Bruxelles, 21/05/2001 (Agence Europe) - "Le vrai défi est désormais d'utiliser ces structures pour empêcher le crime", a averti la Secrétaire d'Etat suédoise à la Justice, Kristina Rennerstedt, à l'occasion du premier Forum européen de la prévention du crime organisé, qui s'est tenu les 17 et 18 mai à Bruxelles. Le Forum européen, organisé par la Commission européenne, a pour ambition de rassembler acteurs publics et privés pour échanger des informations, établir des partenariats et conseiller institutions européennes et Etats membres sur la prévention de la criminalité organisée. Il devrait se réunir annuellement en plénière, et plus fréquemment en groupes de travail.
Le réseau de prévention de la criminalité, proposé par la Suède et la France, devrait être approuvé lors du Conseil Justice/Affaires intérieures du 28 mai, et se concentrera sur la prévention des criminalités urbaine et juvénile. Le programme Hippocrates, proposé par la Commission pour financer des projets de formation, d'échanges et de recherche pour la prévention de la criminalité, devrait être adopté par les Quinze début juin. Après un accord de principe au dernier Conseil JAI, les discussions ont porté sur la "comitologie": finalement, un accord est intervenu la semaine dernière entre les Représentants permanents des Quinze, mais il n'y aura pas de décision lors du Conseil du 28 mai, pour des questions de délai de traduction, dit-on de source du Conseil. L'accord porterait sur l'insertion dans le texte même du programme, des dispositions sur le comité responsable, en reprenant les dispositions habituellement employées pour des dossiers qui relèvent du premier pilier alors qu'il s'agit ici du troisième pilier, et en y ajoutant la possibilité pour un Etat membre de demander qu'un sujet particulier soit traité en priorité, apprend-on de source diplomatique. Cette disposition sera reprise aussi pour le renouvellement des programmes Oisin, Stop and Grotius. Tous ces programmes devraient être approuvés début juin pour s'achever en 2002. La Commission devrait entre-temps proposer un programme global qui reprenne ces quatre initiatives, avec les règles correspondantes en matière de comitologie.
"Il faut adopter un cadre global, parce qu'il y a trop d'initiatives et que l'on ne sait pas qui fait quoi, il faut établir des priorités, répartir les tâches", a demandé le directeur adjoint d'Europol, Willy Bruggeman, face à ce foisonnement d'initiatives. Pour le Commissaire Antonio Vitorino, ce cadre existe déjà, et il est la communication sur la prévention de la criminalité adoptée en novembre dernier par la Commission européenne, et déjà suivie d'initiatives sur la prévention du trafic des êtres humains, la cybercriminalité, ou encore le lancement de ce Forum européen. Pour le Commissaire, qui insiste sur la "complémentarité" de ces initiatives qui, selon lui, ne sont pas en compétition, les avancées sur la prévention de la criminalité "seront certainement un des principaux succès de la Présidence suédoise". "Les Etats ne sont plus capables de trancher seuls ces problèmes, il faut que la société civile, l'industrie, les services soient impliqués, avec des actions au niveau européen", a plaidé le Commissaire.
Quelle est l'utilité de structures comme le Forum européen? Il est "beaucoup plus facile de parler de prévention que d'obtenir des résultats", a souligné M. Bruggeman. Adrian Fortescue, Directeur général pour la Justice et les Affaires intérieures à la Commission européenne, a rappelé de son côté que la prévention de la criminalité n'a été reconnue que très récemment comme une priorité pour l'UE. Pour Mme Rennerstedt, il est bien sûr essentiel d'agir, mais des réunions comme celle du Forum, dont la création a aussi été saluée par Europol, doivent permettre d'échanger des idées, et de trouver ainsi de nouvelles méthodes. Selon Willy Bruggeman, il faut d'abord se concentrer sur des domaines précis, pour obtenir quelques premiers résultats et convaincre que la prévention peut être menée au niveau européen.
Le Forum a aussi organisé quatre groupes de travail sur: 1) l'application du concept de prévention à la traite des êtres humains; 2) la prévention de la fraude aux cartes de paiement: le groupe de travail a décidé de poursuivre ses discussions avec une réunion sur l'information des consommateurs, et une sur celle de la police; 3) le rôle du secteur privé dans la prévention de la criminalité économique et financière: les discussions sont passées "de l'état de semi-tension, le premier jour, au dialogue et à l'écoute le second", avec l'identification de domaines prioritaires tels que la corruption, la fraude, la piraterie (cartes bancaires, internet..), le blanchiment; 4) la prévention du trafic de biens culturels. D'autres groupes de travail pourraient être créés. La Secrétaire d'Etat suédoise a souhaité que l'exploitation sexuelle des enfants fasse l'objet d'un tel groupe.