Bruxelles, 19/05/2003 (Agence Europe) - Les ministres de la Défense de l'Union européenne ont adopté lundi une Déclaration sur les capacités militaires de l'UE dans laquelle ils annoncent formellement que l'Union est capable de mener toutes les missions de Petersberg, et annoncent aussi la mise en place de dix groupes de projets chargés de combler les lacunes de l'UE en matière de capacités militaires.
« L'UE a maintenant la capacité opérationnelle de mener toutes les missions de Petersberg, limitée et contrainte par les lacunes reconnues », indique la Déclaration. Concrètement, cela signifierait que l'UE est capable de mener les différentes catégories de missions dites « de Petersberg » (maintien de la paix, gestion des crises, missions humanitaires: NdlR), ce qu'elle a déjà commencé à concrétiser sur le terrain avec le lancement de sa mission militaire Concordia, le 31 mars dans l'ancienne république yougoslave de Macédoine (ARYM). Cependant, les lacunes militaires de l'UE affectent cette capacité et imposent des contraintes à sa capacité de déploiement, notamment en fonction de l'intensité de la crise et du nombre de missions différentes à mener au même moment.
Les groupes de projets officiellement mis en place lundi doivent donc permettre à l'UE de combler progressivement ses lacunes en matière de capacités militaires et, ainsi, de réduire les contraintes existantes. Ainsi, la Force de réaction rapide de l'UE (60.000 troupes déployables en 60 jours et mobilisables pendant un an) pourrait être déclarée opérationnelle dans le courant de cette année 2003, comme prévu. A cette fin, les groupes de projets doivent mettre en œuvre les solutions à court, moyen et long terme (acquisition, leasing, mises en commun) identifiées par 19 panels, après un an de travail, dans le cadre de la première phase du plan d'action des capacités européennes (ECAP).
La deuxième phase de l'ECAP commence donc avec la mise en place de ces groupes de projets, chacun dirigé par un Etat membre et dont certains ont déjà commencé à travailler: - ravitaillement en air de carburant, dirigé par l'Espagne ; - recherche et sauvetage des unités de combat (Allemagne); - quartiers-généraux (Royaume-Uni); - protection nucléaire - biologique - chimique (Italie); - forces d'opérations spéciales (Portugal); - missiles balistiques de théâtre, courte portée (Pays-Bas) ; - appareils aériens sans pilotes ou « drones ») (France) ; - capacités militaires spatiales (France) ; - opérations d'évacuation humanitaires (Belgique); - mobilité aérienne stratégique (Allemagne).
En outre, les Etats membres sont invités à envisager la possibilité soit de diriger, soit de participer à d'autres groupes de projets, notamment sur les hélicoptères d'attaque et de soutien, ou les missiles de croisière. De plus, les ministres de la Défense: (1) rappellent les conclusions du Conseil européen des 20 et 21 mars qui demandait d'analyser la possibilité de créer une agence intergouvernementale pour le développement et l'achat de capacités au sein de l'UE ; (2) appellent les Etats membres à fournir davantage de contributions à partir des capacités existantes, à s'engager dans les programmes en cours entre eux (A400M) et à fournir de nouvelles capacités, notamment en activant les groupes de projets ; (3) encouragent la mise en place du document sur le « mécanisme de développement des capacités » chargé notamment de spécifier les relations de ce mécanisme avec l'OTAN. Enfin, les ministres ont adopté le catalogue Helsinski 2003 sur les capacités militaires de l'UE, et un supplément sur les capacités des pays candidats.
Des progrès ont été réalisés en matière de capacités militaires mais beaucoup reste à faire, estime Javier Solana -
La ministre française de la Défense demande davantage de flexibilité du Pacte de stabilité pour les dépenses
en matière de défense - Le secrétaire britannique à la Défense estime que l'UE n'est pas
prête pour toutes les missions de Petersberg
Javier Solana, le Haut Représentant de l'UE pour la PESC, s'est félicité, lors de la Conférence sur les capacités, des progrès réalisés depuis Helsinski, tout en estimant que « beaucoup reste à faire », et en incitant les Etats membres à allouer les ressources nécessaires pour réaliser les objectifs de l'UE dans un délai raisonnable, et pour renforcer la solidarité entre les Etats membres « autour d'objectifs communs ». Une industrie européenne de défense compétitive et une solide base technologique sont nécessaires pour créer une sorte de « marché européen » de l'armement, a-t-il répété. En outre, les Etats membres doivent organiser en commun la demande de matériel pour que les forces armées soient équipées avec un matériel de qualité à un prix raisonnable. A cette fin, il faut impliquer dans le processus sur les capacités les experts nationaux en armement. Quant à l'agence européenne pour le développement et l'acquisition de capacités militaires, elle est, selon lui, «un projet-clé » pour atteindre ces objectifs.
Michèle Alliot-Marie, la ministre française de la Défense, s'est félicitée de la mise en place des groupes de projets. Selon elle, la Force de réaction rapide de l'UE sera opérationnelle « d'ici la fin de l'année ».Cependant, désireuse d'aller encore plus loin, elle estime qu'à l'horizon 2010, « nous devons définir le type de défense future que nous voulons » ainsi que des calendriers « moralement contraignants » pour les Etats membres. Appelant encore une fois les gouvernements à dépenser davantage en matière de défense, Mme Alliot-Marie a indiqué que le Pacte de stabilité et de croissance constituait « un frein » et qu'il serait bénéfique de « faire échapper du pacte une partie des moyens consacrés à la défense », notamment ceux destinés aux investissements et à la recherche. Le Pacte de stabilité ne doit pas servir de « prétexte » à certains Etats membres pour ne pas dépenser davantage, a-t-elle averti, en notant que l'idée avait été lancée par son homologue italien, suivi par elle-même et les ministres allemand et belge. Enfin, Mme Alliot-Marie demande qu'une part importante des budgets de la défense soit consacrée à la recherche.
De son côté, le Secrétaire britannique d'Etat à la Défense, Geoff Hoon, a indiqué que « beaucoup reste à faire pour combler les lacunes » de l'UE. Se faisant l'écho de sa collègue française, il a aussi insisté sur une augmentation des dépenses de tous les Etats membres en matière de défense. Cependant, se démarquant de la Déclaration adoptée lors de la Conférence, il a estimé que l'UE était prête seulement « pour les missions de Petersberg les moins exigeantes, et pas pour toutes ».