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Bulletin Quotidien Europe N° 13870
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PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN / Agriculture

Les eurodéputés accueillent diversement le plan d’action de la Commission européenne sur les engrais

Les groupes politiques du Parlement européen ont réagi de manière contrastée au plan d’action sur les engrais présenté mardi 19 mai par la Commission européenne (EUROPE 13870/2). Si certains ont salué des avancées sur la sécurité d’approvisionnement et la flexibilité des règles environnementales, d’autres ont estimé que le texte restait insuffisant face à la crise des coûts et à la dépendance structurelle de l’UE. Les groupes Verts/ALE et La Gauche ont dénoncé une réponse trop centrée sur les engrais chimiques et insuffisamment axée sur la transition agricole (EUROPE 13862/7). 

Carmen Crespo Díaz (PPE, espagnole) a soutenu le développement des engrais issus du lisier transformé (RENURE) et la promotion d’alternatives comme les biostimulants, mais a demandé une révision de la directive 'nitrates' pour mieux prendre en compte les réalités des régions méditerranéennes. Elle a plaidé aussi pour l’ouverture de nouveaux corridors commerciaux pour l’ammoniac vert avec l’Afrique et le Moyen-Orient ainsi que pour une réduction de l’impact du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM) et du système d'échange de quotas d'émission de l'UE (ETS) sur les engrais, voire une suspension de certains droits de douane.

Pour Dario Nardella (S&D, italien), le plan doit constituer un « changement de paradigme ». Il a demandé de reconnaître les engrais comme intrants stratégiques, de renforcer la production et le stockage européens et de diversifier les approvisionnements et de mieux articuler la politique des engrais avec la transition énergétique. Il a souligné également le rôle du digestat dans une logique d’économie circulaire.

Carlo Fidanza (CRE, italien) a jugé le plan globalement positif, notamment sur la flexibilité accordée en matière de directive 'nitrates' et l’ouverture aux digestats. Il a toutefois demandé des ajustements sur le CBAM et l'ETS, estimant que les coûts restent trop élevés pour les exploitations agricoles.

Céline Imart (PPE, française) a estimé que le plan ne répond pas suffisamment à l’urgence. Elle a déploré notamment l’absence de suspension du CBAM.

Thierry Mariani (PfE, français) a dénoncé des erreurs stratégiques de l'UE en matière d’engrais, notamment avec les « sanctions contre la Russie et la Biélorussie, qui représentent environ 20% de l’offre mondiale d’azote et 40% de la potasse. Il faut lever ces sanctions absurdes, si l’objectif est réellement de faire baisser les prix », selon lui.

« L’utilisation circulaire de fumier animal non transformé comme substitut aux engrais chimiques doit devenir possible, sous certaines conditions et pour certaines cultures, par exemple les prairies », a estimé Benoit Cassart (Renew Europe, belge). 

Thomas Waitz (Verts/ALE, autrichien) a estimé que l’agriculture biologique et agroécologique démontre déjà la possibilité de réduire fortement, voire de supprimer, les engrais chimiques. Selon lui, le plan traite les symptômes plutôt que les causes.

Per Clausen (La Gauche, danois) a jugé que le plan n’aborde ni la dépendance structurelle de l’UE à l'égard des importations ni les impacts environnementaux de la production d’engrais.

La présidente du groupe Renew Europe, Valérie Hayer, a estimé devant la presse que le plan « va dans le bon sens », mais qu'il doit être complété par un soutien à une filière européenne de production d’engrais afin de réduire les dépendances extérieures et renforcer l’autonomie stratégique.

Bas Eickhout (Verts/ALE, néerlandais) a souligné la forte dépendance des engrais à l'égard des énergies fossiles et appelé à accélérer la transition vers des alternatives durables.

Enfin, la coprésidente du groupe La Gauche, Manon Aubry, a estimé que le plan ne constitue pas une réponse suffisante et a appelé à des mesures de contrôle des prix et à une taxation des profits des grandes entreprises énergétiques.

Après le débat au Parlement européen, le commissaire européen à l’Agriculture, Christophe Hansen, a précisé que la réserve agricole de l’UE dispose actuellement d’un peu plus de 200 millions d’euros (sur un total de 450 millions) et qu’il devrait être « possible, au minimum, de doubler ce montant, sous réserve de l’accord de l’autorité budgétaire ».

Il a répété que la suspension du CBAM « reviendrait à prolonger une concurrence déloyale avec des pays tiers », ce qui risquerait d’entraîner de nouvelles fermetures d’usines européennes d’engrais, comme cela a déjà été observé notamment en Roumanie. À long terme, une telle décision affaiblirait encore davantage la souveraineté européenne.

En revanche, il a reconnu que les coûts supplémentaires induits par le CBAM doivent être compensés, d’une manière ou d’une autre, et a assuré que la Commission y travaillait.

Quant à l’ETS, la révision à venir devra permettre de « soutenir la décarbonation industrielle, y compris dans la filière des engrais, tout en préservant la capacité de production européenne et en tenant compte des besoins des agriculteurs », a conclu M. Hansen.

Lien vers le plan d'action : https://aeur.eu/f/lyr (Lionel Changeur, avec la rédaction)

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