Bruxelles,19/09/2001 (Agence Europe) - Javier Solana a réaffirmé que la solidarité "absolue" de l'UE avec les Etats-Unis après les attentats du 11 septembre ne doit pas être vue comme une guerre contre l'Islam: il l'a fait, fortement applaudi, lors de sa rencontre avec les députés européens mercredi matin (voir plus haut), juste avant de partir pour les Etats-Unis, avec la Troïka européenne (voir autre nouvelle). En préparant cette visite de la Troïka, j'ai été en contact quasi permanent avec Colin Powell, a dit aux députés le Haut Représentant pour la PESC, qui a ajouté: depuis cette crise, j'ai parlé chaque jour aussi avec tous les pays du processus de Barcelone (les pays du Sud de la Méditerranée, unis à l'Europe par ce processus dans lequel Javier Solana, alors ministre espagnol des Affaires étrangères, avait joué un rôle clé: NdlR). Nous devons profiter de ces circonstances difficiles pour relancer le processus de Barcelone et l'approfondir aussi dans le domaine "interculturel", a-t-il martelé.
Le message de la majorité des députés a été clair. "Nous ne voulons pas de choc des civilisations", s'est écrié le président du groupe PPE-DE Hans-Gert Pöttering, et le président du groupe socialiste Enrique Baron s'est exprimé dans le même sens, en soulignant aussi que les Etats-Unis ne doivent pas s'isoler, et doivent être à nouveau plus présents sur la scène mondiale. Nous devons aussi couper les financements aux terroristes, qui profitent de la globalisation, a dit le député espagnol . Le Président du groupe libéral Pat Cox a souligné l'importance du langage utilisé suite aux attentats qui ont frappé les Etats-Unis: "nous avons besoin de justice, pas de vengeance, et, surtout, le mot "croisade" doit être évité", s'est-il exclamé, en demandant à M. Solana, en tant que Secrétaire général du Conseil de l'UE, d'insister auprès des Etats membres de l'Union afin qu'ils ratifient les deux conventions des Nations Unies sur le terrorisme. La coprésidente du groupe des Verts/ALE, Heidi Hautala, a plaidé dans le même sens, en soulignant que "nous avons besoin d'une justice internationale", et en insistant sur la mise en place de la Cour pénale internationale. En outre, elle a proposé la tenue d'un forum PE/monde islamique et arabe, pour examiner tous les aspects de la coopération entre ces pays et l'Europe. La veille, le groupe des Verts/ALE avait, à l'initiative de son coprésident Paul Lannoye, demandé à Nicole Fontaine d'inviter aussi rapidement que possible les représentants du "monde islamique" à un tel forum. Selon M.Lannoye, le "Forum euro-méditerranéen existant pourrait être une bonne plate-forme", et devrait être élargi afin de comprendre "tous les pays islamiques" (qui, on le sait, dépassent largement le monde arabe). Le président du groupe de la Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique, Francis Wurtz, a salué les propos de M.Solana, tout en s'inquiétant des dernières déclarations du Président Bush qui, dit-il, "s'inscrivent dans une dangereuse logique de guerre", et en demandant au Haut Représentant: "j'aimerais vous entrendre dire que l'Union européenne usera de toute son influence pour éviter cet engrenage et que, de toute façon, elle ne s'y laissera pas entraîner". Au nom du groupe de l'Union pour l'Europe des nations, Gerald Collins a rappelé que son pays, l'Irlande, assume à la fin du mois la présidence en exercice du Conseil de sécurité de l'ONU: en tant que présidence du Conseil de sécurité, notre message sera, a-t-il dit en citant les propos du Premier ministre irlandais, que chaque Etat a le droit à l'autodéfense, mais que la réaction doit être proportionnée, qu'elle doit cibler "le terrorisme à sa source", et que, surtout, la lutte contre le terrorisme ne doit pas être dépeinte comme une "guerre de religion". Jens-Peter Bonde, Président du groupe de l'Europe des démocraties et des différences, a insisté lui aussi sur la nécessité de combattre le terrorisme et de ne pas faire d'amalgame entre terrorisme et Islam: les musulmans travaillent à nos côtés, ce sont nos amis, évitons la spirale de violence, a-t-il lancé. Seules notes discordantes, les interventions de Francesco Speroni (Lega Nord, non inscrit), qui a dit qu'il faut couper toute relation avec les pays qui appuient le terrorisme, et de Marie-Françoise Garaud (française, non inscrite), qui a affirmé que "dans cette affaire, la religion est capitale".