Accompagnés de six experts, les eurodéputés des commissions des libertés civiles (LIBE), de l'éducation et de la culture (CULT) du Parlement européen ont échangé, jeudi 12 juin, sur la mise en œuvre des législations européennes relatives à la liberté des médias et à la protection des journalistes.
Renate Nikolay, de la Commission européenne (DG Connect), a rappelé les mesures existantes et à venir : règlement sur la liberté des médias (MFA), directive européenne contre les 'procédures-bâillon' ('directive anti-SLAPP') (EUROPE 13304/5) , loi sur les services numériques, ainsi que le futur 'bouclier démocratique' et le prochain cadre financier pluriannuel, qui devra « apporter un plus grand soutien aux médias ».
En introduction, le président de la commission LIBE, Javier Zarzajelos (PPE, espagnol), a estimé que des « lacunes subsistent dans la mise en œuvre » de ces outils face à un « nombre croissant d'incidents ».
Règlement sur la liberté des médias. Selon Renate Nikolay, le rapport 2025 de la Commission sur le respect de l'État de droit dans l'UE devra « donner des indications quant à l'état de préparation des États membres pour la mise en œuvre de ce règlement », qui entrera totalement en application en août. La Commission ne devra « pas hésiter à lancer des procédures d'infraction, si aucune volonté d'agir n'est constatée ».
Procédures-baîllons. Selon le co-fondateur du pôle de recherche 'Anti-SLAPP', Justin Borg-Bartet, il faudrait harmoniser la législation en matière de diffamation par le biais du règlement européen 'Rome II', pour éviter aux journalistes d'être menacés dans plusieurs pays. Nikola Monchev (Renew Europe, bulgare) a souligné que « la directive 'anti-SLAPP' ne couvre pas les procédures administratives budgétaires ». Sur ce point, la Commission a précisé ne pas « fermer la porte à une révision » du texte.
Surveillance des journalistes. Jean-Paul Marthoz, le coordinateur du rapport annuel du Conseil de l'Europe sur la liberté des médias, a mis en garde contre « l'invocation abusive de la sécurité nationale pour justifier le recours à la surveillance des journalistes et à la rétention d'informations d'intérêt public », soulignant « le risque de collusion entre les services secrets, les autorités et la justice ».
Désinformation. Elena Rodina, du Centre européen pour la liberté de la presse et des médias, a rappelé que la désinformation était encore utilisée « avec la participation des détenteurs de pouvoir et des acteurs étatiques pour éroder la confiance du public dans le journalisme critique ».
Oliver Money-Kyrle, de l'Institut international de la presse, a demandé des « incitations fiscales pour ce qui est de la publicité dans les médias ou les abonnements », dans la mesure où « le recul du journalisme crée les conditions d'expansion de la désinformation ». (Florent Servia)