Les eurodéputés ont déploré, mardi 20 janvier, la brutalité des mollahs iraniens pour étouffer les contestations en Iran, qui aurait fait déjà 4 000 morts depuis décembre ; une partie d’entre eux réclament de nouvelles sanctions et l’inscription des Gardiens de la Révolution sur la liste de l’UE des organisations terroristes.
D’autres, cependant, ont appelé à ne pas exercer d’ingérence étrangère et, au contraire, à lever les sanctions occidentales actuelles, qui ont appauvri la population iranienne sans empêcher l’affaiblissement des Gardiens de la révolution, comme l’a dit le Belge Marc Botenga (La Gauche).
Ce débat a aussi été l’occasion pour certains élus, notamment du PPE, de dénoncer leurs collègues politiques de gauche, à l’image de l’Espagnol Esteban González Pons, qui a déploré l’absence « de flottilles » du PE pour aller défendre le peuple iranien, comme cela a été le cas pour Gaza.
Le président italien du CRE, Nicola Procaccini, a aussi utilisé cet argument, se demandant « où sont dans l’hémicycle des t-shirts colorés » pour défendre l’Iran et le droit des femmes.
Sur un registre moins politisé, le député néerlandais de Renew Europe Bart Groothuis s’en est pris à la France, l’Espagne et l’Italie, qui « bloquent » l’inscription des Gardiens de la Révolution sur la liste de l’UE et a appelé la Haute Représentante pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Kaja Kallas, à faire pression sur ces trois pays.
Giannis Maniatis (S&D, grec) souhaite, lui, que l’UE soit aux côtés du peuple iranien, qui « doit pouvoir décider sans ingérence étrangère ». Il s’agit aussi de tout faire « par le biais diplomatique ».
Mais le chef de file du CRE a rétorqué qu’il ne s’agit pas d’une « ingérence étrangère, mais d’une responsabilité morale » et que « l’UE ne peut rester les bras ballants - elle doit se mobiliser politiquement et diplomatiquement ».
Lors de son intervention, Kaja Kallas a rappelé que « la violence contre les manifestants pacifiques est inacceptable en toutes circonstances et en tout lieu ».
Selon elle, la répression brutale des manifestations « pacifiques et les condamnations de manifestants ne sont que le dernier exemple en date de la détérioration des agissements de l'Iran. Les activités nucléaires illicites de l'Iran, son soutien militaire à la Russie, son soutien à des organisations terroristes au Moyen-Orient, les attaques hybrides sur le sol de l'UE et la détention arbitraire de citoyens européens en sont des exemples ».
L'UE a déjà imposé « des sanctions de grande envergure à l'Iran » et « aujourd'hui, nous proposons de nouvelles restrictions, fondées sur l'expertise, concernant les composants que l'Iran peut utiliser pour la production de drones et de missiles. Ces restrictions limiteront davantage la capacité de l'Iran à alimenter l'agression russe continue contre l'Ukraine », a affirmé Kaja Kallas.
La Haute Représentante a aussi souligné le travail sur « de nouvelles sanctions en réponse à la répression brutale des manifestants par les autorités iraniennes et afin de soutenir les revendications légitimes du peuple iranien. Nous étudions activement les mesures supplémentaires qui peuvent être prises ».
Un projet de résolution commune sera mis aux voix jeudi 22 janvier.
Selon le projet de résolution commune des groupes PPE, S&D, CRE, Renew Europe et Verts/ALE, les députés européens devraient condamner « sans équivoque » la répression brutale et les massacres perpétrés par le régime et exiger la fin du recours à la violence contre les manifestants pacifiques, auxquels qui il rend hommage. Le PE devrait inviter le Conseil à « procéder sans délai » à la désignation complète du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), y compris la milice Bassidj et la Force Qods, comme organisation terroriste et demander des sanctions à l’encontre de tous les responsables iraniens de la répression ainsi que des entités sous le contrôle du Bureau du Guide suprême ou agissant pour son compte. L’UE et ses États membres doivent se préparer à tous les scénarios possibles, y compris un effondrement potentiel du régime iranien, précise le PE, qui demande que des représentants de l’opposition démocratique iranienne soient invités au Parlement européen, « tout en réaffirmant qu’il appartient au peuple iranien de choisir son futur gouvernement ».
Voir le projet : https://aeur.eu/f/kbo (Solenn Paulic avec Camille-Cerise Gessant)