Munich, 06/02/2006 (Agence Europe) - Pendant la première journée de travaux de la Conférence sur la sécurité qui s'est tenue à Munich du 2 au 5 février, des responsables de haut niveau ont discuté de l'avenir des relations transatlantiques et ont évoqué l'état actuel et les perspectives de l'OTAN et de la Politique européenne de sécurité et de défense, ainsi que les relations entre elles.
Angela Merkel, s'exprimant à la conférence annuelle de Munich pour la première fois depuis qu'elle est devenue chancelière allemande (l'année dernière elle avait parlé comme candidate de la CDU), a ouvert le débat en déclarant: « L'OTAN est le lieu où sont représentés les intérêts et valeurs transatlantiques. Si elle veut le rester dans dix, vingt ans, alors, je pense, nous devons discuter ouvertement de ce qu'elle doit accomplir. A mon avis, elle doit être le forum où analyser et discuter en permanence des menaces, il doit être l'endroit où se consulter sur les nouvelles causes de conflit qui apparaissent dans le monde et elle doit être, selon moi, le lieu où coordonner les actions politiques et militaires ». L'OTAN doit avoir le primat, et il faut choisir d'autres voies seulement s'il n'y a pas de consensus entre nous, a estimé Mme Merkel, en ajoutant: « Si tout le monde est d'accord - et il faut en discuter- le Conseil de l'OTAN peut tout naturellement assumer ces tâches, et prouver dans les consultations politiques quotidiennes que c'est praticable. Ceci signifie aussi qu'on doit pouvoir discuter des conflits politiques qui n'exigent pas des opérations ou des actions militaires immédiates. A mon avis, cela veut dire que c'est ici qu'il faut discuter de la situation au Moyen-Orient ou en Iran ».
Franz Josef Jung, le nouveau ministre allemand de la Défense qui participait pour la première fois à la Conférence de Munich, a estimé pour sa part: « Si l'Alliance veut garder sa position de première instance de consultation sur les questions de sécurité, elle doit redevenir plus politique - en d'autres termes, elle doit être utilisée comme instrument politique pour forger l'environnement de sécurité. L'article 4 du Traité de l'Atlantique Nord nous oblige à nous consulter si nous sommes menacés. Cela signifie que nous devons parler aussi au sein de l'Alliance de toutes les questions importantes de sécurité ». M. Jung, qui a cité non seulement l'Iran, mais aussi la sécurité énergétique, a cependant mis en garde: « L'OTAN ne doit pas s'écrouler sous toutes les tâches en matière de paix et de sécurité. Son attrait est démontré par le désir de plus en plus de pays d'en devenir membres. D'autre part, l'OTAN n'est pas du tout une sorte de mini-ONU ou de mini-OSCE. Nous devons nous coordonner et échanger nos vues aussi avec nos amis non américains et non européens, mais nous devons soigneusement éviter de créer de plus en plus d'organes institutionnels. A l'avenir, il faudra partager davantage de tâches ». A ce propos, Angela Merkel a demandé: « Où sont les limites de ce que peut faire l'OTAN ? ». Elle a souligné que les ressources sont limitées, et elle a proposé un développement ultérieur du Concept stratégique de l'Alliance en 2008-2009, après un nouvel élargissement.
Les remarques de la chancelière allemande ont été saluées par la délégation du Congrès américain à Munich. Le sénateur Josep Lieberman (républicain du Connecticut) s'est félicité de ce discours direct et le sénateur John McCain (républicain de l'Arizona) a relevé un changement de ton depuis l'intervention du chancelier Schröder qui, l'année dernière à Munich, avait exprimé des idées semblables.