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Bulletin Quotidien Europe N° 13656
Invasion Russe de l'Ukraine / Russie

Il faut « réviser le droit de la mer » pour mieux contrôler la 'flotte fantôme' russe, estime Radosław Sikorski

Le ministre polonais des Affaires étrangères, Radosław Sikorski, a estimé nécessaire, lundi 9 juin, de « réviser le droit de la mer » afin de l'adapter à la situation en Mer baltique, où transitent de vieux tankers transportant, parfois sans enregistrement ni assurance, du pétrole russe.

« Dans vos eaux territoriales, vous pouvez faire ce que vous voulez ; dans votre zone économique exclusive, vous pouvez un peu agir ; mais, dans les eaux internationales, vous ne pouvez pratiquement rien faire », a déclaré M. Sikorski, répondant à Varsovie aux questions d'un groupe de journalistes invités par la Présidence polonaise du Conseil de l'UE.

Se référant aux tankers en mauvais état et naviguant en Mer baltique « sous pavillon de complaisance ou parfois même sans pavillon ni assurance », il a plaidé pour une révision de la Convention de Copenhague de 1857 « avant qu'une catastrophe environnementale se produise » et coûte des milliards d'euros à la collectivité.

Le Danemark et l'Allemagne ont récemment arraisonné deux pétroliers naviguant ne battant aucun pavillon et sans assurance valable. Nous devons être solidaires avec ces pays et « réviser le droit de la mer », a souligné le ministre.

M. Sikorski a rappelé que, sous Présidence polonaise du Conseil, l'UE avait sanctionné des capitaines et des équipages de pétroliers faisant partie de la 'flotte fantôme' russe (EUROPE 13583/1). Par ce biais, les personnes sanctionnées, si elles recommencent, seront interdites d'entrée dans les ports de l'UE, a-t-il relevé.

De façon plus générale, il a considéré que les Européens devaient faire leur possible pour empêcher les régimes autoritaires d'utiliser à leur profit les lacunes juridiques du monde occidental pour contourner les sanctions adoptées à leur encontre. Ce qui se fait en temps de paix ne devrait plus être possible « en temps de crise », a-t-il considéré.

Satisfait de l'adoption par le Conseil de l'UE de l'instrument 'SAFE' (EUROPE 13649/23), le ministre polonais a repris à son compte les déclarations du général Keith Kellogg, l'Envoyé spécial des États-Unis pour l'Ukraine et la Russie, ayant attribué à l'UE la note de 6/10 dans l'adoption de sanctions visant le Kremlin en raison de l'agression militaire de l'Ukraine, mais de 3/10 sur la mise en œuvre de ces sanctions. « C'est sur ce point que nous devrions nous concentrer beaucoup plus », a-t-il estimé.

Il a noté que les États-Unis disposent de 1 600 personnes pour faire respecter au quotidien les transactions financières afin de détecter des opérations suspectes tombant sous le coup de sanctions américaines. « Tous les États membres n'ont pas la capacité administrative, voire la volonté » de remettre à plat leur organisation interne comme nous l'avons fait, a considéré l'ancien eurodéputé.

Interrogé sur ses attentes concernant le sommet de l'OTAN, fin juin à La Haye, M. Sikorski a vu d'un bon œil les discussions en cours sur l'augmentation des dépenses de défense des Alliés (EUROPE 13654/13). « Je m'attends à ce que, lors du sommet de l'OTAN, nous nous engagions à atteindre un niveau de dépenses comparable à celui des États-Unis, à savoir 3,5% dans les dépenses de défense pure et 1,5% dans d'autres aspects liés à la défense, comme la mobilité militaire, la défense civile, la cybersécurité ». Selon lui, ce que demande le président américain, Donald Trump, certes « dans un style inimitable », s'inscrit dans la lignée des requêtes de ses prédécesseurs.

Concernant la récente élection de Karol Nawrocki, issu de l'opposition politique conservatrice (EUROPE 13651/22), M. Sikorski s'est dit convaincu que le président élu respectera le « consensus national » visant à poursuivre la politique de dissuasion vis-à-vis de la Russie. La majorité des contrats de défense que nous finançons actuellement ont été signés par le précédent gouvernement issu du parti PiS ayant soutenu M. Nawrocki, a noté le ministre.

Après la victoire des conservateurs aux élections présidentielles, le Parlement polonais est appelé à se prononcer, mercredi, dans le cadre d'un vote de confiance envers le gouvernement de Donald Tusk.

Plus tard dans la matinée, le ministre polonais des Finances, Andrzej Domański, a constaté à nouveau que « plusieurs grands États membres [demeuraient] fermement opposés » à la confiscation des avoirs publics russes immobilisés dans l'UE. Toutefois, a-t-il ajouté, « il y a de plus en plus de pays qui s'expriment en faveur d'actions plus énergiques » vis-à-vis de ces avoirs lors des réunions du Conseil 'Écofin', en réponse à une question d'Agence Europe.

Et M. Domański d'indiquer que la position polonaise a toujours été claire sur la nécessité de « faire payer l'agresseur » pour la reconstruction de l'Ukraine, et pas uniquement à partir des profits générés par les avoirs russes immobilisés. (Mathieu Bion)

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