Bruxelles, 28/09/2006 (Agence Europe) - Après le vote du rapport Eurlings sur la Turquie, le 27 septembre à Strasbourg, d'autres réactions se sont ajoutées à celles déjà mentionnées dans EUROPE n° 9274.
La Française Françoise Grossetête (PPE-DE) se félicite que le PE ait « enfin osé regarder la Turquie avec les yeux de la vérité ». « Pendant trop longtemps, le PE a fait preuve d'angélisme sur la question turque », estime l'élue européenne de l'UMP qui rappelle qu'elle a toujours été opposée à l'adhésion de la Turquie et qu'elle préfèrerait que l'UE établisse un « partenariat privilégié » avec ce pays. Elle déplore en revanche que la plénière ait finalement supprimé le passage qui affirmait que la reconnaissance par Ankara du génocide arménien était un préalable à l'adhésion à l'UE. « Je regrette ce manque de courage du PE », dit-elle dans un communiqué. La plupart des députés français de l'UMP (groupe PPE-DE) se sont abstenus lors du vote, explique Jacques Toubon dans un communiqué. D'un côté, ils ne voulaient pas voter contre, « car c'est le rapport le plus ferme et le plus critique » sur la Turquie jamais adopté par le PE. De l'autre côté, ils ne pouvaient pas voter pour, car la reconnaissance du génocide arménien n'est plus considérée comme une condition préalable à l'adhésion, explique M.Toubon. La Fédération euro-arménienne regrette évidemment le pas en arrière fait par le Parlement sur cette question, mais estime tout de même que « l'impact de la suppression (du paragraphe concerné) a été modéré » par les déclarations faites par Camiel Eurlings après le vote. Selon la Fédération euro-arménienne, le rapporteur a déclaré à l'issue du vote: « Soyons très clairs: même si la reconnaissance du génocide arménien n'est pas formellement une condition d'adhésion, la Turquie ne pourra entrer dans l'Union sans reconnaître son passé ».
Le socialiste grec Panagiotis Beglitis estime dans un communiqué que les relations euro-turques se trouvent dans une « situation critique ». Le processus des réformes a été « suspendu » et d'importants changements législatifs « soit ne sont pas rentrés en vigueur, soit s'appliquent de manière sélective ». Récemment, le gouvernement turc a débattu au Parlement du 9ème paquet des réformes. « Il s'agit d'un pas important marquant une tournure positive. Il faut cependant souligner avec sincérité et franchise que beaucoup demeure encore à faire (…), notamment concernant la protection des droits des minorités, le fonctionnement et les ressources patrimoniales des établissements religieux, et leur personnalité juridique, et le droit du clergé en matière d'enseignement », estime M. Beglitis. « Dénigrer les progrès réalisés serait une grave erreur (…), mais ça le serait aussi si on décrivait la situation de manière idyllique », avertit le député grec, qui insiste aussi sur le respect des engagements pris par Ankara dans le cadre de l'Union douanière. « La Turquie a le devoir de ratifier et de mettre tout de suite en vigueur le Protocole additionnel, y compris à l'égard de Chypre ».
Marco Cappato, radical italien, explique son vote négatif sur le rapport Eurlings en estimant que « le PE consacre l'énième fermeture de l'UE à l'égard des pays de la Méditerranée et du Moyen-Orient » (voir aussi EUROPE n° 9273).