login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 8753
JOURNEE POLITIQUE / (eu) pe/presidence de la commission

José Manuel Durao Barroso investi par 413 voix contre 251 et 44 abstentions - M. Barroso veut « 24 super-Commissaires » et au moins un tiers de femmes dans sa Commission

Strasbourg, 22/07/2004 (Agence Europe) - L'ancien Premier ministre portugais José Manuel Durao Barroso a obtenu, le 22 juillet à Strasbourg, la présidence de la Commission européenne par 413 oui, 251 non et 44 abstentions (la majorité requise était de 333 voix). Lors des procédures précédentes au Parlement européen, son prédécesseur Romano Prodi avait obtenu 392 voix contre 72 et 41 abstentions, alors que Jacques Santer avait eu 260 oui, 238 non et 23 abstentions. Dans ce vote plus politique d'habitude, une grande partie de la gauche s'est prononcée contre le président désigné. De nombreux députés ont remercié ce dernier pour la « courtoisie » dont il a fait preuve en venant s'expliquer devant les groupes politiques. Je suis allé bien au-delà de ce qu'exige le traité, a commenté M.Barroso, qui a répondu aux questions des députés à plusieurs reprises: d'abord au sein des groupes, puis en plénière mercredi après-midi, et encore en plénière jeudi matin.

Avant le vote, les présidents des groupes politiques ont annoncé la couleur. Le groupe du Parti Populaire européen-Démocrates européens accorde tout son soutien à José Manuel Durao Barroso, a confirmé Hans-Gert Pöttering, faisant un éloge appuyé du président désigné. Plus nuancé, le président de l'Alliance des démocrates et libéraux européens (ADLE), Graham Watson, a annoncé le « oui » de la « majorité écrasante » de son groupe, en estimant que M.Barroso avait donné les assurances qu'on lui demandait à propos de futurs « super-Commissaires » européens, de l'égalité entre femmes et hommes au sein du collège et de la transparence. Nous serons pour le président Barroso un « ami critique », a ajouté le libéral démocrate britannique, en saluant la vision d'un « exécutif européen ambitieux et indépendant » dessinée par le candidat. Le groupe de l'Union pour l'Europe des Nations (UEN) est compact derrière M.Barroso, a déclaré Brian Crowley, en déplorant la tournure très « idéologique » prise par le débat sur le choix du successeur de Romano Prodi. Notre devoir, a-t-il insisté, c'est de prendre des décisions dans l'intérêt des citoyens, et M.Barroso nous a promis d'être un « honest broker », ce dont nous aurons grand besoin. Les chefs de gouvernement, dans leur sagesse, ont choisi à l'unanimité M. Barroso, et « pour moi, c'est suffisant », a affirmé l'élu du Fianna Fail, le parti de Bertie Ahern.

Le groupe socialiste a eu du mal à définir sa position, a avoué jeudi en plénière le président Martin Schulz, en disant à M.Barroso: même si certains députés de chez nous vous exprimeront leur confiance, le PSE ne peut pas vous accepter. Pourquoi ? Parce que, à la question de savoir si M.Barroso serait la personne capable de faire face au Conseil et d'œuvrer pour une politique économique et sociale durable et pour la cohésion de la société, la réponse était « non », a précisé l'élu SPD. Surtout, nous ne savons pas si M.Barroso saura défendre les valeurs du multilatéralisme face aux tendances à l'unilatéralisme, a ajouté M.Schulz. Et il a renchéri: « Monsieur Barroso, notre réponse eut été différente si, à propos de l'Irak, vous aviez dit au moins une fois que, si vous aviez eu à l'époque les informations dont vous disposez maintenant, vous n'auriez pas appuyé l'intervention américaine ». Ce qui a suscité un commentaire de Graham Watson qui, en allemand, a lancé: « De grâce, Monsieur Pöttering, qu'avez-vous fait ? », vous aviez un accord avec le PSE, vous avez élu son candidat à la présidence du Parlement et maintenant il ne vote pas pour votre candidat à la Commission. C'est un « partenaire peu fiable », a déploré M. Watson, en concluant en anglais: ceci ne serait pas arrivé avec Enrique Baron (ancien président du groupe socialiste), mais le problème est que « lorsqu'Enrique est allé à la plage » par une belle journée de juin, il a retrouvé à son retour « la serviette de Martin Schulz sur son transat ».

Plus virulent encore que Martin Schulz, le coprésident du groupe des Verts/ALE, Daniel Cohn-Bendit, a dit à M.Barroso, à propos de la phase maoïste dans sa jeunesse: « Au nom d'un passé commun, il y a trente ans, lorsque nous avons chanté Grandola Morena, je vous dois de la franchise ». Une franchise peu agréable pour M.Barroso, puisque le vert allemand a déclaré: vous vous qualifiez de « réformiste centriste », or, « le problème du centre, c'est l'opportunisme », et lorsque vous parlez aux uns « vous êtes pour le développement durable, aux autres pour le marché (…) aux chrétiens, pour Dieu, aux laïcs, contre ». « Monsieur Barroso, je suis sûr que vous pourrez être un bon président de la Commission », mais le problème a été bien posé par M. Schulz, qui « pour une fois s'est exprimé de manière très claire », lorsqu'il vous a interrogé sur l'Irak. Quand vous pensez à votre rencontre aux Açores, « dans les bras de M.Bush, n'êtes-vous pas un peu honteux ? », a demandé M.Cohn-Bendit, en reprochant à M.Barroso de ne jamais avoir l'ombre d'un « doute ». Pour conclure: si vous êtes élu, « je vous dirai bravo, si vous ne l'êtes pas, je vous recommanderai: en vacances, lisez Socrate ». Les Verts, quant à eux, voteront contre. Les députés de la Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique voteront contre aussi, a indiqué le président Francis Wurtz, en précisant: je m'exprimerai sur « un registre plus sobre » que mon prédécesseur, mais nous nous opposons à M.Barroso à cause de ses « orientations politiques », qui sont d'ailleurs celles du Conseil européen, de la Commission européenne et « de ce Parlement ». C'est « un vote de gauche, un vote contre le modèle libéral, contre le modèle des Açores », ce qui « n'exclut pas le respect mutuel », a précisé le communiste français.

