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Bulletin Quotidien Europe N° 8662
JOURNEE POLITIQUE / (eu) ue/avenir de l'ue

Il faut que l'Europe, actuellement "en panne", soit davantage pilotée et gouvernée, estime M. Lamy

Bruxelles, 09/03/2004 (Agence Europe) - S'exprimant le 8 mars au Collège d'Europe à Brugge, le Commissaire Pascal Lamy (commerce) s'est livré à un plaidoyer flamboyant en faveur d'une véritable gouvernance pour cette Europe qu'il considère actuellement "en panne". Au moment où l'UE s'apprête à concrétiser, avec son prochain élargissement, son "plus grand projet géopolitique" et où les travaux sur la future Constitution entrent dans la phase finale, l'Europe n'est plus sur la même longueur d'onde avec ses citoyens, déplore M.Lamy: "Selon le dernier sondage Eurobaromètre, à la fin de l'année dernière, 41% à peine des citoyens européens déclaraient avoir confiance dans l'UE. Et la tendance est à la baisse". Tout aussi préoccupante est l'attitude face à l'élargissement: "Alors qu'il pouvait être l'occasion de regarder l'avenir avec confiance", l'élargissement n'est pas particulièrement populaire, et dans certains pays comme la France, l'Autriche, la Belgique et l'Allemagne, il enregistre des niveaux de soutien inférieurs à 50%. "S'agit-il simplement de la dernière vengeance d'un électorat capricieux à l'égard de ses dirigeants politiques, d'un désamour passager ? Je ne le pense pas", affirme M.Lamy qui craint que la situation soit "bien plus sérieuse". Afin de remédier le plus rapidement à cette situation intenable, il propose de donner aux citoyens "le sentiment que l'Union est pilotée, gouvernée".

Selon M. Lamy, quatre ingrédients seront nécessaires pour assurer cette nouvelle gouvernance:

une stratégie. Il faut "clarifier l'horizon" d'une UE à 25, car la raison d'être de l'Europe est devenue "trop floue". D'abord, il faut mettre un terme au "double déficit européen": déficit de croissance et déficit de compétitivité. "Ce qu'attendent les citoyens, c'est une communauté de richesses. Bref, que le gâteau grandisse". L'UE a besoin d'un nouvel agenda de Lisbonne qui doit être réalisé avec la même ténacité que le marché unique et l'euro, estime M.Lamy. Deuxièmement, les citoyens attendent des signes tangibles d'appartenance à l'Europe. "Nous devons donc revenir à ce qui fait le ciment d'une société: la solidarité. Cela signifie tout d'abord des emplois réels, bien payés". Cela implique une nouvelle politique de l'emploi. L'UE a aussi besoin de plus d'investissements pour réduire le fossé entre les régions plus riches et plus pauvres. "Ces conditions sont essentielles pour une société en construction comme l'est la société européenne: sans solidarité, le sens d'appartenance à une communauté de destin(s) ne surgira pas", affirme M.Lamy. Ensuite, l'Europe doit être plus sûre et plus libre: "Le droit de circuler librement dans une Union sans frontières est une liberté vaine si nous ne pouvons pas assurer la sécurité et la justice". Enfin, l'Europe doit agir davantage sur la scène internationale. A cet égard, M.Lamy cite deux "urgences": une véritable politique commune de développement (avec l'insertion du Fonds européen de développement dans le budget communautaire) et une présence unifiée dans les organisations internationales telles que le FMI et la Banque mondiale, "sans lesquelles toute action de gouvernance est illusoire".

des instruments. L'Europe doit se donner les moyens de ses ambitions. Deux "tests majeurs de crédibilité" sont imminents: perspectives financières et modernisation de la gouvernance économique de l'UE (y compris le Pacte de stabilité).

une organisation. Ayant défini des objectifs, ayant renforcé nos moyens d'action, l'UE doit aussi revoir son organisation. "C'est l'absence de projet qui, depuis 10 ans, a conduit les révisions successives des traités à se perdre dans la tuyauterie institutionnelle", estime M.Lamy. Le débat institutionnel a trop longtemps été dominé par deux idéologiques extrêmes, les eurosceptiques et les fédéralistes, "alors qu'aucun des deux ne répond aux besoins actuels des citoyens européens". D'ou la nécessité d'ouvrir un "débat plus nuancé" sur la question du déficit démocratique, et au fond, sur le double axiome légitimité et efficacité. La Commission devrait être davantage comptable de ses actes devant le Conseil de même que devant le Parlement, par exemple. Le Conseil doit simplifier ses procédures de décision et en garantir l'efficacité. "La réponse qui s'impose est celle de la double majorité" (50/60), selon M.Lamy. Et bien sûr, le Parlement doit être co-législateur à côté du Conseil.

une image. Le système politique européen est "fade, sans saveur, sans odeur ni couleur", car il est dépourvu d'animation politique: "La machine existe, mais elle manque d'âme"; il faut donc une image pour incarner l'Europe, estime M.Lamy. "Je proposerais pour commencer que le premier Conseil européen qui se réunira à 25 prenne le temps de la réflexion et innove sur un sujet dont, curieusement, il n'a jamais discuté. Il devrait consacrer une journée entière, ou une session entière du Conseil, comme tout organe politique devrait le faire de temps en temps, à discuter de la manière de dessiner une image plus claire, plus politique, plus chaleureuse de l'Europe", a dit M. Lamy pour qui le message doit être que l'UE a une "réelle valeur ajoutée".

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