Bruxelles, 09/03/2004 (Agence Europe) - Le successeur de l'Espagnol Domingo Solans au directoire de la Banque centrale européenne ne sera désigné que le 25 mars. Les ministres de l'Economie et des Finances de la zone euro ont décidé lundi soir de reporter leur décision jusqu'à leur dîner prévu en marge du Conseil européen. Lundi, les bulletins de vote étaient prêts, mais sachant qu'il n'y avait pas encore d'accord sur le nom, les ministres ont préféré reporter leur discussion.
Dans un jeu de chaises musicales, la nomination autrement plus sensible d'un remplaçant au directeur du Fonds monétaire international, l'Allemand Horst Köhler, qui vient de démissionner pour être candidat à l'élection présidentielle dans son pays n'est pas pour rien dans le report du choix pour le poste de membre du directoire à la BCE, reconnaissaient plusieurs diplomates dans les couloirs du Conseil. Ainsi, l'Espagne, qui souhaite que M.Solans soit remplacé par un autre Espagnol, José Manuel Gonzalez-Paramo, a aussi un candidat pour la direction du FMI, en la personne de son ministre de l'Economie Rodrigo Rato (voir EUROPE du 6 mars, p.17).
Les deux autres candidats à un siège au directoire de la BCE sont le Belge Peter Praet, directeur de la Banque nationale de Belgique, et l'Irlandais Michael Tutty, vice-président de la Banque européenne d'investissement. Si la tradition est suivie, ces deux derniers devraient avoir plus de chance de décrocher le poste. En effet, il avait été convenu lors de la nomination des premiers membres de ce comité directeur, qui ne compte que six membres pour douze pays, que les remplaçants viendraient des pays qui n'y auraient pas encore eu de représentant.
La décision doit être prise à l'unanimité, mais les membres de l'Eurogroupe avaient décidé en janvier d'un "gentlemen's agreement" pour faciliter la prise de décision, a rappelé à l'issue de la réunion le président de l'Eurogroupe, l'Irlandais Charlie McCreevy. Cet accord consiste à prendre la décision à la majorité qualifiée s'il n'y a pas de consensus sur un candidat, explique-t-on de source européenne. Les ministres ont tout de même pris lundi soir une décision au sujet de la nomination à la BCE, celle de clore la liste des candidats, explique un diplomate. Mais les trois autres grands pays - France, Allemagne, Italie - pourraient soutenir la candidature espagnole afin de s'assurer eux aussi de conserver leur siège lorsque viendra le moment de remplacer leurs représentants au directoire de la BCE. Le quotidien économique allemand Handelsblatt affirme même que ces quatre pays ont conclu un accord informel pour se réserver quatre des six sièges au directoire.
Interrogé à plusieurs reprises en conférence de presse sur l'importance pour l'Union européenne que la direction du FMI continue à échoir à un Européen, comme c'est la tradition, le ministre irlandais McCreevy s'est contenté de répondre que "d'un point de vue européen, nous souhaiterions que tous les postes soient occupés par des Européens, mais je suis sûr que d'autres pays et régions pensent de même".
Le Président en exercice de l'Eurogroupe a aussi souligné devant la presse que "le rétablissement économique est en bonne voie dans la zone euro". "L'Europe a besoin de plus de confiance en elle pour profiter de la reprise mondiale", a averti pour sa part le Commissaire européen Pedro Solbes, qui a souligné que "la dépense et la confiance des consommateurs restent les grands points d'interrogation". L'Eurogroupe juge que cette reprise de la croissance "doit être soutenue par la poursuite de la stabilité macro-économique et par davantage de progrès dans la réforme des économies européennes". Les ministres de la zone espèrent que les économies européennes profiteront de l'amélioration de la situation économique mondiale.
Après que l'Eurogroupe ait examiné les programmes de stabilité de la Belgique, l'Allemagne, l'Espagne et le Portugal, M.McCreevy a salué "la détermination de ces Etats membres à atteindre et maintenir des positions budgétaires saines (...). Le message clé de ces programmes mis à jour est celui d'un engagement renouvelé pour des finances publiques saines".
L'Eurogroupe s'est aussi employé à freiner les ardeurs de certains pays adhérents qui veulent rejoindre au plus vite la zone euro (EUROPE du 9 mars, p.8).