Bruxelles, 18/02/2005 (Agence Europe) - La septième réunion européenne régionale de l'Organisation internationale du Travail (OIT) a poursuivi ses travaux le 15 février à Budapest par une table ronde sur le thème « Le dialogue social survivra-t-il à la mondialisation ? », à laquelle ont participé le Président du Conseil européen Jean-Claude Juncker, le Premier ministre hongrois Ferenc Gyurcsany, et leurs homologues de Malte Lawrence Gonzi et du Kazakhstan Danial Akhmetov. La conférence a ensuite examiné deux rapports du Directeur général de l'OIT, Juan Somavia, le premier présentant un bilan des activités de l'OIT pour la période 2001-2004, le second sur la gestion des transitions, la gouvernance et le travail décent (voir EUROPE des 9 février p.15, 16 février p.14 et 17 février p. 18). La conférence s'est poursuivie le 16 février par une réunion ministérielle sur le suivi de la Commission mondiale sur la dimension sociale de la mondialisation, coprésidée par Philippe Seguin, président du conseil d'administration de l'OIT et Juan Somavia, et avec la participation du Commissaire Vladimir Spidla.
« Ce que j'attends de la conférence, c'est que vous aidiez les pays et les personnes (…). Et nous sommes prêts, en tant qu'hommes politiques, à appuyer vos solutions », a lancé, lors de la séance inaugurale mardi matin, le Premier ministre hongrois Ferenc Gyurcsany. Il a rappelé qu'avoir un emploi, un toit et la santé sont des choses vitales pour l'homme de la rue, et s'est dit d'accord avec la nécessité d'avoir plus d'emplois et mieux payés. Et, en se demandant si les migrations de travailleurs ont des conséquences importantes sur des marchés du travail, si les gens sont prêts à acquérir de nouvelles compétences pour s'adapter à l'évolution du travail, il a reconnu qu'il s'agit d'un dilemme surtout pour les travailleurs de 40 ans et plus qui ont du mal à s'adapter. Et de citer en exemple la Hongrie, “où les gens ne se déplacent pas de 50 km pour trouver du travail tout simplement parce qu'ils ne veulent pas déménager ! »
François Périgot: « il n'y a pas de dialogue social alibi » - John Monks: « le dialogue social doit survivre à la mondialisation »
Après les interventions des personnalités (pour Jean-Claude Juncker, voir EUROPE du 16 février p.14, et pour Juan Somavia, EUROPE du 17 février, p.18), les travaux se sont poursuivis par la table ronde sur le dialogue social avec la participation des représentants des partenaires sociaux, le Président de l'Organisation internationale des Employeurs (OIE) François Périgot, et le Secrétaire général de la Confédération européenne des Syndicats (CES) John Monks. La question qui était posée était de savoir si le dialogue social allait survivre à la mondialisation. « Mais est-ce que la mondialisation pourra survivre au dialogue social ? » a demandé pour lancer la polémique Juan Somavia, modérateur de la séance. Qu'est-ce qu'un vrai dialogue social ? Pour l'ancien Président du patronat européen (Unice) François Périgot, « il n'y a pas de dialogue social alibi. Il faut un vrai dialogue entre personnes responsables, qui doivent s'engager face à leurs mandants ». Dans un contexte de mondialisation, M.Périgot estime qu'il faut revoir le dialogue social « qui doit être libre, avec des acteurs responsables capables d'arriver à un contrat ». Selon lui, « le grand danger, c'est de confondre dialogue tous azimuts avec n'importe qui et dialogue social entre partenaires sociaux qui doivent prendre leurs responsabilités ». John Monks a estimé pour sa part: « Le dialogue social doit survivre à la mondialisation », mais mon sentiment est que le dialogue social est en danger (…). Un grand nombre d'employeurs et quelques représentants de gouvernements croient entre autres que l'Etat providence est trop cher et le secteur public trop vaste. C'était le message du Président de la Commission Barroso lors de l'annonce de son document sur une Nouvelle stratégie pour la croissance et l'emploi». Et de rappeler que « si le dialogue social se retrouve au siège arrière comme le veut M.Barroso, alors l'extrême droite remportera tous les bénéfices (…). L'Europe est en danger ».
Vladimir Spidla: travail décent, emploi et dimension sociale de la mondialisation doivent être inclus dans le processus de mise en œuvre des objectifs du Millénaire
Au cours de la réunion ministérielle informelle sur le suivi du rapport de la Commission mondiale sur la dimension sociale de l'ONU (rapport que la Commission européenne avait accueilli favorablement en son temps: voir EUROPE des 27 mai p.14 et 12 juin p.15), qui s'est tenue le 16 février, le Commissaire européen Vladimir Spidla a annoncé son intention d'intensifier ses efforts de coopération avec l'OIT. M. Spidla a mis en exergue plusieurs points de convergence entre l'UE et l'OIT, à savoir la nécessité de créer les conditions d'une croissance forte, durable et créatrice d'emplois de qualité et de promouvoir un travail décent pour tous. A ce propos, le Commissaire a souhaité que tous les Etats présents dans la conférence régionale de l'OIT ratifient les conventions internationales du travail sur les droits sociaux fondamentaux.
M. Spidla a aussi estimé qu'il faut rechercher de nouveaux équilibres entre flexibilité et sécurité, par exemple en encourageant le bien-être au travail et en investissant dans la formation tout au long de la vie. «L'Europe doit aujourd'hui se mobiliser pour accompagner les changements qui vont façonner la société et l'économie de demain. Sa croissance risque d'être réduite de moitié sans réformes (…), qui ne peuvent pas réussir sans la construction de partenariats pour la croissance et l'emploi ». Enfin, M. Spidla a souligné que « la promotion d'un travail décent, un marché du travail inclusif et le dialogue social sont les piliers d'un ordre mondial plus équilibré et plus juste ». Dans ce contexte, la Commission estime que la dimension sociale de la mondialisation, l'emploi et l'objectif du travail décent « doivent être introduits de manière adéquate dans le processus de mise en œuvre des Objectifs du Millénaire ».