Abuja, 28/03/2000 (Agence Europe) - En adoptant plusieurs résolutions, l'Assemblée paritaire ACP-UE a pris position sur:
1) le conflit entre l'Erythrée et l'Ethiopie: l'Assemblée soutient le plan de paix de l'OUA pour un règlement pacifique durable et global du conflit entre ces deux pays. Elle soutient aussi les efforts de médiation menés actuellement par le président de l'OUA Abdelaziz Bouteflika et par l'envoyé spécial de la Présidence de l'UE, Rino Serri.
2) l'Angola: l'Assemblée demande aux Nations unies et à l'UE de continuer à exercer de fortes pressions sur les dirigeants de l'Unita, notamment par l'application et l'aggravation des sanctions décrétées par l'Onu contre cette organisation. Elle encourage toutes les forces politiques et composantes de la société civile angolaise à unir leurs efforts pour éliminer la violence et bâtir un Angola pacifique et démocratique. Elle demande une fois de plus l'amélioration du contrôle et de l'application des sanctions contre le trafic de diamants commandité par l'Unita et par des négociants africains et européens. L'UE et la communauté internationale sont invitées à accroître d'urgence leur aide humanitaire à l'Angola.
3) la Somalie: l'Assemblée exprime son soutien total au plan de paix proposé par le président de Djibouti. Elle invite les chefs de toutes les factions somaliennes à coopérer aux efforts visant à promouvoir la recherche d'une solution durable qui permettra la restauration de la paix et de la stabilité et le rétablissement d'un gouvernement central. Elle demande à l'UE de mettre en chantier des programmes d'aide et de reconstruction. Le Conseil ACP-UE est invité à proposer un instrument juridique permettant à la Somalie de bénéficier des ressources des 7ème et 8ème FED, malgré l'absence d'autorités nationales habilitées à ratifier la IVème Convention de Lomé.
4) les îles Salomon: l'Assemblée se déclare préoccupée par les tensions ethniques continuelles dans ce pays. Elle invite toutes les parties concernées à coopérer avec le gouvernement et à respecter les accords de paix d'Honiara et de Panatina. Elle a aussi décidé d'envoyer une mission sur place.
5) Belize: l'Assemblée paritaire condamne l'intrusion des forces armées guatémaltèques sur le territoire de Belize. Elle demande aux deux pays de rechercher une solution rapide à leurs différends dans le respect intégral de la souveraineté, de l'indépendance et de l'intégrité territoriale de Belize (le Guatemala revendique plus de 12 000 km², soit plus de la moitié du territoire de Belize).
6) la Côte d'Ivoire: l'Assemblée se félicite de la volonté déclarée des dirigeants ivoiriens d'achever la période de transition et le processus électoral au plus tard le 31 octobre 2000. Elle demande à l'UE, aux pays ACP et à la communauté internationale d'aider, par tous les moyens, la Côte d'Ivoire à restaurer la légalité constitutionnelle selon le calendrier prévu.
7) la situation dans la région des Grands Lacs: l'Assemblée déplore les retards dans l'application de l'accord de Lusaka et condamne les violations des droits de l'homme, les exécutions sommaires, les actes de torture, les viols, la propagande ethnique et l'enrôlement d'enfants dans les forces armées. Elle invite l'ensemble des parties au conflit à procéder immédiatement à la mise en oeuvre de l'accord de Lusaka et demande au Conseil de sécurité de l'Onu d'autoriser sans délai le déploiement initial de 5500 soldats des Nations unies pour surveiller la mise en oeuvre de cet accord. Elle réclame le retrait ordonné de la totalité des forces armées étrangères présentes sur le territoire de la RDC et invite les signataires congolais de l'accord à engager immédiatement le dialogue national. Les autorités de la RDC sont invités à libérer tous les prisonniers politiques et à autoriser les activités des partis. L'Assemblée demande aussi une enquête internationale sur l'ensemble des massacres et autres violations des droits de l'homme.
