Luxembourg, 29/10/2001 (Agence Europe) - A la veille de la mission que le Président du Conseil de l'UE, Louis Michel, doit conduire à partir de ce mardi en Asie centrale, le Haut Représentant pour la PESC, Javier Solana, a proposé aux Quinze de revoir la politique de l'UE à l'égard des pays de cette région (Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Turkménistan et Ouzbékistan).
Dans le document de travail qu'il a présenté au Conseil lundi à Luxembourg, M. Solana constate que « les implications stratégiques de la crise générée par les attentats du 11 septembre appellent une réévaluation de notre politique à l'égard des pays d'Asie centrale ». « Nous avons toujours considéré ces pays à travers le prisme de l'ex-Union soviétique. Les attentats terroristes du 11 septembre et l'intervention ultérieure en Afghanistan ont mis en relief l'importance stratégique de ces pays également dans le contexte asiatique - politique, ethnique, religieux et social - plus général. Ces événements ont également mis en évidence le fait que les problèmes de la région pourraient avoir une incidence plus directe sur nos intérêts », note M. Solana qui propose d'en tirer les conséquences en adoptant une politique qui tienne compte à la fois des intérêts traditionnels, « limités et à long terme », et des intérêts « pressants à court et moyen terme ». Parmi les intérêts traditionnels, le document cite: - empêcher la région de devenir un foyer d'extrémisme et de terrorisme ; - encourager les réformes démocratiques et le respect des droits de l'Homme ; - empêcher que le trafic de drogue et d'armes transite par la région et lutter contre l'immigration clandestine ; - encourager le développement économique par l'intégration dans l'économie mondiale ; - contribuer au développement et à l'exploitation des réserves énergétiques de la région. Il mentionne quatre intérêts à court et moyen terme: (1) préserver le soutien, tant politique que pratique, apporté à la coalition mondiale contre le terrorisme ; (2) obtenir une coopération pour fournir une aide humanitaire à l'Afghanistan ; (3) éviter la contagion de l'instabilité depuis l'Afghanistan ; (4) recueillir un soutien en faveur d'un régime pour l'après-taliban. A plus long terme, l'UE devrait s'interroger sur la manière de répondre aux besoins de développement de ces pays, dit le document, qui constate: « Jusqu'à présent, nous avons traité les pays de la région comme des économies en transition et élaboré nos instruments en conséquence. Il est clair désormais que leurs besoins vont bien au-delà. Car c'est parmi les pauvres et les dépossédés que les terroristes trouvent le terrain le plus fertile. Au vu de l'appauvrissement croissant de l'Asie centrale et de la dégradation des soins de santé et de l'éducation, nous devrions nous demander si nos efforts doivent également porter sur ces domaines - à l'instar de ce que nous faisons en Afghanistan et au Pakistan. Mais cela met en relief la question plus générale de la nécessité de mettre en balance nos objectifs dans la région et les instruments qui sont à notre disposition ».
Très réaliste, le document souligne qu'il « est clair que les intérêts de l'UE demeureront relativement limités par rapport à ceux d'autres puissances régionales, notamment la Russie qui dispose de précieuses connaissances stratégiques approfondies grâce à ses liens étroits avec les pays d'Asie centrale, qui sont aussi un facteur contribuant à la stabilité de la région ». Et de poursuivre: « Dans la mesure où nos intérêts coïncident avec ceux d'autres grandes puissances, nous devrions être prêts à coopérer avec celles-ci, en mettant tous les moyens d'action que nous pouvons offrir au service de nos objectifs communs. Cependant, nous ne devons nous faire aucune illusion, non seulement quant à notre influence dans la région, qui est limitée, mais aussi, ce qui est plus important, quant aux moyens dont nous disposons à l'appui de nos objectifs, qui ne le sont pas moins ». En conséquence, M. Solana plaide pour: - un renforcement du dialogue avec ces pays par « des mécanismes classiques et des mécanismes novateurs pour multiplier les contacts politiques, en particulier dans les cas du Tadjikistan et du Turkménistan » avec lesquels l'UE n'a pas conclu d'accords de partenariat et de coopération ; - la promotion de la coopération régionale, notamment en proposant un soutien à des enceintes comme l'Union économique d'Asie centrale ou l'Organisation de coopération de Shanghai (à laquelle participent la Russie et la Chine) ; - un soutien à l'OSCE, qui doit être encouragée à jouer un rôle plus actif dans la région, et le développement de la concertation, notamment avec les Etats-Unis, la Russie et la Chine, mais sans négliger l'influence considérable de la Turquie sur certains pays d'Asie centrale.