Bruxelles, 22/07/2004 (Agence Europe) - En raison d'un blocage total sur la question de l'accès au marché, l'UE et les quatre pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay) ont décidé mercredi - après trois jours de pourparlers à Bruxelles qui devaient initialement s'achever seulement ce vendredi - de suspendre leurs négociations sur la conclusion d'un accord de libre-échange. La reprise des négociations au niveau des négociateurs en chef est prévue pour la deuxième semaine d'août à Brasilia, puis de nouveau à Bruxelles en septembre - soit un mois avant l'échéance (fin octobre) que se sont fixée les deux parties pour parvenir à un accord. L'échec de cette semaine s'explique par l'impossibilité des négociateurs d'avancer sur l'ouverture des marchés: le Mercosur juge "inacceptable" l'offre de l'UE sur l'ouverture de son marché aux produits agricoles, alors que l'UE réclame une amélioration de l'offre latino-américaine dans le domaine des télécommunications, des banques, des transports maritimes et des marchés publics.
Les deux camps n'arrivaient "pas à avancer sur la partie accès aux marchés", a expliqué la porte-parole de Pascal Lamy, le Commissaire au commerce. "Nous nous attendions à faire plus de progrès cette semaine mais cela n'a pas été possible", a-t-elle regretté. La Commission européenne, qui négocie au nom des Etats membres, dispose seulement d'une faible marge de manoeuvre. "Il serait très difficile pour nous de demander aux Etats membres de faire des efforts supplémentaires en matière agricole, si le Mercosur n'avance pas sur les services, les marchés publics et les investissements", estime-on du côté de la Commission. Sa position est encore davantage compliquée par le fait que certains pays (comme la France) sont réticents à l'idée de conclure un accord avec le Mercosur avant la fin des négociations multilatérales à l'OMC.
Des "différences importantes" subsistent, a aussi estimé le négociateur uruguayen, Gustavo Vanerio: "Le Mercosur n'est pas satisfait de l'offre européenne (sur l'agriculture) mais les négociations techniques continuent". Les pourparlers se trouvent dans une sorte de "cercle vicieux" dans lequel chaque partie attend de l'autre une amélioration de son offre, a expliqué M.Vanerio. "A deux mois de la date limite (d'octobre), les négociations doivent aller de l'avant et pas en arrière comme c'est le cas de la proposition de l'UE", a dénoncé le négociateur en chef du Mercosur, le Brésilien Regis Arslanian. "Nous sommes venus ici en espérant une offre agricole améliorée des Européens, mais ce que nous avons entendu est un recul", a-t-il commenté.
L'UE a fait trois offres pour les produits agricoles, deux concernant les droits de douane pour les produits les moins sensibles avec des réductions de 50 à 100% des taxes et une autre pour les produits plus sensibles prévoyant des quotas d'accès au marché européen. L'augmentation progressive (10% par an) de ces quotas sur dix ans, offerte par l'UE, est cependant "inacceptable" pour le Mercosur. M. Arslanian a estimé malgré tout que les divergences de vues pourront être résolues et qu'un accord de libre-échange reste toujours "faisable" d'ici fin octobre.