Strasbourg,28/09/2006 (Agence Europe) - Face au retour de la violence et à la recrudescence des violations des droits de l'homme au Sud du Soudan, il est essentiel de convaincre Khartoum d'accepter enfin la Résolution 1706 du Conseil de sécurité sur le lancement d'une opération de paix de l'ONU au Darfour, ont plaidé d'une même voix, mercredi après-midi en plénière, la présidente du Conseil de l'UE Paula Lehtomäki et le Commissaire européen Franco Frattini, ainsi que les députés européens intervenus dans le débat. C'est positif que la Mission de l'Unité Africaine (UA) ait, en attendant, décidé de prolonger son mandat jusqu'à la fin de l'année, mais nous aurions besoin d'une mission des Nations unies dès à présent, s'est écrié Michael Gahler (PPE-DE, allemand), et Eoin Ryan (UEN, irlandais) a lancé: comment ça se fait qu'on a pu mettre en place une force de l'ONU pour le Liban en trente jours, alors qu'au Soudan on n'a pas réussi à le faire en trois ans ? Quant à la travailliste britannique Glenys Kinnock, elle a reproché au Conseil et à la Commission une certaine « complaisance ». A Franco Frattini qui annonçait que le José Manuel Barroso et Louis Michel se rendront bientôt à Khartoum pour rencontrer le Président Bashir, elle a lancé: « on ne peut pas parler de travailler avec le général Bashir », on ne peut pas parler d'accord de paix, « c'est fini », et nous faisons face « au premier génocide du 21ème siècle ! » (le Président de la Commission et le Commissaire européen au Développement seront aussi le week-end prochain à Addis Abeba pour une réunion de l'Union africaine: voir autre nouvelle et EUROPE n° 9267). Il faut absolument imposer une « no fly zone » au Soudan, a insisté par ailleurs l'ancienne coprésidente de l'Assemblée parlementaire paritaire ACP/UE. Marielle de Sarnez (ALDE, française) a martelé: « Les Européens ont une obligation politique et morale d'imposer la paix », les camps de réfugiés au Soudan sont « de véritables prisons à ciel ouvert », tout le monde dépend à 100% d'une aide internationale qui est peu généreuse (et qui souvent n'arrive pas à destination). Plus le temps passe, plus ces « criminels qui, en outre, s'enrichissent considérablement », se bercent dans l'impunité, s'indigne aussi la verte française Marie-Helène Aubert, qui constate: et voilà que nous en sommes à demander à la Chine, à la Russie¸ de développer un rôle positif dans cette crise, alors qu'elles ne sont pas réellement des exemples en matière de respect des droits de l'Homme. D'autant plus que la Chine a de gros intérêts dans le secteur pétrolier, et qu'on ne saurait négliger le rôle que joue dans ce conflit le pétrole, qui « avive les conflits et suscite les convoitises ».
La présidente du Conseil, la ministre finlandaise des Affaires européennes et du commerce Paula Lehtomäki a rappelé pour sa part que le Représentant spécial de l'UE pour le Soudan, Pekka Haavisto, a, la semaine dernière à New York en marge de l'Assemblée générale des Nations unies, exprimé l'inquiétude de l'Union pour cette détérioration dramatique de la situation seulement quatre mois après la signature des accords de paix. Ce conflit a fait 300 000 morts et 2 millions de personnes déplacées, l'aide humanitaire n'atteint que 5% des destinataires, s'est-elle exclamée, en jugeant essentielle une présence de l'ONU sur place. La tragédie humanitaire s'aggrave, a renchéri le Commissaire Franco Frattini, qui craint le risque, « à tout moment, d'une guerre généralisée » dont des pays comme le Tchad, la République centrafricaine et l'Ouganda mais aussi, « au-delà, la Somalie et la République démocratique du Congo pourraient devoir subir le contrecoup ». Lorsqu'on réclame une présence de l'ONU, Khartoum parle d'un « complot occidental » et parfois même d'un complot « sioniste », mais nous n'avons pas un tel « agenda », caché nous voulons seulement saisir la chance « d'éviter le pire » et de relancer le processus de paix, a affirmé M. Frattini.
Dans une résolution de tous les groupes sauf Ind/Dem, le Parlement rappelle les engagements pris par l'ONU après le génocide rwandais pour « mieux assumer sa responsabilité politique en Afrique » et invite toutes les parties, « dont le gouvernement soudanais », à mettre immédiatement fin à toute action militaire au Darfour ». En outre, il demande à Khartoum d'accepter une force de maintien de la paix de l'ONU (tout manquement à son devoir de permettre son fonctionnement efficace sera sanctionné), à la Chine et à la Russie de jouer un rôle positif à l'ONU pour veiller au déploiement de cette force, à la Chine d'user de son influence auprès du Soudan pour le persuader d'accepter enfin ce déploiement, et à l'UE et aux autres acteurs internationaux à œuvrer aux côtés de l'ONU et de l'Union africaine pour s'assurer que les forces de maintien de la paix auront la capacité de réagir rapidement (la Ligue arabe est invitée à « se départir de sa complaisance à l'égard de l'intransigeance persistante du Soudan » sur l'envoi de cette force). Les mêmes acteurs sont invités à « mener toute action contribuant à mettre fin à l'impunité par l'application du régime de sanctions adopté par le Conseil de sécurité ». En outre, l'UE devrait demander « l'instauration urgente d'une zone d'exclusion aérienne au Darfour », comme prévu par la Résolution 1591, et l'aide humanitaire internationale devrait augmenter de manière significative.