Bruxelles, 20/12/2001 (Agence Europe) - La communauté internationale s'engage à aider à la reconstruction de l'Afghanistan à court et à long terme, à condition que Kaboul encourage des conditions de paix et de stabilité durables dans le pays. Tel est le message politique délivré jeudi à Bruxelles, à l'ouverture de la conférence des donateurs pour l'Afghanistan, accueillie pour deux jours par la Commission européenne et la Présidence belge du Conseil (voir EUROPE des17&18 décembre, p.14). Pour cette conférence, le comité directeur des donateurs créé à Washington le 21 novembre dernier (Etats-Unis, Japon, Arabie Saoudite, Commission et Présidence de l'Union) a élargi son cercle à d'autres donateurs potentiels (Etats membres de l'Union, Canada, Russie, Australie, Koweït, Qatar, Corée, Suisse, Norvège, Turquie, Malaisie, Singapour, Brunei, pays voisins de l'Afghanistan et organisations internationales: programme des Nations unies pour le développement, Banque asiatique de développement, Banque mondiale, Banque islamique de développement, groupe de soutien à l'Afghanistan, etc.). Le ministre désigné des Finances afghan et de nombreuses ONG participent à cette rencontre qui n'est pas une conférence d'engagements, mais une conférence d'évaluation des besoins prioritaires pour le lancement de projets à impact rapide et d'organisation de l'indispensable coordination des interventions, devant créer un cadre dans lequel s'inscrira l'aide bilatérale à l'Afghanistan. Sécurité alimentaire, retour des réfugiés et personnes déplacées, restauration de l'agriculture, éducation, santé, implication des femmes dans la vie sociale et politique sont les domaines d'intervention les plus souvent évoqués, et devraient donc figurer parmi les projets prioritaires à court terme (six prochains mois, un an) sur lesquels les participants espèrent dégager un consensus. Les engagements financiers à court et moyen terme seront pris lors de la conférence ministérielle des donateurs, à Tokyo à la mi-janvier 2002.
Chris Patten, Commissaire européen aux Relations extérieures, a affirmé: « Nous n'avons pas de temps à perdre. Les paroles devront être suivies de faits ». Il a salué le caractère opérationnel de cette rencontre et a insisté sur la nécessité de ne pas perdre de vue la dimension régionale du problème, sachant que les pays voisins de l'Afghanistan ont assumé le fardeau des flux massifs de réfugiés
Poul Nielson, Commissaire à la politique de développement et l'aide humanitaire, a rappelé les obstacles énormes qui subsistent: l'insécurité générale résultant de rivalités ethniques, d'actes de banditisme, d'engins non explosés, de mines, « mais aussi, et de manière plus préoccupante que toute autre chose, l'attitude des chefs de guerre qui continuent à bloquer ou piller les convois d'aide humanitaire ». « Le défi est plus grand ici qu'à Bonn », a-t-il déclaré, rapportant les propos du ministre des Affaires étrangères Abdullah Abdullah qu'il a rencontré à Kaboul. Selon M. Nielson, « notre message doit être clair: les efforts de reconstruction de la communauté internationale n'auront lieu que dans les régions de l'Afghanistan où les acteurs locaux apporteront un soutien actif à l'établissement de la sécurité et la stabilité ». Appelant à l'établissement d'un partenariat réel entre les donateurs et le nouveau gouvernement, et à « la discipline des donateurs », il a souligné que la situation actuelle de l'Afghanistan appelait à un effort extraordinaire de coordination. La priorité absolue est, selon lui, de poursuivre la livraison d'aide humanitaire pour l'hiver et au-delà, sachant que la survie de millions d'Afghans dépend de la fourniture d'aide d'urgence. Le retour progressif à la paix s'accompagnera sûrement d'un afflux de nouvelles organisations humanitaires en Afghanistan, aussi est-il important qu'elles s'appuient sur l'expertise et le professionnalisme des ONG qui connaissent déjà bien le terrain, a souligné Poul Nielson. La Commission s'engage à poursuivre son aide humanitaire et à fournir un soutien supplémentaire substantiel pour la réhabilitation et la reconstruction du pays, a-t-il assuré .
Au nom de la Présidence du Conseil, Eddy Boutmans, Secrétaire d'Etat belge à la Coopération au développement, a insisté sur la promotion du statut des femmes afghanes et la participation de la société civile à la reconstruction du pays. Il a plaidé à cet égard pour l'inclusion, en nombre suffisant, de projets visant l'égalité homme-femme, et pour des actions urgentes dans les secteurs de la santé et de l'éducation.
Andrew Natsios, Administrateur de l'USAid, a assuré du soutien des Etats-Unis au gouvernement intérimaire « qui, pour la première fois depuis 1997, réunit toutes les régions et tous les groupes ethniques ». Selon lui, les priorités américaines sont: la revitalisation du système agricole totalement dévasté, la restauration de la sécurité alimentaire (1/3 de la population est dépendante de l'aide alimentaire ), le retour des réfugiés et des personnes déplacées, la relance de l'économie, la création d'emplois et la lutte contre la drogue. Devant la presse, le représentant américain n'a pas caché que son pays attend de la communauté internationale qu'elle prenne la plus grande part du fardeau de la reconstruction, les Etats-Unis ayant fourni l'essentiel de l'effort militaire.
La Commission s'engage à verser 2,5 millions d'euros au Fonds des Nations Unies
En marge de la conférence, Chris Patten, commissaire européen aux Relations extérieures a apporté un témoignage concret de l'engagement de la Commission à soutenir le Fonds des Nations Unies pour le soutien à court terme à l'administration intérimaire de l'Afghanistan en versant, au nom de la Communauté, 2,5 millions d'euros à ce fonds. La décision a été signée conjointement par M. Patten et Mark Malloch-Brown, administrateur du PNUD, devant la presse. Sur ce montant, 2 millions seront destinés au fonctionnement du gouvernement intérimaire (versement des salaires notamment) et 0,5 million financeront l'assistance technique à la task force de l'envoyé spécial de l'ONU en Afghanistan, M. Brahimi (établissement d'une commission indépendante de service civil, d'une commission judiciaire, d'une commission des droits humains).