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Bulletin Quotidien Europe N° 9077
JOURNEE POLITIQUE / (eu) ue/euromed

Le Sommet de Barcelone adopte un code de conduite sur la lutte contre le terrorisme, un plan de travail en cinq ans et une « déclaration du président »

Barcelone, 28/11/2005 (Agence Europe) - Le premier Sommet euroméditerranéen, qui s'est tenu le 28 novembre à Barcelone pour célébrer le dixième anniversaire du partenariat EuroMed, a réussi à adopter un code de conduite sur la lutte contre le terrorisme et un programme de travail en cinq ans, mais la déclaration finale commune qui était envisagée a été remplacée par une « déclaration du président » (EUROPE publiera ces textes). La déclaration souligne la nécessité d'un règlement équitable israélo-palestinien et l'engagement d'avoir deux Etats vivant côte à côte « en paix et en harmonie », a dit Tony Blair à la presse, tout en admettant: ce n'est pas le processus EuroMed qui va « régler le conflit au Moyen-Orient ». Ce qui est important, c'est le code sur la lutte contre le terrorisme, « convenu par tous, y compris Israël et les Palestiniens », a souligné M. Blair, pour qui la phrase la plus importante dans ce texte est celle qui affirme: « le terrorisme ne peut jamais être justifié ». C'est la première fois que plus de trente pays adoptent ensemble un tel texte, a martelé le Premier ministre britannique, en reconnaissant que la discussion prévue à l'ONU sur la définition du terrorisme ne sera pas facile. Selon lui, il y aura sans doute « bataille sur les mots » mais ce qui compte, c'est « l'esprit » du Sommet de Barcelone. Une sorte de « consensus international » commence à se dessiner sur des valeurs communes, qui sont « universelles » et pas seulement « occidentales ou européennes », a-t-il estimé. Quant au plan de travail visant le développement économique et social de la région, M. Blair a mis en exergue le « très fort chapitre sur les migrations » (encouragement à la migration légale et coopération dans la lutte contre l'immigration clandestine et le trafic d'êtres humains). Interrogé sur l'absence de huit chefs d'Etat du Sud de la Méditerranée au Sommet (voir plus loin),
M. Blair a noté que certains avaient « de très bonnes raisons », mais que de toute façon tous les pays étaient représentés à haut niveau. Pour le Premier ministre espagnol Zapatero, ce sommet marque « un saut de qualité » du processus de Barcelone, « dans la bonne direction », ouvrant la voie à un « espace euroméditerranéen de liberté, de sécurité et de justice » à côté de l'espace économique et commercial. Le Haut représentant pour la PESC Javier Solana ne pouvait que se déclarer heureux, dix ans après la conférence qu'il avait présidée comme ministre espagnol des Affaires étrangères (il avait reçu l'accolade du Premier ministre Gonzalez pour avoir su réunir à la même table le Président Arafat et le Premier ministre israélien Barak). Même satisfaction chez le Président de la Commission José Manuel Barroso, pour qui l'UE qui s'élargit a montré qu'elle ne néglige pas les partenaires méditerranéens et sait « bâtir un pont ver le Sud ».

