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Bulletin Quotidien Europe N° 9077
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Le cycle de Doha de l'OMC semble prendre enfin la bonne direction

Les négociations sur le «cycle de Doha» vont-elles très mal ? On le dit beaucoup ; mais, à mon avis, elles progressent, parce que les vrais problèmes et les vrais objectifs sont enfin sur la table. Essentiellemenet trois évolutions m'amènent à cette affirmation à contre-courant:

A. L'aspect «cycle pour le développement ». Cet aspect, indiqué dès le départ comme objectif prioritaire, était en réalité totalement négligé dans le déroulement des négociations, dicté par le «groupe des 20» qui est dominé par le Brésil, le Canada, l'Australie et les Etats-Unis, avec comme renfort la Nouvelle-Zélande et quelques autres pays. Cette «poignée de pays exportateurs agricoles nets» (la définition est de Peter Mandelson, voir notre bulletin n. 9074) a en pratique bloqué les négociations en les focalisant sur le volet agricole ; et M. Mandelson a précisé: « Au lieu d'un cycle pour le développement, on aurait un processus de libéralisation sectorielle à l'usage des producteurs agricoles les plus compétitifs du monde». Le « groupe des 20» n'arrive pas à se mettre d'accord sur la contrepartie que l'UE réclame dans le domaine industriel et dans celui des services, parce que les intérêts, tout à fait respectables, du Brésil, de l'Inde et d'autres pays émergents ne coïncident pas avec ceux des Etats-Unis et d'autres pays du groupe. C'est l'impasse.

Face à cette impasse, l'UE a eu enfin la réaction qu'on attendait. S'il est vrai que le développement des pays pauvres est la priorité de ce cycle, a observé M. Mandelsson, définissons à la conférence de Hong-Kong un paquet de mesures en leur faveur, et il a cité: a) la généralisation du régime appliqué par l'UE
« Tout sauf les armes» (par lequel les produits des pays les plus pauvres sont admis sans droits de douane ni restrictions quantitatives) ; b) un accord spécifique sur le coton (pour lequel les pays moins avancés sont concurrentiels) ; c) un meilleur accès à des médicaments moins chers pour lutter contre les pandémies. En outre, ces pays doivent bénéficier des concessions qui seront échangées pour les produits industriels et les services sans aucune réciprocité de leur part. C'est clair et simple et cela peut être décidé même si d'autres aspects restent bloqués. On pourra ainsi constater pour qui la formule «round pour le développement» est une réalité et pour qui elle n'est qu'un simple slogan.

B. Les pays ACP y voient plus clair. D'abord alignés en partie sur les positions du «groupe des 20» (et influencés longtemps par l'image trompeuse d'une «Europe forteresse»), les pays africains et des Caraïbes ont été échaudés par les cas de la banane et du sucre. L'UE est maintenant obligée, à la suite des pressions de pays du groupe des 20 et d'organismes comme Oxfam, à ouvrir plus largement ses frontières aux bananes et au sucre du monde entier, et les pays ACP se rendent compte de ce qu'ils perdent comme préférence tarifaire et garantie de prix. Leurs représentants au sein de l'Assemblée parlementaire paritaire ACP/UE ont demandé que «les intérêts des ACP ne soient pas sacrifiés sur l'autel d'une libéralisation forcenée et inéquitable, susceptible de les marginaliser davantage» et le « groupe des 90 » (réunissant l'ensemble des pays moins avancés - PMA - de la liste ONU) plus quelques autres ont annoncé qu'ils vont établir leur position commune pour la conférence de Hong-Kong (voir notre bulletin n. 9075). Les PMA en général et les ACP en particulier seraient heureux si tous les pays du monde étaient ouverts autant que l'UE à leurs produits agricoles. Leur intérêt est de soutenir les positions européennes, sans céder à la démagogie.

C. L'Europe commence à prendre conscience de ses intérêts véritables. En bon Britannique, Peter Mandelson était arrivé à Bruxelles convaincu que la liberté des échanges, y compris en agriculture, est la panacée contre tous les maux, et que l'ouverture des frontières de l'UE aux produits agricoles du monde entier est à la fois positive pour l'Europe et bénéfique pour les pays pauvres. L'approfondissement des dossiers et sa vivacité d'esprit lui ont permis de comprendre que ces affirmations sont fausses, l'une comme l'autre. Le cas de M. Mandelson est indicatif d'une évolution plus générale, Les pays de l'UE qui ont souscrit les «lignes rouges» à ne pas dépasser dans les concessions agricoles sont déjà majoritaires (13 sur 25), et on attend un mouvement dans le même sens de l'Allemagne (ce serait important) et d'autres pays. Mais c'est l'atmosphère générale qui (sauf en Grande-Bretagne) a évolué, y compris dans les médias et donc aussi dans l'opinion publique, en faveur d'une compréhension renforcée de l'exigence pour l'Europe de sauvegarder son activité agricole, pour des raisons impératives liées à l'équilibre territorial, à la biodiversité et à la sauvegarde de la nature. Ce n'est pas une affaire de commerce, mais de survie.

L'objectif est-il de réussir le cycle de Doha? On peut commencer à négocier sérieusement. (F.R.)

 

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