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Bulletin Quotidien Europe N° 13790
POLITIQUES SECTORIELLES / Affaires intÉrieures

La question des retours migratoires sera au cœur de la réunion informelle 'Justice et affaires intérieures' à Nicosie cette semaine

La Présidence chypriote du Conseil de l’UE entame son mandat avec une première réunion ministérielle informelle ‘Justice et Affaires intérieures’ prévue à Nicosie, jeudi 22 et vendredi 23 janvier. Chypre, qui a placé l’entrée en vigueur du 'Pacte sur la Migration et l’Asile' au cœur de ses priorités politiques (EUROPE 13782/12), mènera les débats autour de trois enjeux dominants : la gestion efficace des retours de migrants en situation irrégulière, la stabilisation des régions d'origine pour lutter contre les flux irréguliers et la protection de l'espace Schengen.

Retours. En 2024, plus de 450 000 ressortissants de pays tiers ont reçu un ordre de quitter le territoire européen, mais environ 110 000 ont été réellement expulsés, soit une « cadence de retour d'environ 25% », selon une note préparatoire qu'Agence Europe a pu consulter. La situation est identique au premier semestre 2025, avec quelque 355 000 décisions de retour pour environ 81 000 retours effectifs. Ce fossé « mine la confiance du public en la gouvernance migratoire », estime Chypre, et explique la lente finalisation du nouveau Règlement sur les retours, approuvé en décembre dernier par le Conseil.

Syrie et Afghanistan. D'après les documents obtenus par Agence Europe, Chypre souhaite proposer un « cadre d'action holistique » combinant diplomatie et récupération économique, avec une « division du travail » entre États membres. Certains se concentreraient sur le dialogue diplomatique, d'autres sur le renforcement des capacités ou la reconstruction en Syrie. Suite au changement de gouvernement en Syrie, plus de 1,2 million d'individus ont regagné leur pays l'année dernière, particulièrement depuis la Turquie et le Liban. Côté UE, le nombre de Syriens expulsés « augmente rapidement », même si, sur plus de 16 000 décisions émises, seuls 6 000 retours ont été effectifs, soit un taux réel de 38%.

Concernant l'Afghanistan, le défi semble insoluble. Malgré la pression croissante de l'Iran et du Pakistan, qui expulsent massivement les ressortissants afghans (2,8 millions en 2025, selon l'ONU), les retours effectifs restent quasi nuls. Quelque 570 000 Afghans détiennent un titre de séjour valide dans l'UE, tandis que plus de 60 000 sont en situation irrégulière. En 2024, 23 000 décisions de retour ont été émises, mais seuls 440 Afghans ont été réellement renvoyés, dont 115 seulement vers l'Afghanistan. L'absence de documentation des migrants reste l’obstacle majeur sur cette question.

Réintégration des migrants. La Présidence chypriote plaide également pour que les retours et la réintégration ne soient plus envisagés « comme des processus isolés ou purement coercitifs », mais qu'ils s'inscrivent dans des efforts plus larges de développement local. L'agence Frontex et l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) financent déjà de tels programmes, proposant notamment logement, aide à l'emploi et assistance juridique, mais avec une couverture fragmentée. L'ambition chypriote est de les encastrer dans les stratégies nationales de développement des pays d'origine.

Migration inter-UE. Concernant l'espace Schengen, enfin, Nicosie diagnostique une menace croissante liée aux « mouvements secondaires », c'est-à-dire les personnes qui se déplacent entre États membres après leur arrivée. L'une des notes préparatoires déplore que la situation actuelle soit « fragmentée et basée sur des indicateurs approximatifs », mais la mise en œuvre du Règlement Eurodac, le 12 juin prochain, devrait améliorer le suivi en affinant l'enregistrement des données biométriques. Au cours des réunions, la Présidence chypriote exposera ses mesures nationales de sécurité, mais devrait aussi demander aux ministres quels mécanismes de compensation ont fonctionné chez eux. Elle exhorte aussi à éviter les mesures unilatérales qui « sapent la confiance mutuelle » entre les membres de l'espace Schengen. (Justine Manaud)

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