Strasbourg, Bruxelles, 09/03/2004 (Agence Europe) - Solidarité avec les Etats-Unis dans la lutte contre le terrorisme, oui, légitimité de l'intervention de la justice contre les auteurs présumés des attentats du 11 septembre 2001, oui, mais non au vide juridique dans lequel se trouvent depuis lors les environ 660 personnes détenues à Guantanamo Bay. C'était le principal message du rapport que le libéral danois Ole Andreasen a présenté mardi en plénière, en demandant que l'Union européenne pose le problème des conditions de détention à Guantanamo lors de ses rencontres avec les Etats-Unis. Message partagé, à peu d'exceptions près, par les députés intervenus dans le débat. Et aussi par le Commissaire européen Chris Patten, qui a salué le ton modéré de ce rapport car, a-t-il dit, nous devons éviter le danger de soulever la question sur le ton de la confrontation, ce que les Américains qui ont tant souffert des attentats du Trade Center ne pourraient pas comprendre. Le fait de poser ces questions ne signifie pas que nous ferons manquer aux Américains notre soutien dans la lutte contre le terrorisme, a souligné M.Patten, tout en estimant que l'encouragement au respect des droits de l'homme devrait être un élément « intégral » de la lutte contre le terrorisme. C'est ce que j'ai toujours affirmé lorsque j'était chargé de la réorganisation de la police en Irlande du Nord, a-t-il rappelé. En même temps, M.Patten a fait noter que la Commission n'a pas de compétence dans le domaine abordé par le rapport Andreasen, et qu'il n'y a pas de position commune du Conseil à ce sujet. Et c'est bien ainsi, s'est exclamé l'eurosceptique danois Mogens Camre (UEN) pour qui ni la Commission ni le Conseil n'ont rien à dire dans cette affaire: je voterai contre ce rapport, a-t-il annoncé. Comme M.Camre, le conservateur britannique Charles Tannock a affirmé que les détenus de Guantanamo sont des criminels. Le premier devoir des autorités américaines, c'est de protéger leurs « citoyens innocents », s'est écrié M.Tannock, en lançant: pendant la deuxième guerre mondiale, les prisonniers de guerre n'ont pas eu droit à un « procès équitable ». Et il a renchéri: un des trois adolescents qui étaient à Guantanamo et qui ont été récemment libérés a dit à la presse britannique qu'il avait été traité avec humanité et qu'il avait même reçu des cours d'anglais. Je n'en crois pas mes oreilles, voilà qu'on nous dit que Guantanamo Bay, c'est un « centre de formation en anglais ! », a rétorqué la socialiste française Martine Roure. Et le travailliste britannique Michael Cashman a rappelé à M.Tannock: toute personne doit être considérée innocente tant qu'elle n'est pas prouvée coupable ; or, les prisonniers de Guantanamo ne savent même pas de quoi ils sont accusés. Le travailliste irlandais Proinsias de Rossa a fait appel au « bon sens et aux instincts démocratiques » des Américains, tout en souhaitant que l'UE soulève l'affaire lors du Sommet avec les Etats-Unis, en juin prochain en Irlande. Sa compatriote Patricia McKenna (Verts) s'est exclamée: pourquoi la Présidence irlandaise n'assiste-t-elle pas à ce débat ? a-t-elle peur qu'on dise quelque chose qui pourrait « offenser les Etats-Unis ? ». Le socialiste luxembourgeois Jacques Poos a été le plus cinglant de tous à propos de ce « trou noir juridique », ce « camp de concentration américain sur territoire cubain » (il a parlé de « justice offshore »).