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Bulletin Quotidien Europe N° 13697
REPÈRES / Parlement europÉen

La présidente de la Commission invitée à donner des gages à la majorité 'von der Leyen', malmenée par sa propre famille politique

De l'avis d'un diplomate chevronné, si l'on compare le vote positif du Parlement européen de novembre 2024 (401 voix) ayant adoubé la Commission 'von der Leyen II' (EUROPE 13456/1) et le vote négatif de juillet 2025 (360 voix contre) ayant rejeté la motion de censure visant ce même Collège (EUROPE 13678/1), la Commission européenne n'a pas laissé trop de plumes lors de ce deuxième test de légitimité, six mois seulement après le début de la mandature.

Outre le fait que la barre à atteindre est très haute (majorité des deux tiers des suffrages exprimés) pour faire tomber la Commission, l'issue du vote du Parlement ne laissait guère de doute. Les groupes politiques pro-européens avaient annoncé rejeter l'initiative du conservateur roumain Gheorghe Piperea.

Le débat sur la motion de censure, début juillet à Strasbourg, a néanmoins mis en lumière l'animosité qui règne entre les familles politiques ayant approuvé la Commission, réunies sous une bannière 'pro-UE, pro-État de droit, pro-Ukraine'. Les sociaux-démocrates (S&D), le centre droit (Renew Europe) et les écologistes (Verts/ALE) ont fustigé l'attitude des chrétiens-démocrates (PPE), la famille politique de Mme von der Leyen.

« Vous êtes en train d'alimenter la Bête et, à un certain moment, la Bête vous dévorera ! », a lancé le Néerlandais Bas Eickhout au président du groupe PPE, l'Allemand Manfred Weber, à propos de ses alliances - de conviction ou opportunistes - avec les groupes extrémistes et europhobes.

Pour la présidente du groupe Renew Europe, la Française Valérie Hayer, les alliances « dangereuses » des chrétiens-démocrates avec l'extrême droite « mettent en danger l'équilibre institutionnel et risquent de paralyser la capacité de l'UE » à apporter des réponses à des enjeux existentiels comme l'aide à l'Ukraine ou la défense des normes démocratiques.

En quoi bloquer, avec le soutien des groupes conservateur CRE et d'extrême droite PfE et ENS, la constitution du comité d'éthique européen (EUROPE 13640/25) s'inscrit-il dans une démarche pro-UE et pro-État de droit ?

Désormais incontournables dans l'hémicycle, les chrétiens-démocrates mettent ce pouvoir au service de leurs seuls intérêts, quitte à tourner le dos à la majorité 'von der Leyen'. Arrêtées fin 2024 pour remettre de l'ordre dans cette majorité après l'épisode révélateur des auditions de confirmation des commissaires européens (EUROPE 13531/1), les orientations censées guider au PE les travaux de la majorité 'von der Leyen' semblent avoir peu d'effet sur M. Weber.

Le Bavarois assume l'alliance avec les délégations belge, italienne et tchèque du groupe CRE. Il ne s'offusque pas du soutien qu'accordent aux chrétiens-démocrates les souverainistes eurosceptiques et les groupes d'extrême droite (PfE et ENS) pour durcir la politique migratoire de l'UE, remettre en cause le 'Pacte vert européen' ou limiter le financement des ONG environnementales. Mais il rejette l'argument selon lequel ces rapprochements minent la crédibilité de la majorité 'von der Leyen'. Il avance des statistiques compilées par ses équipes, selon lesquelles les groupes S&D et Renew Europe auraient gagné plus de votes nominaux avec l'extrême droite que son propre groupe (EUROPE 13672/21).

Les accusations de trahison des engagements proviendraient surtout de la présidente du groupe de centre droit, qui n'accepterait pas que Renew Europe ne soit plus le faiseur de roi de l'hémicycle. Le Bavarois se vengerait-il ainsi du président français, Emmanuel Macron, qui l'avait jugé inapte à la présidence de la Commission en 2019, lui préférant Mme von der Leyen ?

Face au mécontentement des alliés traditionnels des chrétiens-démocrates, Manfred Weber assure que le PPE est le parti du 'Pacte vert européen'. Mais, selon lui, pour rallier le monde économique autour de l'objectif de neutralité climatique à l'horizon 2050, il faut être pragmatique et tenir compte des impératifs liés à une économie ouverte. D'où les tentatives de gel, ou d'élagage, de textes législatifs phares du mandat précédent, comme la proposition sur les allégations vertes.

L'argument de M. Weber est aussi le suivant : en annonçant des objectifs climatiques dogmatiques, l'UE fournit des arguments aux europhobes, qui agitent l'épouvantail de l'écologie punitive, en vue d'élections nationales à venir. La délégation tchèque lui aurait demandé que le Parlement européen ne prenne pas position sur l'objectif climatique à l'horizon 2040 avant les élections législatives de début octobre. Cela expliquerait pourquoi, sans le soutien du groupe PPE, la demande des groupes pro-européens que le Parlement se saisisse en urgence de ce dossier a été rejetée (EUROPE 13677/3).

Il convient aussi de rappeler que, lorsqu'elle tient bon, la majorité 'von der Leyen' décline le programme législatif de la Commission. L'exercice de simplification réglementaire s'effectue à marche forcée. Sur le cadre renforcé de gestion de crise bancaire, les eurodéputés sont restés unis, seul moyen de peser face aux États membres dans les négociations interinstitutionnelles. À suivre...

Mathieu Bion

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