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Bulletin Quotidien Europe N° 8753
JOURNEE POLITIQUE / (eu) pe/presidence de la commission

José Manuel DURAO Barroso rejette implicitement l'idée de « super-Commissaires » et souhaite une « complicité positive » avec le Parlement -Vive attaque de Daniel Cohn-Bendit - Critiques plus nuancées mais aussi éloges au candidat

Strasbourg, 22/07/2004 (Agence Europe) - Après avoir été auditionné par les différents groupes politiques (voir EUROPE des 14 et 15 juillet), le président désigné de la Commission européenne José Manuel Durão Barroso a plaidé encore une fois, mercredi après-midi à Strasbourg, pour le « oui » des députés européens . « Vous êtes la voix des peuples. J'ai besoin de votre soutien. L'Europe a besoin d'une Commission forte, crédible et indépendante (…) Je souhaite que l'Europe soit aussi sociale et culturelle (…) Ouvrons ensemble un nouveau chapitre de l'intégration européenne et exprimons clairement notre volonté conjointe de travailler dans l'intérêt des citoyens européens », a affirmé l'ancien Premier ministre portugais en concluant son discours. Mais les attaques contre lui n'ont pas manqué -particulièrement virulentes chez Daniel Cohn-Bendit et plus modérées chez d'autres députés de la gauche. Elles portaient en partie sur la manière dont le candidat avait été était désigné plutôt que sur la personne de José Manuel Barroso.

En s'exprimant tour à tour en portugais, anglais et espagnol, M. Barroso a estimé que « une Commission forte se doit d'être ouverte. Elle doit consulter et écouter, dans le cadre d'un dialogue permanent avec la société civile, les partenaires sociaux et les régions ». M.Barroso a confirmé sa détermination à présider une Commission qui « travaillera en équipe et associera à la diversité des talents et des compétences ce que les traditions nationales ont produit de meilleur: une Commission qui devra répondre aux plus hauts critères d'excellence de la vie publique ». Et il a ajouté qu'il faut faire comprendre au Conseil la nécessité que la prochaine Commission compte « une plus grande proportion de femmes que toutes les Commissions précédentes ». Et, en répondant implicitement aux préoccupations de ceux qui craignent les pressions des Etats membres sur le président désigné (notamment celles de l'Allemagne pour obtenir un « super-Commissaire » chargé des dossiers économiques, M. Barroso a déclaré: « J'exercerai pleinement les pouvoirs que me confère le traité en ce qui concerne le choix des futurs Commissaires, la répartition des portefeuilles en début et en cours de mandat et la direction des travaux du collège (…) Mais une chose doit être claire. Il n'y aura pas de Commissaires de premier et de second plan dans la Commission que je présiderai ». M.Barroso, qui a souhaité une « complicité positive » entre Commission et Parlement, a promis que si un Commissaire « n'est manifestement pas à la hauteur de sa tâche ou s'il manque aux obligations que lui impose le traité, je n'hésiterai pas à lui demander sa démission ». En outre, il s'est engagé à fournir aux députés toutes les informations et documents nécessaires, et à maintenir un dialogue régulier avec eux.

Dans la partie de son discours consacrée à sa vision politique, M.Barroso a insisté sur les valeurs de solidarité, la justice sociale, l'égalité, la qualité des services publics. En répondant aux questions des députés (voir plus loin), M.Barroso les a priés en particulier de ne pas « caricaturer » sa position sur l'Europe sociale, et il a réaffirmé: je suis « un réformiste du centre », je suis pour la solidarité, notamment entre les régions et les classes sociales. Je ne suis pas « sectaire », comme le prouve le fait que j'avais appuyé la candidature d'un socialiste à la présidence de la Commission (dans un premier temps, la candidature du Commissaire portugais Antonio Vitorino). Quant à l'Irak, il a rappelé que ce conflit a provoqué des divisions entre pays européens, à l'intérieur des pays et même des familles politiques, et il a insisté: « un Irak en paix avec lui-même et avec la région est dans l'intérêt de nous tous, et si vous m'acceptez, c'est à cela que je vais m'atteler ». Dans ce contexte, M. Barroso a évoqué les relations avec les Etats-Unis, en estimant qu'on peut être un bon Européen et avoir de bonnes relations transatlantiques, et je n'admettrai pas que l'Europe soit traitée comme « un pouvoir de deuxième ordre ».

