Strasbourg, 22/07/2004 (Agence Europe) - « Je n'ai rien contre les accords, mais alors il faut qu'on soit clair, alors que dans l'arrangement PPE-DE/PSE sur l'élection du président du Parlement européen, on est ensemble mais on ne dit à personne quelle est l'intensité de notre relation » ; si ça marche avec l'élection de Josep Borrell -et là, « l'accord technique a fonctionné » - « dans la foulée », ça marche aussi pour la confirmation de José Manuel Barroso à la tête de la Commission européenne. C'est Daniel Cohn-Bendit, co-président du groupe des Verts /ALE au Parlement qui critique encore une fois, devant la presse, ce qu'il appelle l'Europe « des magouilles, des non-dits ». « Le PPE aurait voté pour Wurtz si cela avait été nécessaire pour élire Pöttering pendant la première moitié de la législature ! », s'est exclamé le Vert allemand. « Je ne vois pas de majorité dans ce Parlement », a dit M.Cohn-Bendit, en notant que des majorités de centre-gauche seront sans doute possibles sur certains sujets, comme l'environnement ou les libertés civiles, alors que le PPE-DE aura des difficultés à rassembler toutes ces composantes, par exemple, sur les questions institutionnelles (à cause des Britanniques, des Polonais…). Les grands groupes « me font un peu pitié », a renchéri M.Cohn-Bendit, en commentant: ils veulent être tellement grands qu'ils oublient que « la taille a un prix », comme le montre le fait que les membres polonais du PPE ont menacé de quitter le groupe s'ils n'obtenaient pas la présidence de la commission des budgets.
Daniel Cohn-Bendit a aussi annoncé: « Le groupe des Verts votera contre Barroso », pour différentes raisons. D'abord une raison institutionnelle: la manière dont il a été désigné, qui a confirmé que le Conseil européen « n'a pas compris l'Europe », et que chaque chef de gouvernement est « génétiquement intergouvernemental ». La Présidence irlandaise « n'a même pas fait semblant », elle n'a même pas pris contact avec le Parlement, s'est indigné M.Cohn-Bendit. Sur la substance, il a fustigé la manière dont a été utilisé l'argument de la guerre en Irak. Le président du Parlement européen « ne peut pas envoyer des troupes en Irak », et pourtant on a reproché à Bronislaw Geremek d'avoir accepté l'intervention américaine, alors que pour José Manuel Barroso, « l'organisateur de la réunion des Açores, avec Bush et Aznar », le soutien à la guerre en Irak ne compte plus, s'étonne M.Cohn-Bendit. Et il critique le comportement des socialistes espagnols dans cette affaire en notant: « On me dit que, pour avoir Solana (comme futur ministre des Affaires étrangères), ils ont accepté de voter pour Barroso ». Sur le fond, le député critique la politique sociale et environnementale du Premier ministre Barroso, et lance: c'est un « caméléon », je n'ai pas compris ses orientations politiques. C'est « sympathique » qu'il ait été maoïste, c'est sympathique que dans sa jeunesse il ait étudié avec le fédéraliste de Rougemont, mais ce qui compte, c'est ce qu'il veut aujourd'hui, a dit M.Cohn-Bendit. Lors de son audition dans notre groupe, par exemple, M.Barroso s'est prononcé contre « la lettre des radins » (les six Etats membres qui veulent plafonner les dépenses européennes), mais il n'a rien dit sur l'abolition du « chèque britannique », qui est une « anomalie », a souligné M.Cohn-Bendit, avant d'ajouter: « Mais Barroso a besoin de Blair ».
Pourquoi Jean-Claude Juncker n'a-t-il pas accepté la candidature à la présidence de la Commission ? Mes amis verts luxembourgeois, a indiqué M.Cohn-Bendit, me disent que le Premier ministre luxembourgeois a « observé la Commission », a estimé que ce serait « un boulot à se tuer » et s'est dit « dans deux ans je serai le premier président du Conseil européen », qui sera bien « plus confortable », ce qui est une explication tout à fait « humaine ».