Parmi les Eurosceptiques, Nigel Farage, élu de UKIP, a été particulièrement déchaîné. En s'exprimant au nom du groupe Indépendance et Démocratie, il s'est écrié: Jean Monnet peut reposer tranquille dans sa tombe, il « haïssait la démocratie parlementaire » et voulait une Commission forte, et nous avons maintenant une Europe gouvernée par des « bureaucrates non élus », avec une Commission qui est une « maison de repos pour des politiciens qui ont échoué chez eux », dans une Europe qui est « une prison » pour les nations. Nettement plus modéré, l'élu du Front national Bruno Gollnisch a reconnu: nous sommes contre cette Commission qui est parvenue au fil des ans à « régenter une partie de plus en plus grande de la vie de 450 millions d'Européens ». Cependant, a-t-il dit à M. Barroso, nous nous demandons s'il faut « contester la Commission à travers votre personne ? ». Sur le fond, M. Gollnisch critique M. Barroso pour son « initiative désastreuse » d'appuyer la « guerre d'agression en Irak » et pour son appui à l'adhésion de la Turquie à l'UE (même s'il a été assez prudent dans ces propos à ce sujet). Mais en vertu du principe de la « présomption d'innocence », certains d'entre nous (les non inscrits) vont s'abstenir, a annoncé M. Gollnisch, en concluant en ce qui le concerne, avec un impeccable accent portugais par une citation de Fernando Pessoa qui termine par: demain peut-être, mais « pas aujourd'hui, aujourd'hui je ne peux pas ».

M. Barroso annoncera la composition de la nouvelle Commission après le 23 août

Je ne suis pas un président élu par la seule droite, sinon je n'aurais pas obtenu 60% des suffrages (un résultat bien au-delà des résultats d'élections nationales), a déclaré M. Barroso lors de la conférence de presse qui a suivi le vote, en constatant que des divisions existent même au sein des groupes (entre les conservateurs et ceux qui veulent moderniser, entre ceux qui veulent plus et ceux qui veulent moins d'Europe, par exemple) et en refusant la qualification d'opportuniste. Ce que je cherche, c'est une synthèse, a dit le nouveau président de la Commission.

En ce qui concerne la composition de la Commission, M. Barroso a reçu de nombreuses suggestions, mais il a confirmé que rien n'est encore fixé: il annoncera sa décision après le 23 août. Ce qui est sûr, c'est qu'il ne veut pas de « super-Commissaire », et je veux au moins huit femmes. Nous avons, a-t-il ajouté, « désespérément besoin » d'une Commission forte, ce en quoi il se sent compris par le Parlement: mais c'est aussi dans le meilleur intérêt du Conseil, car si la Commission est faible, c'est mauvais pour l'Europe, et donc aussi pour les gouvernements. Y aura-t-il un Commissaire chargé de jouer un rôle de coordination ? A cette question M. Barroso a répondu: c'est trop tôt pour le dire, mais si coordinateur il y a aura, cela ne pourra pas entraîner une hiérarchisation entre Commissaires.

Interrogé sur le Pacte de stabilité, M.Barroso a confirmé sa volonté de le défendre, tout en soulignant qu'il s'agit d'un pacte aussi de croissance, mais en admettant qu'il peut-être « amélioré » et « interprété ».

La Commission va-t-elle adopter une position ferme vis-à-vis de la Russie en ce qui concerne la Tchétchénie ? Les droits de l'homme sont « sacrés », et je vais toujours les défendre, vis-à-vis de la Russie comme vis-à-vis des Etats-Unis ou de n'importe quel autre pays, a assuré le président de la Commission.

En répondant jeudi aux députés en plénière, M. Barosso, a assuré qu'il ne voulait pas un super-Commissaire mais « 24 super Commissaires » et au moins un tiers de femmes dans sa Commission. Par ailleurs, il a anticipé que le Commissaire chargé du Budget n'aura pas la responsabilité des audits et des contrôles.

M. Barroso a aussi promis de défendre les idées de la Commission Prodi sur les perspectives financières: pour cela j'aurais besoin de votre aide, face au Conseil, a-t-il dit aux députés.

Quand à l'Irak, il a répété: « cela n'est pas mon pays qui a provoqué des divisions, il n'y avait pas de positions communes européennes mais je vais travailler avec Javier Solana pour essayer de parvenir à une véritable politique extérieure européenne à l'avenir ».

Sommaire

JOURNEE POLITIQUE
INFORMATIONS GENERALES
SUPPLEMENT