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Bulletin Quotidien Europe N° 9275
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

A quelles conditions le Doha round peut-il encore être sauvé ?

Le critère «tout ou rien» est déraisonnable. Est-il encore possible de sauver le cycle actuel de négociations commerciales mondiales, le Doha round ? Bien sûr que oui, mais à la condition d'abandonner le langage manichéen: succès ou échec, accord ou rupture. Il est compréhensible que les négociateurs utilisent ce langage, dans le but d'arracher in extremis le maximum de concessions à leur avantage, mais il ne correspond pas à la réalité et il pourrait entraîner des conséquences dramatiques. Le critère du «tout ou rien» est déraisonnable lorsque ce que l'un réclame est inacceptable pour l'autre: personne ne peut prétendre obtenir tout ce qu'il souhaite. Il faut rechercher un équilibre raisonnable entre les concessions réciproques, sans prétendre obtenir ce qui est politiquement et socialement impossible. Il faut prendre acte que: a) les Etats-Unis ne renonceront pas à subventionner leur agriculture ; b) les pays émergents ont besoin de protéger raisonnablement certaines industries et le secteur des services ; c) l'Europe et le Japon (et d'autres pays qui n'osent pas le dire) doivent maintenir certaines restrictions aux importations agricoles ; d) les pays en développement ne peuvent pas se passer de «préférences» pour leurs exportations.

En outre, il ne faudrait jamais oublier que toutes les concessions seront automatiquement étendues à la Chine, qui pourrait devenir le grand gagnant de l'opération. Ses potentialités sont illimitées dans tous les domaines, industrie comme agriculture, services comme investissements ; et celui qui croit aujourd'hui se procurer de nouveaux marchés d'exportation pourrait en définitive les ouvrir aux Chinois. .

Mettre l'accent sur les termes excessifs - échec, rupture - signifie lancer un très mauvais message aux opinions publiques du monde entier et provoquer l'effondrement des résultats en principe déjà acquis (qui ne sont pas négligeables). Résultat: frustrations, rancunes, accusations réciproques et stagnation économique. Il faut rechercher un paquet substantiel mais qui ne compromet aucun intérêt vital, d'autant plus que certaines des «lignes rouges» à ne pas franchir, que chacun a tracées, sont assez largement justifiées.

Le monde en a besoin. En parlant de lignes rouges justifiées, je ne me réfère pas seulement au refus de l'Europe de brader son activité agricole, dont il a été souvent question dans cette rubrique. Pour quelle raison les Etats-Unis ne peuvent-ils pas renoncer à subventionner leur agriculture ? Parce qu'ils doivent sauvegarder le niveau de vie des agriculteurs ainsi que les exigences écologiques et de qualité, et aussi parce que les besoins alimentaires du monde continuent à augmenter. Le monde a besoin de l'agriculture américaine, tout comme de l'agriculture européenne. Europe et Etats-Unis assurent l'essentiel de l'aide alimentaire mondiale, et ce sont le PAM (programme alimentaire mondial), l'Unicef (organisme de l'ONU pour les enfants) et même l'ancien « Haut Commissariat aux droits de l'homme» qui ont effectué des démarches auprès de l'OMC implorant de ne pas toucher à l'aide alimentaire ! Certes, il existe des abus à éliminer: certains dons alimentaires ruinent des productions locales dans les pays pauvres, d'autres ne sont qu'une excuse pour se libérer des excédents. Mais même les excédents sont parfois utiles: en Europe, ils alimentent notamment les célèbres «restaurants du cœur » créés à l'initiative de Coluche, et c'est la PAC (politique agricole commune) qui finance les denrées. Je considère que, pour ces aspects, les positions officielles de l'UE et des Etats-Unis sont ridicules. Les Européens réclament le démantèlement des subventions américaines, les Américains posent comme condition que l'UE ouvre encore davantage ses frontières, alors que, sur ce point, ils devraient être alliés. L'Europe est en train de renforcer les règles protégeant les animaux, que ce soit dans l'élevage des poulets ou pour le transport de bovins et de chevaux vivants: c'est une orientation obligatoire, mais elle a un coût pour les éleveurs, qui doivent être aidés pour y faire face. En agriculture, le principe de la compétitivité à l'état pur est inadmissible: l'Europe a déjà payé assez cher pour ça, avec la «vache folle» (provoquée par l'effort de réduire le coût de l'élevage en alimentant les herbivores par des farines animales) ou avec la pollution de l'eau par les nitrates (à cause de l'intensité excessive de l'élevage porcin).

Pour le respect réciproque. Nous sommes face à des enjeux de civilisation impliquant le respect des animaux et la sauvegarde de la nature, sur lesquels on ne doit pas céder. Mais en même temps il faut respecter les efforts des pays émergents pour protéger leur développement, et soutenir les tentatives des pays pauvres visant à conquérir leur autonomie alimentaire et à se libérer du fléau des monocultures pour l'exportation.

Abandonnons les anathèmes et les proclamations, et le Doha round pourra être sauvé.

(F.R.)

 

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