Le directeur général de l’Agence spatiale européenne, Josef Aschbacher, a annoncé, jeudi 27 novembre, un chiffre record de contribution des États membres de l’ESA pour le prochain budget triennal (2026-2029) : 21,7 milliards d’euros, sur les 22,2 demandés. Cela représente une hausse de 32% (17% en tenant compte de l'inflation) par rapport au budget décidé en 2022. Mardi 2 décembre, l'ESA a annoncé un chiffre révisé de 22.3 milliards d'euros. Il y a trois ans, le budget agréé avait été de 16,9 milliards sur les 18,5 milliards demandés (EUROPE 13069/18).
« C'est incroyable ! C'est un message unique et tellement important pour l'Europe. Et une marque de confiance envers notre agence, pour la bonne gestion des fonds. C’est un immense succès ! », a résumé M. Aschbacher aux médias, un large sourire aux lèvres.
« Je pense que le message que l'Europe doit rattraper son retard, intensifier ses efforts et littéralement propulser l'avenir de l'Europe dans l'espace a été pris très au sérieux par nos ministres », a-t-il ajouté.
« Le résultat (de la ministérielle) est remarquable. Il s'agit vraiment de fournir un pont crucial pour le financement spatial européen jusqu'à ce que le prochain budget pluriannuel (de l'UE) soit mis en place », a confirmé, devant la presse, le commissaire européen à la Défense et l'Espace, Andrius Kubilius.
M. Aschbacher a détaillé certains chiffres. Le volet 'observation de la Terre' se voit attribuer 3,5 milliards (2,852 dans la proposition). Il a notamment salué le budget alloué au transport spatial de 4,4 milliards, alors qu’il proposait 3,895 milliards. « Cela représente une augmentation considérable par rapport aux souscriptions précédentes », a expliqué M. Aschbacher.
Le programme scientifique se voit attribuer 3,787 milliards d'euros, comme proposé, les États membres garantissant une augmentation de 3,5% par an au-delà de l'inflation. La connectivité et les communications sécurisées atteignent près de 2,1 milliards de dollars (1,945 dans la proposition) et la sécurité spatiale 957 millions (933). L’exploration robotique et humaine subit, à l’inverse, une forte baisse par rapport à ce qui figurait dans la proposition du directeur général, passant de 3,773 milliards à 2,98.
L’Allemagne reste le plus gros contributeur au budget avec 5,1 milliards d'euros (23,11% du total), devant la France (3,6 milliards) et l’Italie (3,5). L’Espagne double sa contribution par rapport à 2022, passant de 920 millions à 1,85 milliard. Le pays passe devant le Royaume-Uni, qui réduit légèrement sa contribution (1,878 à 1,7 milliard d’euros). La Suède et la Roumanie baissent aussi leurs contributions par rapport à 2022. La Belgique dépasse aussi le milliard (1,1).
La contribution du Canada, partenaire, fait un bond de 400% (de 81 à 408 millions).
Renforcer la coopération avec l'UE et la sécurité. Au-delà des chiffres, la réunion ministérielle a été l’occasion de plaider pour le renforcement de la coopération entre l’Agence et l’Union européenne pour « accroître les synergies et tirer pleinement parti des capacités de l'ESA afin de garantir l'efficacité et l'efficience du secteur spatial européen ».
Le Conseil ministériel a également donné instruction à l'Agence de donner suite à la proposition relative à la résilience européenne depuis l'espace (‘European space resilience’ ou ERS) (EUROPE 13760/23).
« Le cadre intergouvernemental de l'ESA fournit les compétences et les outils nécessaires au développement des technologies et des systèmes spatiaux [...] pour la sécurité et la défense et à la mise en œuvre des activités correspondantes », souligne la résolution adoptée par les ministres (https://aeur.eu/f/jph ).
« ERS consiste à utiliser ce qui se fait de mieux en matière d'observation de la Terre, de navigation et de communications sécurisées, en particulier pour accéder rapidement à une solution et à des images récentes depuis l'espace. Cela constituera un soutien considérable à des fins humanitaires, de réduction des risques de catastrophe et d'atténuation du changement climatique, mais cela répond également à un objectif de défense non agressive », a résumé M. Aschbacher.
Il a été décidé, lors de la réunion, que les inscriptions resteraient ouvertes jusqu'à l'année prochaine afin de permettre aux États participants d'intégrer ce nouveau programme.
Discussion sur un projet de nouveau centre de sécurité. Lors du Conseil, l’ESA et la Pologne ont annoncé qu’ils envisageaient la création d'un nouveau centre de l'Agence dédié à la sécurité, qui serait implanté en Pologne. Ce centre viendrait compléter les activités existantes en matière de sécurité et de résilience et contribuerait au développement efficace et cohérent des capacités européennes en matière de sécurité et de résilience spatiales.
Les exigences techniques, les aspects thématiques et le financement du centre envisagé vont désormais être examinés. Le Conseil de l'ESA sera informé des conclusions de cette étude au cours de l'année 2026.
Centre spatial arctique. En marge du Conseil, l'Agence a signé avec la Norvège une lettre d'intention afin de développer le projet d'un nouveau Centre spatial arctique de l'ESA, qui serait basé à Tromsø.
Selon l’Agence, les technologies et services spatiaux peuvent contribuer à la surveillance et à l'atténuation du changement climatique, tout en soutenant le développement durable, la sécurité civile et la gestion de l'énergie dans la région arctique. Tromsø abrite déjà le centre de contrôle de la mission du satellite météorologique arctique (AWS).
L'ESA et l'Agence spatiale norvégienne (NOSA) vont former un groupe de travail commun composé d'experts afin d'examiner les possibilités d'un tel centre spatial arctique. Le groupe de travail rendra compte avant fin 2026 de la portée proposée pour le centre, ainsi que des priorités thématiques, du modèle de gouvernance et du calendrier de mise en œuvre. Sous réserve du développement de son champ d'action opérationnel, le Centre spatial arctique devrait travailler en particulier dans les domaines de l'observation de la Terre, de la navigation et des télécommunications, et collaborer étroitement avec les parties prenantes de toute la région arctique.
Artemis. Par ailleurs, le directeur général et les ministres allemande, français et italien ont annoncé que les trois prochains astronautes qui vont voler sur le programme Artemis d’exploration spatiale de la NASA seraient allemand, français – il devrait s'agir de Thomas Pesquet – et italien. Le premier sera l'Allemand. (Camille-Cerise Gessant)