Lors du débat de mercredi, Hans-Gert Pöttering a confirmé le soutien du groupe PPE-DE à M. Barroso, tout en l'exhortant à exercer un véritable leadership: nous ne voulons plus avoir l'impression que le président de la Commission joue un rôle subalterne. Le président du groupe socialiste Martin Schulz a interrogé le président désigné: êtes-vous la personne qui sera capable de défendre la Constitution si elle est attaquée ? êtes-vous la personne qui peut garantir que le modèle social européen sera préservé ? êtes-vous la personne qui peut regarder les Etats-Unis droit dans les yeux ? M.Schulz a terminé en plaisantant: évidemment vous ne pouvez pas satisfaire à 100% toutes ces conditions, parce que vous n'êtes pas membre du groupe socialiste. Le président du groupe libéral, Graham Watson, a articulé son intervention autour de la métaphore faite il y a quelques années par M.Barroso, celle d'une Union semblable à un avion sans pilote. Le libéral britannique a sollicité le président désigné: vous voulez maintenant être le pilote, mais quel est votre « plan de vol » et quelle est votre destination finale ? quel genre d'avion voulez-vous piloter ? (j'espère que ce sera un Airbus plutôt qu'un Boeing, a-t-il lancé). Comme M.Schulz, M.Watson a insisté: ça doit être la dernière fois qu'un président de la Commission européenne est choisi ainsi, à huis clos, « dans le marchandage de tapis du Juste Lipse » (le bâtiment qui abrite le Conseil à Bruxelles). Avec virulence, le coprésident du groupe des Verts/ALE Daniel Cohn-Bendit a qualifié M.Barroso de « troisième roue de secours ». Si vous étiez le meilleur candidat, pourquoi avoir attendu si longtemps avant de vous choisir, s'est-il exclamé. Et il a poursuivi: vous voulez être un pilote, mais est-ce que vous allez changer de direction chaque fois que les passagers (les députés européens) ou la tour de contrôle (le Conseil) vous le demandent ? M.Cohn-Bendit a reproché à M.Barroso d'avoir, dans son exposé, peint la vie en rose: à vous entendre, nous sommes près du paradis, « la Commission sera puissante mais prudente, la croissance sera durable, l'environnement sera respecté ». Le vert allemand a conclu en exhortant ses collègues à ne pas être les « carpettes » du Conseil et à voter contre M.Barroso: ainsi, le Conseil va enfin respecter le Parlement. Plus modéré dans le ton, le président du groupe GUE/NGL Francis Wurtz a été tout aussi dur: à la tête du gouvernement portugais, vous avez opéré des coupes claires dans le budget de l'éducation et des hôpitaux, et vous avez organisé le sommet des Açores « de triste mémoire »¸ a rappelé le communiste français. L'Europe a besoin d'hommes et de femmes « prêts à une profonde mise en question des tendances lourdes qui enfoncent l'Europe dans la crise », a estimé M.Wurtz, qui a dit à M.Barroso: si nous refusons de vous soutenir, c'est pour demander de changer de cap. Jens-Peter Bonde (Indépendance et démocratie) a, lui, exigé du futur président de la Commission européenne le maximum de transparence, alors que Cristiana Muscardini (UEN, italienne) a exhorté M.Barroso: soyez un pilote sachant piloter, mais aussi qui sache « marcher et se faire connaître à travers l'Europe ». Jean-Claude Martinez (Front national, français) a annoncé son soutien à M.Barroso, tout en notant que le futur président de la Commission hérite de dossiers sur lesquels il ne pourra pas faire grand-chose: le « démantèlement de la PAC », par exemple (le Portugal est une des victimes de la nouvelle politique pour le sucre, a-t-il noté). Marielle de Sarnez (ALDE, française) a demandé pour sa part à M.Barroso de répondre sur la « nature de l'Europe que nous voulons »: nous avons besoin d'une « véritable Union politique pouvant peser dans le monde », a insisté l'élue de l'UDF, convaincue que « les citoyens veulent plus d'Europe, mieux d'Europe ». Le temps presse, les peuples européens seront bientôt appelés à ratifier la Constitution européenne, a constaté Mme de Sarnez . Alessandra Mussolini (Lista Mussolini, non inscrits) a souligné quant à elle l'importance de l'égalité et de la défense des droits des enfants et, en faisant allusion aux propos de Daniel Cohn-Bendit, elle s'est écriée: certains disent que nous ne devons pas êtres « les carpettes » du Conseil, mais ce qui « m'intéresse, c'est que l'Europe ne soit pas la carpette du Conseil ». Pasqualina Napoletano (Democratici di sinistra) a demandé à M.Barroso si, comme président de la Commission, il serait prêt à proposer une directive sur la pluralité dans les médias, menacée en Italie par le « conflit d'intérêts » du président du Conseil. Quant à João de Deus Pinheiro (PPE-DE, portugais, ancien Commissaire européen au développement), il a dit à M.Barroso: « Je vous connais bien, je connais vos capacités, votre bon sens, votre modération », et il s'est dit sûr que « nous allons bien travailler avec vous ». Et Jean-Luc Dehaene (PPE-DE, belge) a rappelé en particulier que, comme membre de la Convention européenne, il avait reconnu la nécessité d'une Commission européenne resserrée: dans une Commission de 25 membres, une présidence forte est d'autant plus nécessaire, a-t-il estimé. Par ailleurs, il a insisté sur un paquet financier ambitieux: avec un « cadre trop étriqué », l'Europe ne pourra pas réaliser ses promesses, a-t-il averti. Et il a conclu, en répliquant à ceux qui qualifient M.Barroso de « second choix »: Jaques Delors était aussi « un second choix » (il avait été nommé à la suite du veto de Margaret Thatcher à la désignation de Claude Cheysson, ministre français des Affaires étrangères, alors que M.Dehaene avait subi le veto de John Major, ce qui avait ouvert la voie à la désignation de Jacques Santer).

Jeudi matin, le débat s'est poursuivi, avec beaucoup de critiques. Ainsi, alors que Jacek Saryuz-Wolski (PPE-DE, polonais) s'est dit convaincu du leadership fort de M.Barroso, le social-démocrate danois Poul Nyrup Rasmussen s'est déclaré sceptique quant aux assurances du président désigné sur la croissance économique et la protection sociale, et un « système d'éducation de première classe pour tous les Européens ». A droite, c'est le rejet des institutions européennes qui a été avancé comme argument pour rejeter M.Barroso: membre du groupe Indépendance et démocratie, Philippe de Villiers a affirmé que « pour nous, la Commission ne peut pas être autre chose qu'un colllège administratif », et « nous récusons le programme de la Commission, l'adhésion de la Turquie et la Constitution d'un super-Etat fédéral ». Encore plus virulent, dans le même groupe, l'élu de l'UKIP Robert Kilroy-Silk a fustigé une Europe « repliée sur elle-même et restrictive». La Verte italienne Monica Frassoni a interrogé M.Barroso sur les OGM, sans obtenir une réponse précise (Voir la réponse de M.Barroso en page 4).

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