La Haute Représentante de l’UE, Kaja Kallas, et plusieurs représentants des groupes politiques du Parlement européen ont rappelé, mardi 20 janvier, lors d’un débat à Strasbourg, que le Groenland n’était pas à vendre.
« Le Groenland appartient à son peuple. Aucune menace, aucun droit de douane ne le changera, la souveraineté n’est pas à vendre », a souligné Mme Kallas, promettant que l’UE se tenait aux côtés de ce territoire et du Danemark pour défendre leur intégrité territoriale et leur souveraineté.
Pour Villy Søvndal (Verts/ALE, danois), le Groenland ne sera jamais à vendre, que ce soit sous menace militaire ou économique, et il ne faut pas « dépouiller » un peuple du droit de décider de son propre avenir. « La souveraineté n’est pas un bien, ce n’est pas quelque chose qui peut être négocié », a ajouté Christel Schaldemose (S&D, danoise).
Les députés européens ont rappelé que les Européens avaient des outils pour riposter aux menaces américaines. Le même jour, le ministre chypriote des Finances, Mákis Keravnós, a précisé que les ministres de l’Économie et des Finances étaient prêts à prendre toute mesure de suivi « en fonction des directives que nous recevrons des dirigeants européens », qui se réuniront jeudi à Bruxelles.
« Il ne faut pas se contenter de paroles, il faut agir, faire face à cette superpuissance en utilisant le marché qui est le nôtre », a estimé l'eurodéputé Renew Europe Morten Løkkegaard (danois). Reprenant une citation de Theodore Roosevelt, il a expliqué que l’Europe devait tenir des propos aimables tout en étant armée d’un bâton. Et d’ajouter : « Il ne faut rien s’interdire ».
Pour Jordan Bardella (PfE, français), « l’UE n’a pas le droit de se taire ». Selon lui, l’accord commercial avec les États-Unis doit être suspendu, il faut activer « sans délai » l’instrument 'anti-coercition', des mesures ciblées sur les services et les exportations américaines à destination de l’Europe doivent être introduites et la préférence européenne dans le marché de la défense mise en œuvre.
« Il faut utiliser les muscles législatifs que nous avons, le bazooka commercial (outil anti-coercition, NDLR), un élément très clair dont nous disposons. L’Europe est suffisamment forte sur le plan économique pour tenir tête aux États-Unis », a ajouté Per Clausen (La Gauche, danois).
Lors de la présentation des priorités chypriotes du Conseil de l’UE au Parlement européen, plus tôt dans la journée, le président chypriote, Nikos Christodoulides, avait rappelé que la force ne saurait redessiner les frontières de l'Europe. « Et si ce principe venait à disparaître, tout deviendrait négociable, que ce soit en Ukraine, au Groenland ou ailleurs. Il nous faut donc bâtir une architecture de sécurité européenne plus solide, et ce de toute urgence, notamment en renforçant la sécurité arctique », a-t-il plaidé.
Ne pas plonger dans une spirale dangereuse. À Davos, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a rappelé que l’UE partageait les objectifs des États-Unis concernant la sécurité dans la région arctique.
« Nous plonger dans une spirale descendante dangereuse ne ferait qu'avantager les adversaires que nous sommes tous deux déterminés à tenir à l'écart du paysage stratégique. Notre réponse sera donc ferme, unie et proportionnée », a expliqué la présidente de la Commission.
Qualifiant les menaces de droits de douanes américaines d’erreurs, Mme von der Leyen a rappelé que l’UE et les États-Unis ont conclu un accord commercial l’été dernier. « Et en politique comme en affaires, un accord est un accord. Et lorsque des amis se serrent la main, cela doit avoir un sens », a-t-elle souligné.
Le président américain, Donald Trump, sera ce mercredi à Davos, où se tiendra une réunion des « différentes parties » sur le Groenland, selon lui. « Je ne pense pas qu'ils vont résister beaucoup. Nous devons l'avoir », a-t-il déclaré aux médias. (Camille-Cerise Gessant)