Bruxelles, 20/12/2001 (Agence Europe) - Au cours d'une réunion spéciale d'environ une heure transmise sur EbS (Europe by Satellite, l'agence d'actualités télévisées de l'UE), les Commissaires européens présents à Bruxelles le 20 décembre ont expliqué aux citoyens, chacun dans sa langue, ce que signifie pour eux l'euro.
Grâce à l'euro, dans cette dernière période de graves tensions, "nous avons été plus tranquilles, plus forts", a constaté le Président Romano Prodi: mon premier achat en euros, je le ferai le 31 décembre à minuit, à Vienne, et j'espère acheter un bouquet de fleurs pour ma femme, a indiqué le président de la Commission. Pedro Solbes, Commissaire espagnol chargé des affaires économiques et monétaires, a noté en particulier "l'énorme changement de culture économique" entraîné par l'arrivée de la monnaie unique: à cheval entre deux Présidences du Conseil, j'utiliserai des euros à Bruxelles le 31 décembre et le 1er janvier à Madrid, a-t-il ajouté. Pour sa compatriote Loyola de Palacio¸ vice-présidente de la Commission chargée des transports et de l'énergie, l'euro est "l'avant-dernière étape de la construction européenne", et, au-delà de sa force de symbole, une étape qui apportera d'énormes changements dans la vie de tous les jours. Le Commissaire au Marché intérieur et à la fiscalité, Frits Bolkestein, a souligné ces avantages concrets, pour son pays, les Pays-Bas, et pour toute l'Europe, en constatant que: "les prix seront directement comparables, on saura tout de suite si un vélo ou une voiture coûtent plus" dans un pays que dans l'autre. Pour l'Irlandais David Byrne, Commissaire à la santé publique et aux consommateurs, l'euro sera un "pont tangible" entre son pays et le continent; "tenez cette pièce dans la main, sentez la réalité de l'euro", a-t-il dit en montrant une pièce. Pascal Lamy, Commissaire à la politique commerciale, a dit ressentir de la "fierté personnelle d'avoir préparé cet événement pendant plus de dix ans avec Jacques Delors" (dont il était chef de cabinet lorsque ce dernier était président de la Commission). "Le 2 janvier, j'achèterai ma baguette en France avec un euro à l'effigie du Roi des Belges, et le 3 j'achèterai mon journal à Bruxelles avec 50 centimes portant le joli profil de Marianne", a-t-il annoncé. Le Commissaire aux affaires institutionnelles et à la politique régionale, Michel Barnier, a rappelé que dans son pays, la France, le débat sur l'euro avait été "tranché par chaque citoyen" (lors du référendum sur le Traité de Maastricht) et a remercié Valéry Giscard d'Estaing, François Mitterrand, Helmut Schmidt, Helmut Kohl et Jacques Delors et a tenu à souligner que l'euro est le symbole d'une Europe "unie, mais pas uniforme" (car un côté porte un symbole national). L'euro est, surtout pour notre jeunesse, un fort symbole de "notre avenir européen commun", a estimé la Commissaire allemande au budget Michaele Schreyer, et elle a ajouté, en tenant une pièce dans la main: c'est aussi "une belle monnaie, on l'a bien en main". Je peux comprendre que le passage du DM à l'euro soit "pénible" pour certains Allemands, mais "la culture de stabilité du DM continue à vivre dans l'euro", a-t-elle souligné. Son compatriote Günter Verheugen, Commissaire chargé de l'élargissement, a rappelé lui aussi les résistances de certains Allemands à l'introduction de l'euro, même si le projet avait été "porté" par l'Allemagne et la France, et a dit pouvoir les comprendre (un mark, c'était mon "argent de poche" pendant des années, s'est-il souvenu). Mais l'euro est aujourd'hui une réalité, il est "une bonne monnaie, forte, stable", et cette monnaie "nous raconte aussi une histoire", l'histoire de tant d'années d'intégration européenne, a-t-il ajouté. Pour l'Autriche, l'euro contribue aussi à "un sentiment d'appartenance dont nous avons