La Présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a présenté, mardi 9 juin, le 21e paquet de sanctions à l’encontre de la Russie.
Énergie. Soulignant que le conflit au Moyen-Orient et les perturbations des chaînes d'approvisionnement énergétique mondiales avaient « quelque peu atténué » la pression sur la Russie, Ursula von der Leyen a proposé de suspendre le mécanisme d’ajustement du plafonnement des prix du pétrole russe jusqu’en janvier prochain. « Cela permettra aux marchés pétroliers de se stabiliser tout en maintenant la pression sur les recettes de la Russie », a-t-elle expliqué devant les médias.
La présidente souhaite inscrire 30 navires supplémentaires sur la liste des sanctions, en plus des 632 déjà sanctionnés. « Pour la première fois, nous ciblons également les navires qui assistent la flotte parallèle, par exemple en assurant le soutage », a expliqué Mme von der Leyen, qui a ajouté que des infrastructures critiques, telles que les ports, les aéroports ou les raffineries, qui commercialisent ou transforment le pétrole russe, seraient aussi ciblées.
Enfin, la Commission propose de restreindre la vente de méthaniers à la Russie, comme c’est le cas pour les pétroliers.
Les recettes énergétiques auraient chuté d'environ 40% début 2026.
Finances. De plus, la Commission compte étendre les interdictions de transactions à 31 banques russes supplémentaires et à 20 banques, entreprises ou plateformes de cryptomonnaies et négociants pétroliers de pays tiers qui ont fourni des services à des entités et des personnes russes sanctionnées ou qui ont contourné les mesures européennes.
« Pour la première fois, nous envisageons la possibilité d'une interdiction totale des services liés aux cryptomonnaies dans les pays tiers. Cette mesure constituera un puissant moyen de dissuasion pour les plateformes d'hébergement de ces pays qui aident la Russie à contourner nos sanctions », a expliqué Mme von der Leyen.
Commerce. La Commission met aussi en avant de nouvelles restrictions à l'exportation de biens et technologies utilisés par l'industrie militaire russe, par exemple de métaux et d'alliages utilisés dans les secteurs de l'aérospatiale et de la défense. Elle propose aussi, concernant les drones, de nouvelles interdictions d'exportation pour les équipements de soutien au sol, les systèmes de brouillage et de lancement, entre autres.
Des nouvelles sanctions ciblées porteront sur « plus de 30 désignations dans la fabrication de drones, ainsi que de nouvelles mesures de contrôle des exportations visant 50 entreprises, dont des entités basées en Chine, en Turquie, au Kirghizistan, au Kazakhstan, aux Émirats arabes unis et en Inde », a précisé la Haute Représentante de l’UE, Kaja Kallas, sur X.
La Commission entend aussi imposer de nouvelles interdictions d'importation sur un certain nombre de marchandises d'une valeur de 60 millions d'euros : certains métaux, minerais et pièces automobiles. « Nous souhaitons consolider la diversification de l'Europe et réduire sa dépendance aux importations russes », a précisé Mme von der Leyen.
Pêche. La Commission propose en outre de s’attaquer, pour la première fois, au domaine de la pêche, avec « des restrictions substantielles sur les importations de certains produits de la pêche et une interdiction totale pour d'autres, notamment le cabillaud ».
La présidente a précisé que l’UE comptait harmoniser les restrictions commerciales avec la Biélorussie pour que le pays ne puisse pas servir de porte dérobée au commerce russe.
Enfin, Mme von der Leyen a repris à son compte la proposition estonienne d’interdire l'entrée des anciens combattants russes dans l'Union européenne. « L'Europe restera donc interdite à quiconque a participé à l'invasion de l'Ukraine, tout simplement », a-t-elle précisé.
Selon Mme Kallas, la proposition comprend des sanctions ciblées concernant plus de 170 personnes et entités, « notamment dans les secteurs de la finance, de l'énergie et de la production de drones », soit « le plus important ensemble de mesures ciblées depuis plus de deux ans ». Cela s’ajoute aux « 81 noms que le Conseil des affaires étrangères adoptera la semaine prochaine, visant la 'flotte fantôme' russe, son complexe militaro-industriel, les auteurs de violations des droits de l'homme et les propagandistes », a-t-elle annoncé.
Interrogée, lors de son voyage en Irlande, sur une raffinerie d'alumine détenue par une entreprise russe dans le pays, alumine qui aurait servi à produire des armes en Russie, et l'absence de mesures à l'encontre de l'exportation de l'alumine dans le 21e paquet de sanctions (EUROPE 13883/17), Mme Kallas a expliqué que ce cas montrait « qu'il est nécessaire d'examiner également les matériaux dont la Russie a besoin pour poursuivre ses activités ».
« Nous devons faire preuve d'innovation et de créativité pour élaborer les prochaines sanctions, car notre objectif est de mettre fin à cette guerre. Elle prendra fin lorsque l'agresseur sera à court d'argent ou de matériel pour continuer », a-t-elle ajouté. (Camille-Cerise Gessant)