8) état des négociations entre l'UE et l'Afrique du Sud. L'Assemblée invite les parties à parvenir à un accord équitable sur les questions relatives au vin et aux spiritueux, en respectant le nouveau délai (1er juin 2000) pour la conclusion des négociations. Elle demande à la Commission européenne de veiller à ce que les besoins de l'Afrique du Sud en matière de développement soient pris en considération. Le gouvernement sud-africain est invité à poursuivre son engagement prioritaire dans la lutte contre la criminalité pour favoriser une augmentation du tourisme et des investissements.
9) Haïti. L'Assemblée regrette que, pour la troisième fois consécutive, l'organisation des élections ait été reportée. Elle souhaite qu'elles se tiennent au plus vite de manière à permettre l'entrée en fonction du nouveau parlement le deuxième lundi de juin prochain. Elle rappelle au gouvernement haïtien qu'en l'absence d'un parlement, les fonds mis à la disposition du pays, soit plus de 500 millions d'euros, ne pourront pas être débloqués. La Commission européenne et les Etats membres de l'UE sont invités à accorder la priorité à l'aide judiciaire, à l'éducation aux droits de l'homme et à la formation de la police nationale haïtienne ainsi qu'à l'amélioration des conditions de détention.
Présentant le rapport de la délégation de la commission du développement du Parlement européen, qui s'était rendue en Haïti en octobre dernier, la sociale-démocrate allemande Karin Junker a critiqué le rôle joué en arrière-plan par la bourgeoisie. Elle a aussi déploré le manque de fiabilité de la police et du système judiciaire.
Le sénateur haïtien Samuel Madistin a critiqué ce rapport qu'il juge "perfectible" et dont il s'est attaché à corriger certaines inexactitudes. Il s'est demandé si l'aide apportée par les bailleurs de fonds les autorisent à dicter le choix des responsables politiques. Après avoir souligné les problèmes d'exécution du contrat obtenu par une entreprise espagnole pour la construction de la route nationale 3 (il a dit que seulement 20% des travaux étaient exécutés après 20 mois), M. Madistin a demandé une révision des procédures d'appel d'offres de la Commission européenne, qui privilégient trop souvent des entreprises de l'UE. La verte suédoise Inger Schörling a aussi émis des critiques vis-à-vis d'un rapport qui ne dit mot des problèmes d'environnement en Haïti. Le député de la République dominicaine José de Jésus Rijo Presbot a jugé inacceptables les allégations de caractère raciste qui se trouvent dans le rapport de Mme Junker.
Au nom de la Commission européenne, M. Theodorakis a rappelé qu'une deuxième tranche d'aide a été approuvée, sous condition, et que tous les projets ont été lancés. Il a reconnu que des problèmes sont apparus dans la progression des travaux de construction de la RN 3, mais la Commission a pris les mesures nécessaires pour un nouvel appel d'offres.
10) Guinée Bissau. En adoptant une résolution commune aux groupes ACP et européen, l'Assemblée paritaire salue l'évolution qui a permis le retour de la paix et de la démocratie. Elle reconnaît qu'il appartient au peuple de Guinée Bissau de décider seul de son destin, sans ingérence étrangère (allusion au rôle joué pendant la guerre par certains pays voisins: NdR). L'Assemblée demande à l'UE et à ses Etats membres de relancer l'aide au développement en faveur de la Guinée Bissau et lance un appel pour l'annulation de sa dette extérieure.
Lors du débat, le député de Guinée Bissau, Nicolau Dos Santos, a rappelé qu'à la suite des élections, les institutions démocratiques ont recommencé à fonctionner et a demandé un soutien accru aux efforts de consolidation de l'Etat de droit. Le communiste portugais Joaquim Miranda a estimé que la Guinée Bissau mérite ce soutien. Le président de l'Assemblée nationale du Mali, Ali Nouhoum Diallo, a apporté le soutien de son pays à l'évolution en Guinée Bissau et a plaidé pour une aide plus importante. Il a aussi formulé l'espoir, qu'avec l'arrivée au pouvoir de la nouvelle équipe sénégalaise, la coopération dans la sous-région permettra d'atteindre l'objectif de stabilité tout en répondant aux attentes de la population.