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Bulletin Quotidien Europe N° 9125
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

L'identité européenne est en jeu dans l'affaire des dessins satiriques danois

Qui compromet le dialogue entre les civilisations ? L'affaire des dessins satiriques danois considérés comme insultants par les musulmans a pris une ampleur tellement dramatique qu'il est devenu impossible de la négliger avec l'excuse qu'elle est gênante et désagréable. Aussi longtemps que la question posée était de savoir si la publication de ces dessins avait été inopportune, chacun pouvait exprimer son opinion, et nous avons appris avec un intérêt modéré ce qu'en pensaient la présidente du Conseil Affaires étrangères Ursula Plassnik, le vice-président de la Commission européenne Franco Frattini et un grand nombre d'autres personnalités ; même le Vatican nous a informés qu'il regrettait leur publication. Mais désormais la question est tout autre: il s'agit de savoir si l'Europe a le droit d'appliquer ses lois et de pratiquer ici, sur son territoire, sa civilisation. Laquelle implique la liberté d'expression dans les limites de la loi, et interdit au pouvoir exécutif de décider lui-même ce qui peut et ce qui ne peut pas être publié. Si quelqu'un estime que la loi n'a pas été respectée, il doit s'adresser aux tribunaux. Dans le cas d'espèce, le journal qui a imprimé le premier les caricatures incriminées à non seulement regretté de l'avoir fait: il s'en est même excusé. L'affaire devait s'arrêter là, avec des recours aux tribunaux si l'un ou l'autre l'estime opportun.

Tout ce qui est arrivé ensuite représente une attaque contre l'un des piliers de notre civilisation. Le gouvernement danois a bien fait de ne pas s'excuser, il n'avait aucune raison de le faire. Je ne comprends pas ceux qui justifient ce qui se passe au nom du principe du «respect» pour d'autres croyances ; et alors, le respect pour la civilisation européenne, pour le degré de liberté atteint, unique peut-être dans l'histoire du monde? Il est possible que M. Frattini ait raison d'estimer que la publication des dessins en question ne facilite pas le «dialogue entre les civilisations»: mais ce dialogue n'est-il pas davantage compromis par les menaces de rétorsions et d'assassinats? Par les ambassades incendiées et les drapeaux piétinés? C'est un hebdomadaire jordanien qui s'est demandé ce qui porte davantage de préjudice à l'Islam: les caricatures ou un preneur d'otages qui égorge sa victime devant les caméras ? Il est vrai qu'il a été retiré de la vente…

Essayons quand même de ne pas dramatiser. On verra si les violences sont condamnées par les autorités des pays concernés, et si leurs autorités religieuses plaident l'apaisement, ainsi que l'ont fait les autorités religieuses chrétiennes. Il n'est pas question de porter de jugements sur d'autres civilisations, mais tout simplement de sauvegarder la nôtre. Et à ceux qui objectent que le «musulman de base» ne peut pas comprendre notre notion de liberté, impliquant la non ingérence du pouvoir exécutif dans ce qui est dit ou publié par les médias, je répondrais que, si c'est vrai, c'est encore plus grave, car cela signifie que le «dialogue des civilisations» n'est qu'un exercice intellectuel entre savants et experts, dans des séminaires et dans quelques universités, sans aucune signification dans la vie et chez les gens qui veulent quand même habiter ici. Et pourtant, la coexistence entre civilisations et religions différentes et la tolérance réciproque était une tradition ancienne et méritoire dans bien de pays musulmans, historiquement avant que ce soit le cas chez nous.

Respecter notre civilisation. Mais ce n'est pas ma tâche ni mon intention de faire de la doctrine. Je veux me limiter au concret, à ce qui peut et doit être fait sur le terrain. Il est beaucoup question en ce moment de l'identité européenne; des personnalités de premier plan s'efforcent de la définir, de concilier ce qui est commun à tous les Européens avec les identités nationales que l'on veut sauvegarder. Nous avons lu des textes et même des gros titres disant en substance: l'identité culturelle pour relancer l'Europe. Parmi les principes de l'UE à relancer sur ces bases figure évidemment le respect des autres civilisations et des autres croyances, mais à la condition que ce respect soit réciproque, et que, dans nos pays, nos règles et lois soient d'application. Je n'ai pas à porter de jugements sur le comportement d'autrui chez lui ; un gouvernement peut même appliquer à la lettre la Charia si ceci correspond à ses convictions, c'est son affaire. Mais ici, en Europe, au moment même où l'on s'efforce de définir une identité européenne, j'estime qu'il ne faut accepter aucun compromis, étant entendu, ça va de soi, que la liberté de pratiquer sa religion et de se comporter à son gré dans la vie privé, dans le respect de la loi, est un droit inaliénable de chacun. Mais qui veut résider ici, bénéficier de nos droits, voire même de la citoyenneté européenne, doit respecter notre civilisation et nos lois. Afin que nous ne soyons pas obligés de dire un jour que notre tolérance face aux infractions aux principes mêmes de la civilisation européenne, loin d'être trop faible, a été au contraire excessive.

(F.R.)

 

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