La séquence qui s'ouvre au Venezuela, provoquée par l'enlèvement du président vénézuélien, Nicolás Maduro, par les forces spéciales américaines, crée l'occasion d'une « transition démocratique » pacifique, pilotée par les Vénézuéliens et qui « doit inclure » les opposants Edmundo González et María Corina Machado, a déclaré Anitta Hipper, porte-parole du 'Service européen pour l'action extérieure' (SEAE), lundi 5 janvier.
Deux jours plus tôt, le président américain, Donald Trump, à la manœuvre pour déloger l'autocrate vénézuélien, avait estimé que Mme Machado, lauréate du Prix Nobel de la paix 2025, n'était pas apte à prendre le pouvoir à Caracas. Il affirme depuis que les États-Unis piloteront le Venezuela, manifestant davantage d'intérêt pour les plus importantes réserves en pétrole brut prouvées dans le monde qu'une véritable préoccupation pour la restauration de la démocratie dans le pays caribéen.
Samedi 3 janvier, la Cour suprême vénézuélienne a ordonné la vice-présidente, Delcy Rodríguez, présidente par intérim du Venezuela pour une durée de trois mois renouvelable une fois par le Parlement national. Passé ce délai, la Constitution impose la tenue de nouvelles élections. Mme Rodríguez s'est dite prête à coopérer avec Washington dans le respect du droit international.
L'Union européenne n'a pas reconnu les résultats des élections présidentielles vénézuéliennes de juillet 2024 ayant reconduit au pouvoir Nicólas Maduro (EUROPE 13471/4). Elle a toujours demandé que la volonté du peuple vénézuélien soit respectée, sans toutefois reconnaître comme président légitime M. González, qui était le candidat de l'opposition vénézuélienne, en raison de l'inéligibilité de Mme Machado décrétée par le régime.
Porté par une majorité des groupes PPE, CRE et PfE, le Parlement européen, quant à lui, a franchi ce pas (EUROPE 13486/8) et a aussi réclamé des sanctions visant directement M. Maduro et son cercle rapproché (EUROPE 13564/18).
L'UE unie, hormis la Hongrie. Dimanche 4 janvier au soir, la Haute Représentante de l'UE pour les Affaires étrangères, qui s'est entretenue au téléphone avec son homologue américain, Marco Rubio, a publié une déclaration qu'ont soutenue tous les États membres, sauf la Hongrie.
Dans cette déclaration, l'UE rappelle qu'« en toutes circonstances, les principes du droit international et de la Charte des Nations Unies doivent être respectés », les membres du Conseil de sécurité de l'ONU ayant « une responsabilité particulière dans le respect de ces principes ».
Les vingt-six pays signataires soulignent l'importance du droit du peuple vénézuélien à l'autodétermination. « Respecter la volonté du peuple vénézuélien reste le seul moyen pour le Venezuela de rétablir la démocratie et de résoudre la crise actuelle », estiment-ils, en demandant la libération « sans condition » de tous les prisonniers politiques.
Voir la déclaration de la Haute Représentante : https://aeur.eu/f/k64
Lundi, le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, a justifié le retrait de son pays, estimant qu'il n'était « pas nécessaire » d'avoir une politique étrangère commune sur cette question. L'intervention américaine au Venezuela constitue « un nouveau langage (...) que le monde parlera à l’avenir », a-t-il déclaré, cité par l'AFP. Selon lui, « avec le Venezuela, les États-Unis sont désormais capables de contrôler 40 à 50% des réserves de pétrole mondiales », une telle évolution pouvant faire émerger « une situation énergétique mondiale plus favorable pour la Hongrie ».
Meilleur allié de l'administration Trump dans l'UE, le gouvernement 'Orbán' a aussi entretenu des relations amicales avec le régime Maduro, soutenu par la Russie.
À l'opposé, forte de son réseau latino-américain, la diplomatie espagnole s'active et se propose à nouveau comme médiatrice dans la crise vénézuélienne.
L'Espagne est le seul État membre à avoir signé, avec le Brésil, le Chili, la Colombie, le Mexique et l'Uruguay, une déclaration qui exprime une « préoccupation profonde et le rejet des actions militaires unilatérales entreprises au Venezuela ». « Nous exprimons notre inquiétude face à toute tentative de contrôle gouvernemental, d'administration ou d'appropriation externe des ressources naturelles ou stratégiques, une démarche qui est incompatible avec le droit international et menace la stabilité politique, économique et sociale de la région », soulignent-ils.
Voir la déclaration des six pays : https://aeur.eu/f/k61
Réapparition du clivage gauche/droite. Au sein des familles politiques européennes, personne ne se risque à regretter officiellement le président vénézuélien déchu, même si l'intervention unilatérale américaine soulève de nombreuses questions sur sa légitimité. Les positions exprimées sur les réseaux sociaux oscillent entre, à droite de l'échiquier politique, espoir d'une page nouvelle pour le Venezuela, si les Vénézuéliens seront en mesure de choisir leur destinée, et, à gauche de l'échiquier, une critique plus ou moins marquée de l'interventionnisme des États-Unis dans ce que Washington considère comme sa zone d'influence.
Pour la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, « le Venezuela sera libre » après des années d'oppression. Le PE a toujours prôné le respect du droit international et de la volonté des Vénézuéliens, a-t-elle ajouté.
Le groupe PPE demandera la tenue d'un débat sur la crise vénézuélienne lors de la session plénière débutant lundi 19 janvier à Strasbourg.
Pour son président, l'Allemand Manfred Weber, la déchéance de M. Maduro est « une bonne nouvelle ». La présidente de la délégation espagnole du groupe chrétien-démocrate, Dolors Montserrat, a appelé au respect des résultats des élections présidentielles de juillet 2024 « qu'a gagnées M. González ».
Le président du groupe conservateur, l'Italien Nicola Procaccini, a souhaité une transition démocratique ordonnée et la restauration de l'ordre constitutionnel au Venezuela. Pour son compatriote Carlo Fidanza, « il est frappant d'entendre la gauche rouge-verte, aux côtés de la Russie, de l'Iran et de Cuba, réclamer le respect du droit international, après des années de silence sur un système criminel qui a torturé ses opposants, truqué les élections et affamé son propre peuple ».
Tentant la synthèse, la présidente du groupe Renew Europe, la Française Valérie Hayer, a déclaré : « Le Venezuela mérite un avenir démocratique que le dictateur Nicolás Maduro lui a refusé. Or, l'intervention militaire de l'administration Trump au Venezuela contrevient aux fondements du droit international. (...) Une telle incursion ne doit jamais servir de modèle ».
Au nom du 'Parti des socialistes européens' (PSE), le Suédois Stefan Löfven a estimé que « le recours à la force militaire contre un pays souverain sans mandat de l'ONU - dans le but évident de renverser le régime - met en péril les principes mêmes sur lesquels le monde a été reconstruit après la Seconde Guerre mondiale ». Il a qualifié de « profondément déconcertante » la position prudente de certains dirigeants européens, tout en louant les déclarations « fermes » des Premiers ministres socialistes du Danemark, Mette Frederiksen, notamment sur le Groenland (EUROPE 13779/5), et de l'Espagne, Pedro Sánchez.
Enfin, au sein de la gauche radicale, la délégation du 'Mouvement 5 étoiles' a dénoncé l'agression, « une fois de plus », des États-Unis contre un État souverain. « Ce n'est pas avec une politique impérialiste que l'on instaure la paix et il est temps que l'UE cesse d'utiliser des doubles standards honteux qui l'affaiblissent aux yeux de la communauté internationale », a-t-elle affirmé. (Mathieu Bion)