Indignation - le mot est faible pour décrire l'état d'esprit des eurodéputés face au récent scandale des 'deepfakes' sexuels générés par Grok, l'intelligence artificielle du réseau social X (EUROPE 13779/14). Un débat a ainsi été ajouté à l'ordre du jour de la session plénière de ce mardi 20 janvier, à Strasbourg, sur l'urgence pour l'UE de lutter contre ces dérives appliquant pleinement ses règles numériques - à savoir le règlement sur les services numériques (DSA).
« Imaginez des photos de vos propres enfants utilisées pour générer du contenu sexuel en ligne. C'est horrible, et c'est la réalité de plusieurs parents et de plusieurs femmes aujourd'hui en Europe », a condamné Alex Agius Saliba (S&D, maltais).
« Cela ne devrait pas être autorisé par nos règles ; Elon Musk ne peut continuer à agir en toute impunité », a-t-il ajouté en demandant à la Commission d'arriver à un résultat concret dans les enquêtes lancées dans le cadre du DSA (EUROPE 13767/1).
Plusieurs eurodéputés réclament, parallèlement à une sanction contre X, voire à l'interdiction de Grok, la création d'une alternative purement européenne à ce réseau social. Une sorte de X, mais en mieux, qui serait conforme aux règles de l'Union et qui permettrait d'améliorer le débat public et démocratique (EUROPE 13789/10).
D'autres, à la droite de la droite, réfutent la légitimité d'une interdiction de X ou des outils d'IA générative, arguant que l'usage illégal qui en est fait ne doit pas condamner la machine, mais bien ceux qui l'utilisent à mauvais escient.
« Nous semblons découvrir que certains utilisateurs fantasment des usages problématiques de ces technologies. Interdire des outils entiers en raison de leur usage abusif serait une erreur : nous n'avons pas interdit le dessin ou la photographie parce qu'ils peuvent servir à des usages illicites », a remarqué Virginie Joron (PfE, française), dont le groupe est notoirement en faveur des actions et déclarations d'Elon Musk.
Quelques jours après le début de la polémique, la Commission européenne a ordonné à X de conserver toutes les données relatives à son intelligence artificielle, et ce au moins jusqu'à la fin de l'année 2026 (EUROPE 13782/7).
Si, depuis, X a désactivé cette fonctionnalité de Grok et fait en sorte que l'IA ne puisse plus générer ce genre de contenu, la polémique n'est pas retombée pour autant - la réaction de X n'ayant satisfait ni la Commission ni les associations de protection des droits ni les élus.
Pour les eurodéputés, l’affaire est un nouveau test politique de la crédibilité du DSA. Ce débat et les déclarations préalables sont un signal adressé à la Commission, appelée à aller au bout de ses enquêtes, alors que toute démonstration de fermeté européenne sur le terrain numérique est vécue comme une attaque directe du côté des États-Unis. (Isalia Stieffatre)