Bruxelles, 04/12/2001 (Agence Europe) - Comme annoncé dans EUROPE d'hier (p.12), la Commission européenne a décidé mardi de proposer une réduction importante des totaux admissibles de captures (TAC). Toutes les flottes communautaires seront concernées par cette réduction drastique des TAC en 2002, qui s'élève en moyenne à 18,5% de l'ensemble des possibilités de pêche, et à 14% si on se réfère à la quantité totale exploitable des produits de la mer. La Commission propose de réduire les TAC selon la stratégie suivante: (1) à la lumière des nouvelles données scientifiques, il est proposé une réduction importante des TAC de certaines espèces comme le merlu dans le Kattegat (-58%), l'églefin dans la mer d'Irlande (-52%), la sole dans la mer du Nord (-25%) et au sud de la Bretagne (- 53%) et la langoustine dans le golfe de Gascogne (entre -45% et -50%) ; (2) les TAC de certains stocks associés (églefin, merlan, certains poissons plats, langoustines) devront être réduits au maximum de 40% pour atténuer les risques de mortalité des espèces menacées comme le merlu et le cabillaud ; (3) la Commission propose une réduction de 20% des TAC pour les espèces dont les possibilités de pêche n'ont pas été entièrement exploitées (les « poissons sur le papier »). Précisons que la Commission propose de maintenir aux mêmes niveaux que 2001 les TAC pour le merlu et pour l'anchois dans les zones particulièrement prisées comme le golfe de Gascogne et qu'elle suggère des réductions de 70% pour le hareng de l'Atlantique (au sud et à l'est de l'Irlande), de 58% pour le cabillaud du Kattegat, de 25 à 42% pour la lotte (en fonction des zones) et de 40% pour le chinchard (au large de l'Ecosse et de l'Irlande, dans le golfe de Gascogne et au large des Açores).
Le porte-parole du Commissaire Franz Fischler a expliqué que cette proposition est la seule qui est compatible avec la nécessité de parvenir à une « gestion durable de la pêche », même si elle ne manquera pas de représenter « un vrai jour sombre pour les pêcheurs ». Il a appelé les ministres européens (qui devront adopter les TAC lors du Conseil Pêche des 17 et 18 décembre) à faire preuve de « courage » en fixant les TAC à un niveau qui reflète la réalité de l'épuisement de certains stocks et à éviter les traditionnels « marchandages ». La Commission a justifié sa position en faisant valoir que le nombre de stocks devant faire l'objet de mesures de reconstitution a triplé depuis l'an dernier. Si le niveau global actuel de l'effort de pêche n'est pas réduit de toute urgence, le nombre de stocks menacés d'effondrement continuera à augmenter. On compte parmi ces stocks: - le cabillaud (est de la mer Baltique, mer du Nord, Kattegat, ouest de l'Ecosse, mer d'Irlande) ; - l'églefin (mer d'Irlande) ; - la sole (sud de la Bretagne, golfe de Gascogne) ; - la langoustine (nord et nord-ouest de l'Espagne, partie septentrionale de la côte portugaise) ; - le merlu (golfe de Gascogne au Skagerrak/Kattegat) ; - le merlan bleu au nord-est de l'Atlantique. Les scientifiques estiment aussi que l'effort de pêche est bien trop important pour l'églefin dans la mer d'Irlande et qu'au sujet du merlan de l'ouest de l'Ecosse et de la sole dans la partie ouest de la Manche, le nombre de poissons adultes en état de se reproduire est très inférieur au niveau exigé pour la régénération de ces stocks. La Commission précise qu'elle présentera des plans visant à la reconstitution de tous les stocks menacés d'effondrement. La semaine prochaine, la Commission présentera des propositions de plans pluriannuels de reconstitution pour le cabillaud et le merlu. Ces plans serviront à réduire la mortalité par la pêche et à diminuer les captures de juvéniles. L'objectif de la Commission est d'accroître de 10 à 30% par an (selon les stocks) les quantités de poisson en période de frai selon le stock. Cette stratégie devrait permettre aux stocks concernés de retrouver les limites biologiques de sécurité en cinq ans. Par ailleurs, la Commission a fourni un certain nombre d'informations concernant les espèces suivantes:
Espèces d'eaux profondes: la Commission proposera prochainement une série de mesures de gestion concernant ces espèces à croissance lente, qui sont particulièrement vulnérables et qui, selon certains avis scientifiques, font déjà l'objet d'une exploitation excessive.
Thons et thonidés: la Commission propose de reconduire les TAC de l'an dernier pour les espèces pêchées en Méditerranée dans l'attente de l'adoption des recommandations de la convention internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique (ICCAT).
TAC alloués entre l'UE et la Norvège: la Commission espère que la réunion entre l'UE, la Norvège et les îles Féroé, qui se tiendra les 13 et 14 décembre, permettra de trouver une solution sur la gestion des stocks de merlan bleu. En effet, de cet accord dépendra la répartition des quotas de nombreuses espèces gérées entre l'UE et la Norvège (cabillaud, églefin, merlan, colin, plie, hareng, maquereau dans la mer du Nord, et, dans le Skagerrak, cabillaud, l'églefin, le merlan, la plie, le hareng, les sprats et les crevettes) qui ne figurent donc pas encore dans les propositions de la Commission. Cette dernière précise que les TAC concernant la mer Baltique ont déjà été adoptés dans le cadre de la commission internationale des pêches de la mer Baltique (IBSFC). Pour ce qui est de la plie, l'UE fixe un TAC autonome.