPE/DE, Hans-Gert Pöttering, tout en confirmant sa position pro-américaine, s'exclame: nous ne pouvons pas accepter que, lorsque des critiques contre Israël sont justifiées, le veto des Etats-Unis aux Nations Unies vienne nous empêcher de les exprimer. Il n'existe pas deux poids et deux mesures en ce qui concerne les droits à l'existence d'Israël et des Palestiniens. Israël, a enchaîné le président du groupe socialiste, Martin Schulz, peut compter, de notre part, sur une solidarité sans limites, mais en tant qu'Etat démocratique, il doit accepter nos critiques, par exemple lorsque nous nions le caractère « technique » des attaques de Beit Hanoun. Israël doit comprendre que l'existence d'un Etat palestinien stable sert ses intérêts. La seule solution - tous l'ont répété après M. Schulz - est le dialogue, qui n'est pas garantie de succès, mais en l'absence duquel aucun progrès n'est possible. Le gouvernement israélien « se conduit comme un voyou »: en citant les propos de l'écrivain israélien David Grossman lors d'une cérémonie en mémoire d'Izak Rabin, le président du groupe ALDE, Graham Watson, invite les Israéliens à reconnaître qu'ils sont en train de perdre le soutien dont ils ont bénéficié et à en tirer les conséquences. Pour le GUE/NGL, Luisa Morgantini cite elle aussi les propos de David Grossman (qui invite ses concitoyens à comprendre que les Palestiniens ne sont pas moins opprimés et sans espoir que les Israéliens l'ont été) et remarque que les Palestiniens n'auraient pas besoin des 650 millions d'aide de l'Union s'ils pouvaient disposer des revenus fiscaux que les Israéliens leur refusent. « Rien ne peut justifier le châtiment draconien contre un peuple tout entier », affirme à son tour, pour les Verts/ALE, Hélène Flautre, en exhortant l'Union européenne à ne pas s'incliner face au gouvernement israélien et à assurer, au moins, l'ouverture des passages de Rafah et Karni. « Si on poursuit la politique d'un œil pour un œil, tout le monde va être aveugle », constate, pour le groupe UEN, Eoin Ryan, en encourageant ses collègues à regarder le documentaire de l'UNRWA sur les dernières violences à Gaza pour mesurer les brutalités exercées sur la population civile palestinienne. Plusieurs parlementaires ont demandé à l'Union d'utiliser tous ses moyens pour chercher une solution: « Nous ne sommes pas sans armes », a déclaré l'Ecossais Alyn Smith (Verts/ALE), en estimant que le recours aux sanctions ne doit pas être exclu. Nous devons pouvoir utiliser l'accord d'association avec Israël, a convenu la socialiste belge Véronique De Keyser qui a dénoncé également (et elle n'a pas été la seule à le faire) l'entrée dans le gouvernement israélien du parti xénophobe de M. Liberman. En condamnant le recours « si fréquent et si massif » à la force de la part d'Israël, le chypriote Ioannis Kasoulides (PPE/DE) voit une possible raison d'espérer dans les résultats des élections aux Etats-Unis: l'administration américaine va peut-être revoir sa politique et son rôle au Moyen-Orient, souhaite-t-il. Comme la socialiste française Béatrice Patrie, qui évoque aussi les voix contre la violence qui s'élèvent actuellement au sein de la population israélienne, Antonio Tajani (Forza Italia), tout en confirmant que l'UE doit s'engager pour la création d'un Etat palestinien, ajoute: « gare à nous si nous nous déchaînons contre Israël. Le conservateur britannique Charles Tannock n'accepte pas de demander la cessation immédiate de l'action militaire d'Israël si l'Etat hébreu est la cible d'attaques.
Ce débat montre clairement, conclut Paula Lehtomäki, que l'heure est à la politique. Le Conseil est prêt à jouer son rôle dans la recherche d'une solution globale et essaiera de réunir le Quartette avant la fin de décembre. (lg)