Un sommet marqué par une importante défection de dirigeants du Sud

Le sommet a été marqué par une impressionnante défection des principaux dirigeants d'Etat des pays partenaires, aussi bien de pays arabes que d'Israël, et par un prolongement, jusqu'à la dernière minute, des négociations sur les textes qui ont conclu la rencontre. La quasi-totalité des chefs d'Etat et de gouvernement européens étaient présents (y compris Angela Merkel, dont c'était la première participation comme chancelière allemande à une grande conférence internationale) et, à leurs côtés, une longue liste d'invités. Outre les observateurs habituels - Libye, Mauritanie, Ligue arabe, UMA, Bulgarie, Roumanie, Croatie - la Présidence britannique a convié entre autres Irak et Norvège (selon certaines sources, elle avait envisagé d'inviter Condoleezza Rice). A peine deux chefs d'Etat des pays partenaires - Turquie et Palestine - ont fait le déplacement. Pour le reste, ce sont des chefs de gouvernement ou des ministres des Affaires étrangères qui ont participé. Pour le Président du Parlement européen et de l'Assemblée parlementaire EuroMed Josep Borrell, « il aurait été utile qu'ils soient tous là. Certaines absences sont justifiées, d'autres le sont moins ». M. Borrell a ajouté: « je le regrette. La présence de tous aurait servi à ce que l'engagement soit plus puissant (…) Ce manque d'empressement montre qu'il y a le sentiment que les choses sont floues (…), mais ce n'est pas ainsi qu'on pourra s'en sortir et donner une nouvelle impulsion ». Du côté des Etats membres, on semble cependant plus désolés que réellement déçus par ce rendez-vous manqué. En fait, aucun des chefs d'Etat absents n'avait de réelles raisons politiques pouvant être assimilées à un boycott, mais selon des sources diplomatiques arabes, il n'y avait sans doute pas suffisamment de motivations les incitant à faire le voyage et à délaisser leurs soucis politiques nationaux. Cela vaut aussi bien pour Israël que pour la Jordanie ou l'Egypte. D'autres ont préféré ne pas avoir à répondre à des questions gênantes sur leur situation intérieure. Dans ce cas, il y a la Syrie dont seul le ministre des Affaires étrangères était présent à Barcelone (des informations contradictoires circulaient sur l'invitation ou non au président Bachar Al Assad). En revanche, on sait que le Libanais Emile Lahoud n'a pas été convié alors que son premier ministre l'a été. Le souverain marocain, dont l'agenda est pris par une tournée en Asie, a toujours eu tendance à privilégier les rapports bilatéraux plutôt que les « grandes messes » collectives, fait-on observer de source européenne. Le seul qui aurait en partie quelques motifs politiques à son absence serait le président de l'Egypte, dont les ambassadeurs et hauts fonctionnaires ont âprement bataillé jusqu'à la dernière minute contre l'insertion dans le texte de la déclaration finale (finalement remplacée par la « déclaration du président ») d'éléments pouvant être interprétés comme une forme de « conditionnalité politique » et contre une trop grande implication directe de représentants de la « plate-forme de la société civile ». Le président algérien a annulé son voyage pour « raisons médicales », mais la presse algérienne s'est montrée critique, rendant compte d'un mémorandum remis par Alger à Barcelone qui met en cause aussi bien la politique de voisinage que le projet de zone de libre-échange. Mais pour le ministre égyptien des Affaires étrangères, coordonnateur du groupe arabe, ces absences « ne remettent pas en cause l'engagement des pays arabes dans le processus de Barcelone » ; au contraire, a estimé le Dr Abul Geith, la présence arabe est « forte, compte tenu du nombre de chefs de gouvernement présents ». A noter cependant que, à Barcelone, le secrétaire général de la Ligue arabe a martelé, à chaque occasion, que les réformes voulues par les partenaires du monde arabe (UE comme Etats-Unis) ne peuvent pas être imposées de l'extérieur. En tout état de cause, la défection de tous ces chefs d'Etat d'une des plus importantes zones de « voisinage » de l'UE est considérée comme un échec relatif. Il reste à voir, selon divers observateurs, s'il est celui de l'UE ou celui de la seule présidence britannique, dont le rôle dans la phase préparatoire et la gestion des invitations ont suscité de l'irritation chez les pays partenaires. Ces derniers reprochent notamment à la présidence d'être revenue sur la parole donnée lors d'une réunion préparatoire des ministres arabes des Affaires étrangères, début novembre au Caire, où une représentante de la présidence avait pu rassurer les ministres sur des points de la déclaration finale du sommet concernant la gouvernance, l'indépendance de la justice dans leurs pays et une appréciation acceptable pour tous dans les paragraphes sur le conflit israélo-palestinien. « Nous avons, pour notre part, fait d'importantes concessions. L'Espagne peut en témoigner », affirme un ambassadeur arabe mettant en cause Londres et Israël pour les derniers blocages dans les discussions à Barcelone.

Divergences sur des questions politiques sensibles et sur le rôle de la politique de voisinage

Les divergences qui ont marqué le sommet portaient sur la gouvernance, le rôle de la société civile, la définition du terrorisme (à distinguer du droit à la résistance) et, surtout, l'appréciation commune sur la situation au Moyen- Orient et, en particulier, la référence aux frontières de 1967 comme base d'un règlement. Au-delà de ces thèmes politiquement sensibles, l'avenir du dialogue EuroMed, en toile de fond des discussions, a mis en lumière la nécessité d'une meilleure articulation entre le processus de Barcelone et la politique de voisinage de l'UE. « Nous avons besoin d'une approche transparente, aussi bien sur les concepts que sur les moyens », affirme un diplomate arabe de haut rang. « La situation aurait été pire s'il n'y avait pas eu de processus de Barcelone », car « la Méditerranée condense les problèmes du siècle », a noté pour sa part le Président Borrell. « L'alliance des civilisations » dont M. Zapatero s'est fait le chantre, soutenu par ses pairs, a fait l'objet d'une séance spéciale dimanche et a été évoquée aussi au cours du dîner, en même temps que l'examen de la situation politique générale dans la région. Parmi les idées émergées des débats, aussi bien entre ministres qu'entre hauts fonctionnaires, celle présentée par M. Zapatero de créer un Secrétariat permanent EuroMed. Certaines sources font état par ailleurs de demandes de relancer le projet de banque euroméditerranéenne déjà réclamée par l'Assemblée parlementaire.

Outre ces divergences, l'esprit dans lequel se poursuit la mise en œuvre du processus de Barcelone a été mis en question. « Nous n'avons plus le temps de mettre en pratique une certaine approche, que la Commission européenne nous en propose déjà une autre », affirme un diplomate arabe. Cela vise directement la politique de voisinage dont la mise en avant par la Commission européenne est accompagnée par de fréquentes demandes de clarifications par les pays partenaires. « La frontière entre les deux approches n'est pas nette », estime la même source. Pour d'autres, une leçon que l'UE pourrait tirer de ce sommet pourrait être de « mieux articuler l'approche Barcelone et l'approche voisinage », dont la Commission européenne assure pourtant la complémentarité (voir EUROPE N.9075 sur la conférence de presse de M. Barroso et Mme Ferrero-Waldner). Certains font observer, par exemple, que le Haut représentant européen pour la PESC ne fait jamais référence à la politique de voisinage, une omission persistante que ses services expliquent par le fait qu'elle relève de la compétence de la Commission (même si plusieurs aspects sont du domaine de la politique et de la sécurité relevant de la responsabilité de M. Solana). « Je fais le pari que, après ce sommet, le thème central de nos discussions à Bruxelles avec l'UE tournera autour de ce besoin d'équilibrer les trois volets du processus et de bien marquer la frontière entre Barcelone et le voisinage », prévoit un diplomate arabe.

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