Le chef du Comité militaire de l'OTAN, l'amiral Giuseppe Cavo Dragone, a estimé, mardi 19 mai, que les Alliés devaient augmenter de manière considérable le rythme de déploiement des capacités de défense nécessaires à la protection du territoire.
« Le rythme de livraison et la mise en service de toutes les capacités nécessaires à notre dissuasion et à notre défense exigent une augmentation et une amélioration considérables », a-t-il prévenu à l’issue d'une session des chefs d'état-major des pays de l'OTAN.
Selon lui, il est impératif de transformer les engagements financiers pris au sommet de La Haye en résultats concrets, « avec une mise en œuvre plus rapide afin d'atteindre un niveau de préparation accru et une dissuasion renforcée ».
« Nous ne sommes pas en guerre, mais nous ne sommes pas en paix non plus. C'est pourquoi nous devons redoubler d'efforts pour concentrer les investissements dans la défense, conformément à nos engagements », a insisté Giuseppe Cavo Dragone, qui a appelé « fermement » l’industrie de la défense à accélérer sa production et à adapter son modèle économique à cet impératif. Il a plaidé pour la fin de la fragmentation : « Nous risquons de nous disperser, ce qui pourrait constituer le principal risque lorsque davantage de fonds seront disponibles ».
« L'Ukraine et le Moyen-Orient nous montrent que la guerre est désormais marquée par la rapidité, la puissance de feu, les logiciels, les drones, la guerre électronique, l'espace et les données. Autant de domaines où nous avons encore beaucoup à faire », a souligné pour sa part le commandant suprême allié pour la transformation de l'OTAN, l’amiral Pierre Vandier. « Si nous voulons gagner en puissance et en rapidité, nous devons savoir comment construire vite, produire à grande échelle, nous adapter rapidement et obtenir un véritable impact opérationnel. Il nous faut également identifier les segments de notre base industrielle capables de répondre à ces exigences », a-t-il précisé.
Au-delà des capacités de défense, Pierre Vandier a rappelé qu’il fallait des forces armées capables de s'adapter, ce qui, selon lui, implique un entraînement plus rigoureux et plus réaliste. « Cela implique des architectures de cloud, de données et d'IA permettant aux nations de partager des informations, de connecter les systèmes, de décider plus rapidement et de garantir la résilience en cas de dégradation des communications. L'enjeu n'est pas l'innovation en elle-même, mais sa mise en œuvre », a-t-il ajouté.
Le redéploiement américain n’aura pas d’incidence sur la sécurité. De son côté, le commandant suprême des forces alliées en Europe, le général américain Alexus G. Grynkewich, est revenu sur l’annonce américaine de retirer 5 000 hommes d’Europe.
« Cette décision n'a aucune incidence sur la mise en œuvre (des) plans régionaux » de l’OTAN, a-t-il promis. Selon lui, plus les Alliés européens renforcent leurs capacités, plus les États-Unis peuvent réduire les leurs en Europe et les consacrer à d'autres priorités mondiales. « Nous continuerons à travailler (…) afin de garantir une couverture adéquate et un déploiement optimal pour maintenir notre force de dissuasion », a-t-il expliqué, tout en prévenant qu'« à plus long terme, nous devons nous attendre à des redéploiements supplémentaires, à mesure que l'Europe renforce ses capacités et s'engage davantage dans la défense conventionnelle du continent ». Alors que d’autres redéploiements américains devraient donc avoir lieu, Alexus G. Grynkewich n’a pas pu donner de calendrier précis, expliquant cependant qu’il s’agirait d’un processus « continu pendant plusieurs années ».
Lors d'un débat sur ce sujet au Parlement européen, la Haute Représentante de l'UE, Kaja Kallas, a estimé que malgré ces départs, « l’engagement de l’OTAN envers la dissuasion demeure intact ». « L'OTAN maintiendra une forte présence sur son flanc est, car il est hors de question de paraître faible. La présence de soldats américains en Europe est dans notre intérêt, mais aussi dans celui des États-Unis. Le message est clair : l'Europe doit assumer une plus grande responsabilité en matière de défense », a-t-elle ajouté.
Coopération avec l'UE. Lors de leur session, les chefs d'État major ont également rencontré le chef du Comité militaire de l'Union européenne, le général irlandais Seán Clancy, « afin de faire progresser la coopération OTAN-UE sur des questions militaires concrètes et essentielles », a précisé l'amiral Giuseppe Cavo Dragone. « Nous consolidons notre partenariat déjà solide. (…) En unissant nos efforts complémentaires et en nous renforçant mutuellement, nous pouvons accomplir bien plus », a-t-il plaidé.
Interrogé sur la proposition espagnole, mais aussi du commissaire européen à la Défense, Andrius Kubilius, d’une armée européenne, le chef du Comité militaire de l'OTAN a fait part de son opposition. « On ne peut donc pas parler d'une armée européenne ; c'est un oxymore, un non-sens, car l'OTAN n'a pas d'armée et chaque nation conserve la souveraineté de ses armées. Ce sont elles qui décident de leurs actions. Et elles nous fournissent, à nous, l'OTAN, tout ce dont nous avons besoin », a-t-il expliqué. Ainsi, selon lui, si l’UE mène une opération militaire, elle utilisera les mêmes armées que l'OTAN.
Giuseppe Cavo Dragone a rappelé que l'Alliance disposait d'une chaîne de commandement solide, de plans d'orientation opérationnelle, et que l’UE, quant à elle, avait « une grande capacité de financement et un important levier sur l'industrie » et un pouvoir réglementaire.
« En résumé, nous sommes complémentaires par nature et nous devons nous y tenir, non seulement pour éviter les doublons, mais aussi le gaspillage d'argent, de temps et d'énergie », a-t-il conclu.
Moyen-Orient et Ukraine. Revenant sur le Moyen-Orient, M. Grynkewich a précisé que les Alliés étaient « tous d’accord » sur le fait qu’il est dans leur intérêt de garantir la liberté de navigation dans les eaux internationales. « Nos alliés se mobilisent », a-t-il expliqué, rappelant que des navires, notamment de Belgique, de France, d’Italie, d’Allemagne et du Royaume-Uni, étaient déployés dans la région.
Interrogé sur les conditions pour une participation de l’OTAN à une opération dans le détroit, il a précisé qu’il fallait « une décision politique » pour qu’une planification militaire ait lieu, tout en confiant qu’il réfléchissait à la manière dont l’Alliance pourrait apporter son aide dans le détroit.
Enfin, les chefs d’État-major sont également revenus sur le soutien « indéfectible » de l’Alliance à l’Ukraine et au renforcement de ses forces armées pour les combats d'aujourd'hui et la sécurité de demain. Face aux inquiétudes sur le fonctionnement de l’initiative PURL, Alexus G. Grynkewich a assuré que « tout ce que les Alliés ont financé est en cours d'acheminement, y compris les intercepteurs de défense aérienne dont les Ukrainiens ont un besoin urgent ». Il a rappelé que l’Ukraine avait besoin « d'un soutien constant et prévisible de la part de ses alliés », et que ce soutien demeurait « crucial ». (Camille-Cerise Gessant)