Bruxelles, 09/03/2004 (Agence Europe) - Le Parti socialiste européen (PSE) a organisé le 4 mars au Parlement européen un séminaire public pour réfléchir au développement d'une politique de sécurité pour l'Europe face à l'évolution de la situation internationale. Au terme du séminaire, présidé par le Président du groupe, l'Espagnol Enriqué Baron Crespo, et auquel ont participé Robert Cooper, Directeur général à la PESC au Conseil de l'UE, Marco Minniti, Responsable italien de la politique de sécurité et de défense, et Alain Richard, ancien ministre français de la Défense, le PSE a adopté un document intitulé "Sécurité commune dans un contexte mondial en mutation" qui met à jour le précédent document du groupe "Les nouvelles dimensions de la sécurité", adopté en mars 2001. Dans ce texte, on retrouve en filigrane les grands idées de la stratégie de sécurité européenne de Javier Solana: l'UE doit utiliser tous les instruments à sa disposition pour faire face aux nouvelles menaces, le multilatéralisme et les Nations unies sont les garants de la sécurité globale et les relations transatlantiques ont une importance primordiale.
Partant du constat que "le contexte global et la nature des risques ont changé", le PSE estime que l'UE doit faire face à ces nouvelles menaces de manière cohérente, en étant "attentive" aux causes de ces menaces et surtout en utilisant tous les instruments à sa disposition, sans se limiter aux moyens militaires. Au rang des menaces les plus graves, le document cite les armes de destruction massive (nucléaires, biologiques et chimiques) et demande que l'UE fasse pression pour que les Etats, qu'ils soient signataires ou pas du Traité de non prolifération (TNP), respectent ce traité. Le but doit être l'élimination des stocks nucléaires et non pas l'élimination des régimes politiques qui pourraient les utiliser. "La façon dont le cas de l'Irak a été traité rendra plus difficile à l'avenir la tâche de la communauté internationale, lorsqu'un désarmement coercitif sera véritablement nécessaire dans le cadre de l'ONU", regrette le PSE pour qui ces cas doivent être traités dans un cadre multilatéral et régional. L'exemple de l'Iran "démontre qu'une diplomatie coercitive peut-être utile si l'UE s'exprime d'une seule voix", souligne le PSE. Toutefois, une telle politique ne sera crédible que si l'UE fait pression sur les pays "à risque" qui n'ont pas signé le TNP et si "les puissances nucléaires officielles prennent leurs propres engagements au sérieux dans le cadre du TNP". Pour lutter contre la prolifération des armes chimiques et biologiques, le PSE préconise de mettre en place des programmes de réduction des menaces coordonnés au niveau international, l'intervention internationale dans certaines régions et des actions de police conjointes, notamment dans l'ex-URSS.
Le rôle actuel des Nations unies se borne souvent à légitimer (ou pas) des actions unilatérales plutôt que d'assurer la sécurité de ses membres, déplore par ailleurs le PSE, pour qui l'UE doit contribuer à renforcer la crédibilité politique et militaire des Nations unies en appuyant: - la modification de la composition du Conseil de sécurité, qui doit devenir plus représentatif (en donnant un rôle aux pays d'Afrique, d'Amérique latine, d'Asie et à l'UE), ainsi que l'abolition du système de veto ; - la création d'une force de réaction rapide dotée des moyens adéquats pour des missions de rétablissement de la paix ; - l'introduction d'un meilleur système de sanctions.
Tout en soulignant les progrès réalisés dans la politique européenne de défense (PESD) depuis 2001, le PSE estime que "la portée de la PESD demeure très limitée". L'UE et les Etats membres doivent augmenter considérablement l'efficacité de leurs forces armées et assurer des ressources adéquates pour que l'UE puisse opérer de manière autonome et accroître sa capacité en matière de prévention des conflits, gestion des conflits et d'après-conflit. L'UE doit disposer d'une option militaire crédible s'ajoutant à ses autres instruments, pour devenir "une superpuissance civile" où le pouvoir « doux » aura le dessus sur le pouvoir dur, par opposition aux Etats-Unis. L'UE doit être capable de mener des opérations limitées en Europe (ou hors de celle-ci) et, pour les opérations à plus grande échelle, prendre part à des coalitions internationales avec l'aval des Nations unies. Le PSE insiste aussi sur la nécessité d'améliorer la politique de prévention de l'UE. Le développement de la PESD doit se faire en pleine coopération avec l'OTAN qui demeure "l'alliance stratégique chargée de la défense collective de ses membres". Le PSE insiste sur une plus grande complémentarité entre les forces de l'UE et de l'OTAN, notamment dans l'optique du développement de leurs forces de réactions rapides respectives, et demande par ailleurs aux Etats-Unis de réaffirmer leur engagement vis-à-vis de l'OTAN.
Les relations transatlantiques demeurent fondamentales, estime le PSE qui souligne la nécessité d'un dialogue transatlantique plus large à tous les niveaux. Toutefois, là où les Etats-Unis ont choisi de demeurer "la superpuissance militaire" avec la possibilité de mener des actions militaires de préemption unilatérales, l'UE mise sur le multilatéralisme et l'engagement préventif. Tout en reconnaissant la légitimité des inquiétudes américaines en matière de terrorisme, le PSE affirme que le terrorisme "ne doit pas être un prétexte pour des actions militaires unilatérales et la violation des droits de l'homme". Et il recommande à l'UE d'adopter les lignes de conduite suivantes: - ne pas exclure une action internationale contre un Etat ou un régime menaçant la sécurité internationale, mais à condition que cette décision soit prise par les Nations unies ; - écarter toute guerre de préemption ou préventive ; - continuer à soutenir la Cour pénale internationale (CPI) et poursuivre les discussions sur la CPI avec les Etats-Unis ; - être plus ferme sur la position américaine concernant le protocole de Kyoto mais aussi "prendre ses propres engagements plus au sérieux". Du point de vue commercial, le PSE stigmatise l'UE comme les Etats-Unis, qui « pratiquent les mêmes politiques » en général « peu favorables aux pays en voie de développement ».
Par ailleurs, le PSE estime que la nouvelle politique de voisinage de l'UE devrait être une priorité de la PESC et que cette stratégie devrait être étendue à la région du Caucase du Sud. En particulier, l'UE devrait: - accorder plus d'attention à la situation des droits de l'homme, notamment en Tchétchénie, dans son dialogue avec la Russie ; - jouer un rôle plus actif pour que les objectifs du Millenium soient atteints (développement durable, lutte contre la pauvreté, etc.) ; - obtenir des réformes radicales des règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) pour un commerce équitable ; - user de son influence auprès du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale (BM) pour créer des conditions économiques et financières plus favorables aux pays en développement.