un urgent besoin", a estimé le Commissaire à l'agriculture Franz Fischler, qui a rappelé que les pièces autrichiennes ont quelque chose de "musical", puisqu'elles portent l'effigie de Mozart (on les appellera peut-être, plutôt que "euro", "Wolfeu", a-t-il plaisanté). Pour le Commissaire italien à la concurrence Mario Monti, l'euro est une monnaie "unique" parce qu'elle est la même pour douze pays, mais aussi parce qu'elle est différente des autres monnaies du monde et de l'histoire; en effet, elle est une garantie de "relations plus sérieuses entre l'Etat et le citoyen" car elle protège ces derniers, alors que, dans le passé, les Etats pouvaient jouer de la monnaie contre les citoyens (par l'inflation, les déficits publics...). C'est une monnaie qui devrait mettre nos jeunes à l'abri des "mauvaises surprises", a-t-il espéré. Antonio Vitorino, Commissaire à la justice et aux affaires intérieures, en notant la "perplexité" de certains de ses compatriotes face à la monnaie unique, a exhorté les Portugais: "vivons l'arrivée de l'euro comme un retour à l'école, comme un retour à notre jeunesse", en apprenant ensemble, parents et enfants, à l'utiliser. Viviane Reding, Commissaire à l'éducation et à la culture, a , en s'exprimant en luxembourgeois, rappelé que c'est un Luxembourgeois, Pierre Werner, qui avait été "un des bâtisseurs" un des "pères" de la monnaie unique, avec son rapport remontant aux années 70. Et la Commissaire grecque aux affaires sociales, Anna Diamantopoulou, a rappelé le succès qu'avait été l'entrée de l'euro pour son pays, après des années difficiles: avec l'euro, nous sommes mieux protégés, nous pouvons mieux réagir aux crises, a-t-elle dit, en soulignant elle aussi que l'euro a une face nationale (en Grèce, la face nationale de la pièce de 2 euros représente un mythe européen fort, celui de l'enlèvement d'Europe: NDLR). L'arrivée de l'euro est "l'un des actes les plus concrets de cette histoire fabuleuse qu'est la construction de l'Europe", a estimé Philippe Busquin, le Commissaire belge à la recherche (qui s'est exprimé en néerlandais et en français), en notant que l'euro sera un "outil efficace" pour progresser vers une Europe plus sociale, compétitive et innovante. Pour le Commissaire finlandais chargé de l'entreprise et de la société de l'information, Erkki Liikanen, l'euro renforce à la fois "l'identité" européenne et la stabilité et la compétitivité de l'Europe. Nous devons être "à la fois patients et déterminés" afin de nous habituer rapidement à notre nouvelle monnaie, a-t-il reconnu.
Le vice-président britannique de la Commission, Neil Kinnock, a ainsi défini les "trois réalités fondamentales concernant le Royaume-Uni et l'euro: - l'euro sera toujours la monnaie de l'UE et du marché intérieur; - le Royaume-Uni sera toujours dans l'UE et dans le marché intérieur; - les arguments en faveur de l'adhésion du Royaume-Uni à l'euro sont exactement les mêmes que ceux pour être dans l'UE et dans le marché intérieur". En outre, a-t-il martelé, le Royaume-Uni vit "dans le voisinage" de l'euro, ce qui signifie qu'il en ressent toutes les conséquences sans pouvoir "du tout" l'influencer. "Une absence prolongée de l'euro n'est à conseiller ni pour des raisons pratiques, ni économiques, ni politiques. Pour avoir de l'influence, nous devons être dedans", a conclu l'ancien leader travailliste. Quant à Margot Wallström, Commissaire suédoise à l'environnement, elle n'a pu que constater que son pays n'est pas dans la zone euro, "décision démocratique qui doit être respectée", mais elle a aussi souligné que l'euro est une des devises plus fortes du monde, un monde dans lequel l'UE aura une plus grande place après son prochain élargissement; dès que nous commencerons à utiliser l'euro, sa "réalité" s'affirmera de plus en plus, a-t-elle escompté.