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Bulletin Quotidien Europe N° 13656
POLITIQUES SECTORIELLES / Mer

à Nice, des dirigeants du monde défendent des mesures pour protéger les écosystèmes des grands fonds marins

Face au projet unilatéral du président américain, Donald Trump, visant à extraire des galets riches en métaux au fond du Pacifique, des dirigeants du monde entier ont défendu, lundi 9 juin à Nice, lors de la conférence des Nations unies sur les océans, l’adoption de règles communes pour préserver les écosystèmes des grands fonds marins.

« Les abysses ne sont pas à vendre, pas plus que le Groenland, l’Antarctique ou la haute mer », a déclaré le président français, Emmanuel Macron, en ouverture de la conférence qui réunit jusqu'au 13 juin plus de 60 chefs d'État ou de gouvernement, en référence aux déclarations expansionnistes de M. Trump concernant le territoire autonome danois.

M. Macron a renouvelé son appel à un moratoire sur l’exploitation minière des fonds marins, désormais soutenu par 36 pays et l’Union européenne. Il a dénoncé « la folie de lancer une action économique prédatrice qui va bouleverser les grands fonds marins (…), alors que nous n’y connaissons rien ! » En marge de la conférence, une déclaration en ce sens a été signée par 24 pays, dont la France, l’Allemagne et l’Espagne.

Le président du Conseil européen, António Costa, a estimé lui aussi « qu'un moratoire sur l'exploitation minière des grands fonds marins est essentiel ».

« Les grands fonds ne peuvent pas devenir un Far West », a renchéri le secrétaire général de l’ONU, António Guterres.

À l’esprit de tous : Donald Trump prévoit de lancer unilatéralement l’exploitation des nodules de nickel et autres métaux critiques reposant dans les eaux internationales du Pacifique, dans des zones administrées par une autorité onusienne à laquelle les États-Unis n’appartiennent pas.

« Nous voyons planer sur l’océan la menace de l’unilatéralisme. Nous ne pouvons pas permettre qu’il arrive à la mer ce qui est arrivé au commerce international », a déclaré le président brésilien, Luiz Inácio Lula da Silva, appelant à des actions claires de l’Autorité internationale des fonds marins pour freiner cette « course prédatrice » aux métaux sous-marins.

Mais pour protéger des océans déjà surchauffés, surpêchés et pollués, les petits pays du Sud — notamment les îles du Pacifique — maintiennent la pression sur les nations riches, y compris européennes. « Si vous voulez vraiment protéger les océans, prouvez-le », a lancé Surangel Whipps Jr, président des Palaos, appelant les pays développés à alléger leur dette.

Aires marines protégées. Plusieurs pays ont profité de la conférence pour annoncer la création de nouvelles aires marines protégées, notamment la Grèce, le Brésil et l’Espagne, cette dernière sur un quart de ses eaux. La Polynésie française créera ce qui sera, selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), la plus grande aire protégée au monde.

D'autres pays ont annoncé des interdictions localisées du chalutage de fond, à l’image du Royaume-Uni dans la moitié de ses aires marines protégées. La France a suivi dans certaines de ses zones, après concertation avec les pêcheurs, mais les ONG soulignent que cela ne couvre que 4% des eaux métropolitaines.

Le chalutage de fond est très critiqué pour les dommages qu’il cause aux habitats marins sensibles (herbiers, coraux…)

La communauté internationale s’est fixé l’objectif de protéger 30% des mers d’ici 2030, contre seulement 8,36% actuellement. Selon Emmanuel Macron, cette proportion atteindra 12% après les annonces faites à Nice. Cependant, la protection n’implique pas nécessairement l’interdiction de la pêche ou d’autres activités nuisibles, chaque pays définissant son propre niveau d’exigence.

« Au rythme actuel, il faudrait 300 ans pour atteindre l’objectif de 30% », a déploré Emanuel Gonçalves, chef scientifique de la fondation Oceano Azul.

Traité sur la haute mer. M. Macron s’est félicité d’avoir atteint 55 des 60 ratifications nécessaires à l’entrée en vigueur du traité sur la haute mer, ce qui permettrait — avec d'autres engagements — son application dès le 1er janvier prochain.

Selon le service des traités de l’ONU, 18 nouvelles ratifications ont eu lieu le 9 juin, portant le total à 50. D’autres pourraient suivre dans les prochains jours.

« La vague de ratifications du jour est une marée d’espoir et un grand motif de célébration », a salué Rebecca Hubbard, directrice de la High Seas Alliance. Le traité vise à protéger la vie marine dans les eaux internationales, au-delà des 200 miles nautiques (370 km) des côtes.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a salué elle aussi ce traité « crucial pour protéger notre océan au-delà des frontières ». Elle a rappelé que l’Europe contribuerait à hauteur de 40 millions d’euros au programme mondial pour l’océan. « S’il vous plaît, accélérez la ratification », a-t-elle exhorté.

Elle a également évoqué « l’incroyable jumeau numérique de l’océan », un outil technologique pour mieux comprendre et gérer les milieux marins.

Restauration des océans. Mme von der Leyen a présenté le 'Pacte pour les océans' : « Nous nous efforcerons de réduire de moitié la pollution par les plastiques et les nutriments d’ici cinq ans. Nous restaurerons les habitats naturels et protégerons plus efficacement nos côtes contre les impacts du changement climatique. L’objectif est de redonner vie à 20% des écosystèmes marins européens d’ici 2030 »

Pêche et aquaculture. Elle a salué les pêcheurs qui « travaillent sans relâche pour nous nourrir », tout en soulignant les défis auxquels ils font face : événements climatiques extrêmes et concurrence déloyale.

La Commission européenne compte orienter les subventions vers des projets de résilience locale et faire de la pêche artisanale une priorité. Elle travaillera avec les États membres pour garantir un accès équitable aux ressources halieutiques et faciliter le renouvellement des petits navires, notamment dans les régions les plus reculées.

Le Pacte pour l’océan soutiendra la modernisation et la décarbonation des flottes, et aidera les communautés côtières à adopter de nouveaux modèles économiques profitant à la fois à la nature et aux populations. « Ces mesures permettront à l’Europe de produire au moins la moitié de sa consommation marine », a-t-elle affirmé.

Par ailleurs, l’Europe adopte une politique de tolérance zéro contre la pêche illégale. Pour empêcher les déplacements de criminels entre pays, des partenariats régionaux seront instaurés en Méditerranée, en Afrique de l’Ouest et dans le Pacifique. En Europe, un système d’enregistrement numérique des captures empêchera l’entrée de poissons pêchés illégalement sur le marché européen.

Recherche et financements. L’UE investira un milliard d’euros dans 50 projets à travers le monde, destinés aux populations vivant de la mer, aux scientifiques et aux défenseurs de l’environnement. « Nous soutiendrons la pêche durable en Tanzanie, la restauration des mangroves au Guyana et la protection des coraux et prairies sous-marines, qui abritent 20% des stocks halieutiques mondiaux », a conclu Ursula von der Leyen.

Lien vers la déclaration sur les grands fonds : https://aeur.eu/f/h8m  (Lionel Changeur) 

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