Bruxelles, 28/11/2005 (Agence Europe) - Rappelant les chiffres sur la croissance publiés récemment par la Commission européenne et attestant d'une fragile reprise économique de la zone euro, le Commissaire aux affaires économiques et monétaires est resté muet sur la perspective d'une hausse des taux d'intérêt par la Banque centrale européenne (BCE), lundi après-midi devant la commission des affaires économiques et monétaires du PE. Joaquin Almunia s'est limité à répéter qu'il ne souhaitait pas ajouter sa voix au débat, par respect pour l'indépendance de la BCE. Lors d'un assez court échange de vues,
M. Almunia a estimé que les échéances à venir dans le cadre de la mise en œuvre du Pacte de stabilité et de croissance (PSC) seront décisives pour la crédibilité de la surveillance budgétaire (EUROPE n° 9070). Au cours des deux ou trois prochains mois, la procédure pour déficit excessif sera poursuivie, relancée ou initiée contre les quatre plus grandes économies de la zone euro: l'Allemagne (vraisemblablement le 21 décembre), la France (au plus tard en janvier), l'Italie (en janvier) et le Royaume-Uni. Fin mars, la Commission évaluera les mesures prises par le Portugal avant d'examiner à nouveau les cas de la Grèce et de la Hongrie. « Avec la mise en œuvre de la procédure pour cet ensemble de pays, nous ferons face à une épreuve cruciale pour la crédibilité du PSC », qui dépend des propositions de la Commission et des décisions qui seront prises au Conseil, a estimé M. Almunia, désireux de « relever le défi de manière positive ».
Les anticipations de croissance de la Commission pour 2005 (1,3% dans la zone euro et 1,5% dans l'UE à 25), 2006 (1,9% et 2,1%) et 2007 (2,1% et 2,4%) n'ont pas suscité beaucoup d'optimisme chez Poul Nyrup Rasmussen (PSE, danois), pour qui ces données « ne méritent pas le qualificatif de redressement économique ». Le Président du Parti socialiste européen a demandé à M. Almunia de soulever, lors du prochain Conseil Ecofin, la question d'une meilleure coordination, notamment des investissements publics. Certes les taux de croissance restent faibles, a reconnu M. Almunia, qui parle de reprise en comparaison avec les chiffres plus faibles envisagés au début de l'année. Soulignant la difficulté d'agir ensemble pour augmenter les taux d'emplois et la productivité au travers des investissements publics ou privés, M. Almunia a indiqué: « J'aimerais bien que l'Ecofin puisse utiliser les possibilités de coordination ». Et d'espérer que la dimension européenne sera exploitée aussi grâce à un accord sur les perspectives financières dès le Conseil européen de décembre. Interrogé par la présidente de la commission parlementaire, la socialiste française Pervenche Berès, au sujet de ses orientations sur une amélioration du fonctionnement de la zone euro, le Commissaire a rappelé que l'enjeu était de parvenir à adapter les mécanismes d'ajustement de la zone euro afin d'éviter d'agrandir les écarts existant entre Etats membres en cas de choc externe. Gunnar Hökmark (PPE-DE, suédois) avoue ne pas savoir « si l'investissement public est une solution pour l'Europe » et plaiderait plutôt pour des « changements dans l'investissement des entreprises ».
La socialiste néerlandaise Ieke Van den Burg a questionné le Commissaire sur la probable hausse des taux d'intérêt. « Je ne tiens absolument pas à m'exprimer là dessus en public », lui a-t-il signifié, évitant ensuite de répondre à des questions similaires. Au libéral allemand Wolf Klinz qui l'interrogeait sur les réformes structurelles en Allemagne et les engagements de la grande coalition, M. Almunia a dit que le fait que la consolidation budgétaire figure en premier point de son programme est un « bon signal ». Et d'expliquer que « une décision politique ayant le soutien des deux grands partis est un élément positif pour restaurer la confiance des investisseurs en Allemagne ». Inquiet de la possibilité pour les nouveaux Etats membres de repousser l'adoption de la monnaie commune (en cas de référendum négatif par exemple), M. Klinz a eu droit à une réponse claire sur l'opportunité d'une telle démarche. « Au regard de l'expérience vécue, je ne recommande à personne de faire un référendum sur l'UE, et encore moins sur l'euro », a déclaré M. Almunia, qui juge que ces pays et leurs populations ont « adhéré à l'UE en connaissance de cause ». En revanche, une bonne information des citoyens est primordiale pour bien préparer le passage à l'euro et éviter que certains abus ne se répètent, car « c'est faux » que l'euro apporte davantage d'inflation. La Commission présentera à la mi-2006 une évaluation sur la base de laquelle elle fera une proposition au Conseil afin d'élargir la zone euro. Trois pays souhaitent intégrer la zone euro dès janvier 2007: la Lituanie, l'Estonie et la Slovénie. Répondant à une dernière salve de questions, M. Almunia a estimé, en matière de réformes structurelles, que « nous allons dans la bonne voie, mais si on ne fait pas plus, nous n'irons pas très loin ».