La Commission européenne et la Présidence chypriote du Conseil de l’UE ont invité les ministres de l’Agriculture de l’UE à débattre, mercredi 7 janvier à Bruxelles, de la situation du secteur agricole et à réfléchir ensemble aux pistes de solution concernant les principales préoccupations soulevées par les agriculteurs en fin d’année 2025.
Une lettre d’invitation a été envoyée le 25 décembre, selon nos sources, évoquant « les préoccupations persistantes, notamment concernant l’avenir de la politique agricole commune (PAC) et son financement, la réciprocité des normes de production et le contrôle des importations, ainsi que les impacts de la charge réglementaire et de la hausse des coûts des intrants », selon la lettre consultée par Agence Europe. Une source européenne confirme que les ministres discuteront aussi de l’accord controversé entre l’UE et les pays du Mercosur (EUROPE 13776/3), qui pourrait être signé prochainement (voir autre nouvelle).
Les commissaires Christophe Hansen (Agriculture), Maroš Šefčovič (Commerce) et Olivér Várhelyi (Santé), à l’initiative de l’invitation, assisteront à la réunion qui se tiendra dans les bâtiments de la Commission. La réunion est dite informelle, destinée à organiser un échange de vues, et ne remplacera pas le Conseil de l’Agriculture formel, selon une source européenne.
La France prend les devants. La Commission européenne a annoncé, le 9 décembre dernier, un renforcement des contrôles sur les denrées alimentaires, les animaux et les végétaux entrant dans l’UE (EUROPE 13769/16). Elle a également présenté un paquet de simplification des règles dans le domaine de la sûreté alimentaire (EUROPE 13774/15). La Commission prévoit des mesures visant à s'assurer que les pesticides les plus dangereux, interdits dans l'Union européenne pour des raisons de santé et d'environnement, « ne soient pas réintroduits dans l'UE par le biais des produits importés », a souligné Eva Hrnčířová, une porte-parole de la Commission, lundi 5 janvier.
Cependant, la France souhaite aller plus vite. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, et la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, ont annoncé, dimanche 4 janvier, la suspension, à compter de lundi 5 janvier, des importations en provenance d’Amérique du Sud de denrées alimentaires contenant des résidus de plusieurs substances interdites en Europe.
Les substances concernées (le mancozèbe, le glufosinate, le thiophanate-méthyl et le carbendazime) sont des produits fongicides ou herbicides proscrits au sein de l’UE. La France devra toutefois obtenir l’aval de la Commission dans un délai de dix jours, une approbation qu’Annie Genevard espère obtenir mercredi, lors de son déplacement à Bruxelles.
Selon Sébastien Lecornu, des produits tels que les avocats, mangues, goyaves, agrumes, raisins et pommes, mais aussi les melons, cerises, fraises ou pommes de terre, ne pourront plus entrer sur le territoire français ni y être commercialisés.
Mme Genevard avait annoncé le 8 décembre son intention d’interdire les importations de produits contenant des substances interdites en Europe si la Commission ne prenait pas de mesures en ce sens. Si l’UE interdit l’usage de certaines substances par ses propres producteurs, elle autorise toutefois leur présence dans les produits importés dans la limite de seuils maximaux de résidus. Des seuils que la France juge trop élevés et qu’elle souhaite voir ramener à zéro pour les produits entrant sur son territoire. (Lionel Changeur)