Copenhague,13/12/2002 (Agence Europe) - Les chefs d'Etat ou de gouvernement de l'UE ont donné rendez-vous à la Turquie en décembre 2004: si, à ce moment là, le Conseil européen juge qu'elle remplit les critères politiques requis, les négociations d'adhésion seront ouvertes. Les Quinze l'ont explicitement inscrit dans les conclusions du Conseil européen de Copenhague. "Si en décembre 2004, le Conseil européen décide, sur la base d'un rapport et d'une recommandation de la Commission, que la Turquie satisfait aux critères politiques de Copenhague, l'Union européenne ouvrira des négociations d'adhésion avec ce pays", affirment ces conclusions. A quel moment les négociations seront-elles concrètement ouvertes? "Aussitôt que possible", cela dépend de questions "pratiques", a déclaré le président du Conseil européen, Anders Fogh Rasmussen en annonçant l'accord à la presse à 1 heure du matin dans la nuit de jeudi à vendredi. Pour les négociations avec les dix prochains membres, moins de trois mois se sont écoulés entre la décision d'ouvrir les négociations et leur ouverture concrète, a-t-il rappelé. Le Conseil européen insiste dans ses conclusions sur la mise en œuvre des réformes politiques, condition sine qua non pour l'ouverture des négociations, "salue la détermination du nouveau gouvernement turc" et l'engage "à remédier rapidement à toutes les insuffisances qui subsistent au regard des critères politiques, non seulement dans le domaine de la législation, mais aussi, et surtout, dans celui de la mise en œuvre".
Les Quinze se sont donc mis d'accord pour fixer une date d'examen qui sera la même que l'ouverture officielle des négociations, si l'examen est positif. La formule est très proche de celle proposée par la France et l'Allemagne, qui suggéraient une évaluation en décembre 2004 ; mais Paris et Berlin voulaient fixer l'ouverture des négociations seulement à juillet 2005. Les Quinze n'ont pas retenu ce délai de six mois ; mais en pratique, si la Turquie réussit son examen de passage, cela reviendrait au même, à quelques mois près, selon plusieurs diplomates européens. 2013 serait une date réaliste pour l'adhésion de la Turquie, selon des propos tenus par le Commissaire européen à l'élargissement Günter Verheugen, en marge du Conseil européen.
Dans quelle mesure le processus d'adhésion de la Turquie est-il lié à la résolution de la question chypriote? "Je ne vois aucun lien direct entre la décision sur la Turquie et la solution pour Chypre", a assuré le Premier ministre danois, en ajoutant qu'il "ne serait pas juste d'ajouter ainsi un nouveau critère politique à l'adhésion de la Turquie". Les dirigeants turcs "comprennent bien que la relation avec leurs voisins sera prise en compte par l'UE, je ne m'attends donc pas à ce qu'il y ait de problème", a-t-il précisé.
Renforcement de l'assistance pour préparer l'adhésion
M. Rasmussen a insisté sur le fait que "l'Union européenne envoie un message fort et positif" à la Turquie, et va "renforcer" la coopération avec elle. Les conclusions du Conseil européen indiquent que "afin d'aider la Turquie sur la voie de l'adhésion à l'UE, la stratégie d'adhésion prévue pour ce pays sera renforcée". Le Conseil européen invite la Commission à "présenter une proposition relative à un Partenariat pour l'adhésion révisé et à intensifier le processus d'examen de la législation". "Parallèlement, l'Union douanière CE-Turquie devrait être étendue et approfondie. L'Union augmentera considérablement son aide financière de pré-adhésion en faveur de la Turquie", poursuit le texte qui précise que "à compter de 2004, cette aide sera financée au titre de la ligne budgétaire dépenses de pré-adhésion".
Réaction modérée du Premier ministre turc
Alors que les premières réactions de diplomates turcs vendredi étaient plutôt de protester contre l'absence de date ferme, le Premier ministre Abdullah Gül a tenu en conférence de presse des propos modérés, regrettant ne pas avoir obtenu une date pour 2003, comme la Turquie l'aurait souhaité, mais voulant voir dans la décision des Quinze un engagement à commencer les négociations en décembre 2004. "Notre gouvernement a entrepris tous les efforts possibles pour obtenir une date à Copenhague (…), nous avons obtenu une date un peu plus éloignée que ce que nous espérions", a-t-il noté. Pour la Turquie, "le processus européen va continuer". Le Premier ministre turc, qui s'adressait à la presse vendredi en début d'après-midi, voulait encore croire qu'il pourrait obtenir des modifications dans le chapitre des conclusions concernant son pays. Il venait de rencontrer Jacques Chirac et Gerhard Schröder qu'il avait tenté de convaincre. "Nous allons poursuivre les réformes, qui sont faites pour le peuple turc, pas pour l'Union européenne", a-t-il ajouté. Le vrai test de la réaction de la Turquie à l'offre européenne sera son attitude dans les discussions relatives à l'accord UE-OTAN (voir plus loin) et à la question chypriote.