La question des modalités de réduction du chalutage de fond dans les zones marines protégées constitue un des enjeux de la conférence des Nations unies sur les océans, organisée à Nice du 9 au 13 juin (EUROPE 13656/8).
Les ONG Sciaena et Seas At Risk ont salué, mercredi 11 juin, les annonces du Portugal concernant l’extension des zones marines protégées. D’ici la fin de l’année, le mont sous-marin Gorringe (au sud-ouest du cap Saint-Vincent) verra son statut de protection renforcé, avec une extension de la zone protégée dans son ensemble et la désignation d’une partie comme zone intégralement protégée. La ministre portugaise de l’Environnement, Maria da Graça Carvalho, a réaffirmé à Nice l’engagement du Portugal à protéger environ 30% de son espace maritime national d’ici 2030.
Les ONG demandent surtout aux pays de l’UE de bannir les chaluts de fond dans les zones marines protégées.
Le commissaire européen à la Pêche, Costas Kadis, a déclaré à Nice : « Nous devons élargir le réseau d’aires marines protégées et les gérer efficacement ». Cela signifie développer un plan de gestion spécifique pour chaque zone afin de déterminer quelles activités économiques y sont possibles, a-t-il rappelé. « Si l’objectif est de protéger les fonds marins, alors le chalutage ne devrait absolument pas être autorisé dans cette zone. Si l’on cherche plutôt à protéger des espèces pélagiques ou des oiseaux, ce sont les scientifiques qui nous guideront », a-t-il indiqué. Les décisions sur ces zones seront guidées par les données scientifiques, selon Costas Kadis.
Le ministre espagnol de la Pêche, Luis Planas, a critiqué le fait de « de diaboliser une pratique de pêche » comme le chaut de fond. Selon lui, il faut « analyser dans quels lieux et dans quelles conditions » se pratique cette pêche. « Ce n’est pas un élément qui, à mon avis, constitue une agression envers le milieu marin », a-t-il affirmé.
Pour Seas At Risk, il est « inacceptable que le ministre espagnol de la Pêche soit venu défendre le chalutage de fond lors d'une conférence sur la protection des océans. Les chalutiers industriels ne laissent pratiquement aucune vie après avoir raclé les fonds marins ».
Le Tribunal de l'UE a rejeté les recours de l'Espagne contre l'interdiction de la pêche avec des engins de fond dans des zones de pêche protégées (EUROPE 13657/23). L'European Bottom Fishing Alliance (EBFA) a exprimé sa déception après l'arrêt rendu.
La France, de son côté, a annoncé une limitation du chalutage de fond sur 4% des eaux hexagonales. Le président français, Emmanuel Macron, a précisé mercredi que, pour interdire de telles pratiques, « il faut passer à des protections plus fortes ». Avant le sommet des Nations unies sur l'océan, « la France était à 4% de protection forte ; elle va passer après à 14% », s'est engagé le dirigeant français.
L'eurodéputée Isabelle Le Callennec (PPE, française) a défendu une gestion « au cas par cas et avec avis scientifiques » des aires marines protégées, et « non l'exclusion par principe et idéologique du chalutage ». (Lionel Changeur)