Bruxelles, 19/09/2001 (Agence Europe) - Les députés européens ont dans leur ensemble bien accueilli, mercredi, les propositions de la Commission européenne pour la lutte contre le terrorisme et la création d'un mandat d'arrêt européen, tout en estimant qu'il fallait aller plus loin, notamment en faisant réellement fonctionner Europol et en renforçant la coopération avec les Etats-Unis. Beaucoup ont aussi insisté sur l'importance de ne pas créer une division entre l'Occident et le monde arabe.
La ministre belge des Affaires européennes, Annemie Neyts, a ouvert la discussion en rappelant combien l'Europe avait été profondément choquée par les attentats et a retracé l'ensemble des actions prises ou prévues par l'UE pour répondre à cette crise: réunion de conseils spéciaux (des Affaires étrangères, des Transports, ce jeudi, de la Justice et des affaires intérieures, et vendredi le Conseil européen), nécessité de développer la politique européenne de sécurité et de défense et la politique extérieure, développer la coopération avec les Etats-Unis et s'engager plus encore dans les zones de conflit. "Le combat contre le terrorisme international constitue une entreprise de longue haleine", a-t-elle souligné en estimant que l'UE doit utiliser tous les instruments à sa disposition.
"Nous avons besoin d'un agenda européen pour la lutte contre le terrorisme, c'est une occasion unique de démontrer que l'UE peut garantir un espace de liberté, de sécurité et de justice", a déclaré le Commissaire Antonio Vitorino en présentant aux députés les propositions de la Commission, "douloureusement d'actualité". La Commission souhaite, d'une part, harmoniser la définition et les sanctions du terrorisme, et présente, d'autre part, une proposition "ambitieuse pour remplacer l'extradition par un système de remise judiciaire fondé sur un mandat d'arrêt européen", y compris pour le terrorisme (voir EUROPE d'hier, p.8). Le Conseil JAI de jeudi sera, selon le Commissaire, "l'occasion de poser les questions de principe au niveau politique". Il faut, selon lui, renforcer Europol, et que les Etats fassent tout pour renforcer la coopération entre leurs services de renseignement, de police et de justice.
Le rapporteur du PE sur le terrorisme, Graham Watson (ELDR, britannique), a dit approuver les propositions de la Commission en espérant qu'elles seraient vites adoptées mais en déplorant que ce soient des propositions "d'hier". Il faut, selon lui, aller beaucoup plus loin: renforcer la coopération avec les USA, régler les conflits de juridiction, utiliser concrètement les outils existants (Europol, Eurojust...), lutter contre le blanchiment, faire coopérer les services de renseignement... Il souhaite aussi supprimer la distinction entre le deuxième et le troisième piliers, pour que tout soit de compétence communautaire. Au nom du PPE, Han-Gert Pöttering (CDU) a lui aussi approuvé les propositions de la Commission et appelé les 15 à utiliser Europol et à le doter d'un budget suffisant. Il a appelé à réunir les parlementaires européens et ceux des pays arabes, dans le cadre du partenariat euroméditerranéen, "pour lancer un signal de partenariat et d'amitié". Le Belge Paul Lannoye a fait le même voeu pour les Verts, appelant aussi le Conseil à convaincre le président américain d'agir avec modération. Enrique Baron (socialiste espagnol) a demandé que l'on accélère la création du Tribunal pénal international. Pour Francis Wurtz (communiste français), trois défis se posent: "être des partenaires mais non des obligés des USA", ne pas faire de "croisade" contre le monde musulman, avoir une nouvelle approche de la sécurité internationale. Pour Charles Pasqua (UEN, français), les Etats membres doivent enfin se décider à coopérer entre eux.