Bruxelles, 21/05/2001 (Agence Europe) - Les premières réactions, globalement positives, à la stratégie de développement durable proposée par la Commission à l'intention du Sommet européen de Göteborg (voir EUROPE du 17 mai , p.7), témoignent de l'importance de l'enjeu et de la volonté partagée d'en faire une priorité de l'agenda communautaire et international.
Pour la Présidence suédoise du Conseil, la communication de la Commission constitue une bonne base pour les délibérations des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union et une contribution importante au développement futur de l'Europe. «La proposition de la Commission est un bon départ. Je pense toutefois que nous devons être plus ambitieux pour les questions cruciales », a déclaré Kjell Larsson ministre suédois de l'Environnement. Il convient, selon lui, que l'Union: a) adopte des objectifs concrets pour s'attaquer aux tendances incompatibles avec un développement durable ; b) joue un rôle de chef de file dans la coopération mondiale requise par les aspects globaux du développement durable, notamment en établissant clairement ses engagements à long terme pour lutter contre les changements climatiques ; c) mette en place un processus permettant de garantir le succès de l'Union dans la mise en œuvre de sa stratégie, avec la participation efficace de tous les acteurs.
Les ONG environnementales formulent des critiques constructives pour améliorer la stratégie
Dans un communiqué, le Bureau européen de l'Environnement (BEE) salue l'initiative de la Commission comme un pas dans la bonne direction. Selon John Hontelez, secrétaire général du BEE, « cette stratégie pourrait constituer le point de départ d'un nouveau modèle de développement intégrant véritablement les défis environnementaux et les défis à long terme. Elle énonce clairement la vision qu'a la Commission de la durabilité, souligne que toutes les politiques de l'Union doivent passer le test de la durabilité, établit un cadre d'action pour les années à venir et engage la Commission à adopter un ensemble de propositions pertinentes, tant législatives qu'orientées vers le marché. Le BEE souhaite toutefois «discuter d'éléments spécifiques qui ne sont pas toujours assez ambitieux », dans l'espoir que "la stratégie pourra être encore améliorée par le Conseil européen".
Le BEE se félicite de la prise en compte d'éléments qu'il juge essentiels, tels que la nécessité de verdir l'économie - y compris par l'élimination des subventions néfastes à l'environnement- , la réforme de la taxation environnementale, l'utilisation des marchés publics pour promouvoir les technologies propres. Il salue aussi la détermination de la Commission à mettre en place un régime strict de responsabilité environnementale d'ici à 2003, ce qui, à son avis, devrait faciliter l'internalisation des coûts environnementaux dans les prix des produits et des services.
Parmi les points faibles de la communication nécessitant une amélioration, le BEE cite:
1. le calendrier proposé pour l'élimination des subventions ayant des effets pervers sur l'environnement. L'objectif de 2010 pour l'élimination des subvenions aux combustibles fossiles n'est pas du tout assez ambitieux, étant donné que les gouvernements auraient dû les éliminer depuis longtemps, et l'absence de date pour l'élimination des subventions agricoles conduisant à des dégradations environnementales est considérée comme une grave omission ;
2. l'objectif annuel de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour l'après-Kyoto: 1% entre 2012 et 2020 est intéressant mais pas suffisant. Le BEE rappelle à cet égard que, pour prévenir un réchauffement planétaire important, l'Union doit tendre vers une réduction de 80 à 90% de ses émissions au cours des cinquante prochaines années. Il importe aussi, souligne le BEE, de clarifier si ce pourcentage devra être atteint exclusivement par des actions nationales ou s'il comptabilisera des réductions de gaz à effet de serre obtenues dans d'autres pays grâce à des investissements de l'Union (via le recours aux mécanismes flexibles du Protocole de Kyoto).
3. l'absence d'objectif clair concernant la limitation de la croissance du transport et le passage à une part plus importante des transports publics, du transport par chemin de fer et par les voies navigables.
Dans une lettre conjointe adressée aux chefs d'Etat et de gouvernement des Quinze, le BEE, Les Amis de la Terre et Friends of Nature International demandent que « l'Union devienne l'économie la plus efficace au monde du point de vue de l'utilisation des ressources naturelles » et assume cette responsabilité dans un contexte global, car «une perspective purement européenne sous-estimerait l'étendue du défi de la durabilité ». Selon elles, Göteborg devrait «résulter au moins dans un programme audacieux et concret qui verdisse l'économie » et fasse une large place à l'abolition des subventions néfastes, la promotion des subventions vertueuses du point de vue de l'environnement, une politique de marchés publics favorables à l'environnement, l'application de la responsabilité environnementale et de la responsabilité des producteurs, ainsi qu'aux incitants fiscaux.