Bruxelles, 18/02/2005 (Agence Europe) - L'entrée en vigueur, le 16 février, du Protocole de Kyoto sur les changements climatiques a suscité l'enthousiasme et fait couler beaucoup d'encre dans l'Union européenne (voir EUROPE du 17 février, p.11). Les ONG environnementales et les Verts/ALE au Parlement européen comptent parmi les enthousiastes, mais ils appellent d'ores et déjà l'UE à ne pas reposer sur ses lauriers. Si elle veut, comme elle l'affirme, continuer à jouer un rôle de chef de file lors des négociations internationales sur l'après-2012 qui s'ouvriront en novembre, elle doit commencer par se fixer des objectifs contraignants ambitieux pour de nouvelles réductions de gaz à effet de serre, estiment les environnementalistes.
Dans une déclaration commune, les Verts/ALE au Parlement européen ainsi que 18 partis Verts de l'UE proposent de déclarer le 16 février « journée mondiale pour le climat » afin de célébrer chaque année ce « succès historique pour la planète » et de rappeler à tous qu'il reste encore beaucoup à faire. Mais, ils soulignent en même temps que le Protocole de Kyoto n'est qu'une première étape pour stopper les changements climatiques. Pour parvenir à une solution globale garantissant que le réchauffement climatique ne dépassera pas de plus de deux degrés celsius les niveaux de température préindustriels (objectif à long terme de la Convention cadre sur les changements climatiques), ils attendent de l'UE qu'elle se fixe des objectifs contraignants à moyen et long terme, à savoir une réduction de 30% d'ici à 2020 et d'au moins 80% d'ici à 2050. A plus court terme, pour être à la hauteur de ses ambitions et rester crédible, l'UE doit prouver qu'elle est capable d'atteindre l'objectif qu'elle se fixe de réduire de 8% ses émissions de gaz à effet de serre entre 2008 et 2012, affirme la déclaration commune. Aussi les Verts invitent-ils les institutions européennes et les gouvernements nationaux à: - se fixer des objectifs d'efficacité énergétique ambitieux et contraignants, - abolir les subventions nuisibles dans le secteur de l'aviation et pousser pour l'introduction d'une taxe internationale sur le kérosène ; - introduire des niveaux maximum d'émissions pour les voitures et mettre en place un système de péage pour poids lourds à l'échelle européenne ; -s'assurer que les futurs échanges des droits d'émissions de CO2 respectent mieux le principe du pollueur payeur. « L'élimination rapide de l'énergie nucléaire permettra de libérer des fonds pour trouver de vraies solutions de remplacement », ajoutent-ils.
Quant aux Etats-Unis, les Verts jugent que leur « attitude irresponsable ne doit en aucune façon servir d'excuse à l'Europe pour retarder son action ». La déclaration souligne que « si cette situation donne lieu à des distorsions du marché dues à une concurrence déloyale, l'UE ne devrait pas avoir peur d'introduire, dans le cadre de l'OMC, une plainte contre les Etats-Unis pour refus d'obéissance au Protocole de Kyoto». L'UE pourrait en outre mettre en place des taxes douanières CO2 sur les produits provenant des pays industrialisés qui n'ont pas ratifié le Protocole, suggèrent les Verts.
L'ONG Friends of the Earth International se réjouit de l'entrée en vigueur du Protocole mais se dit profondément déçue que le 9 février dernier, dans sa communication « Vaincre les changements climatiques », la Commission européenne n'ait proposé aucun objectif contraignant pour les réductions supplémentaires des émissions de gaz à effet de serre pour l'après 2012 (voir EUROPE du 10 février, p.8). « Kyoto est un premier pas important, mais il est indispensable que les efforts futurs au niveau international soient conséquents (…) Il est temps que les pays riches agissent avant qu'il ne soit trop tard. Il va de soi que les Etats-Unis, en tant que premier pollueur, doivent prendre leur part. L'UE doit continuer à jouer un rôle de meneur et ne devrait pas attendre de voir ce que feront les autres », déclare Catherine Pearce. Friends of the Earth plaide pour que l'UE serve de locomotive à une action concertée des pays industrialisés pour s'orienter vers un objectif de réduction de 80% des émissions à l'horizon 2050. L'ONG considère que les pays industrialisés dont la croissance s'est appuyée sur la combustion de combustibles fossiles doivent contribuer au financement du développement dans les pays du Sud, et éliminer progressivement les subventions aux combustibles fossiles, au bénéfice d'énergies plus propres.
Le patronat européen appelle de ses vœux un accord sur une stratégie véritablement globale avant 2012
L'Unice, pour sa part, insiste pour que l'entrée en vigueur du Protocole de Kyoto soit mise à profit pour stimuler de nouveaux efforts vers l'élaboration d'un cadre global incluant le maximum de pays et régions, afin que la compétitivité de l'industrie européenne ne soit pas pénalisée. «Aujourd'hui, bien que le Protocole ait été ratifié par 141 pays, il ne comporte aucun engagement de réduction pour de nombreux concurrents majeurs de l'Europe (…). Pour le long terme, les discussions internationales doivent se poursuivre avec toutes les parties pour analyser des modèles et des approches alternatifs, et pour élaborer une stratégie internationale soutenue par tous. Cela bien avant 2012, pour donner à l'industrie européenne la confiance requise dans des investissements à long terme et des efforts accrus de R&D », déclare Philippe de Buck, Secrétaire général de l'Unice.