Plusieurs experts européens ont estimé que les universités avaient un rôle à jouer dans la diplomatie scientifique, en particulier dans le contexte géopolitique actuel, lors d’une conférence en ligne organisée jeudi 12 juin par la Ligue européenne des universités de recherche (LERU).
Nataša Kos, qui dirige le département de la diplomatie culturelle et scientifique au sein du ministère slovène des Affaires étrangères et européennes, a estimé que la dimension la plus importante de la diplomatie scientifique est la création d’un pont stratégique. « Elle relie la connaissance, l'innovation et la politique étrangère dans ce monde complexe, déjà fracturé, et il ne s'agit pas seulement de promouvoir la science à l'étranger », a-t-elle indiqué. « Je pense qu'il s'agit d'utiliser la science pour instaurer la confiance entre les nations, pour relever les défis mondiaux communs que nous connaissons tous afin de garantir notre place dans les alliances tournées vers l'avenir ».
Pour ce faire, l’Université de Genève a créé, par exemple, une interface dédiée à cela. « Les chercheurs et les scientifiques manquent souvent, tout naturellement, de connaissances sur les processus diplomatiques, les acteurs diplomatiques et les éléments qui permettent de construire des relations autour de cela », a expliqué Nicolas Seidler, directeur exécutif de l'Interface science-politique de Genève (GSPI), ajoutant : « De plus, ils ont souvent peu de temps, peu de reconnaissance ou de financements pour s'engager dans la politique, même si, là encore, il y a beaucoup de développements positifs dans le monde universitaire pour promouvoir cet engagement sociétal ». Selon lui, le succès d'un projet de diplomatie scientifique ou de politique scientifique ne dépend qu'à environ 20% des connaissances scientifiques de qualité, et à environ 80% des relations et des compétences relationnelles dans l'élaboration de ces projets.
D’après Jan Marco Mueller, chef de l'équipe ‘Approche globale, dialogue multilatéral et diplomatie scientifique’ à la Direction générale de la recherche et de l'innovation (DG RTD) de la Commission européenne, les universités ont un rôle à jouer dans l'avancement des frontières de la diplomatie scientifique, en termes de recherche, mais aussi dans la formation des futurs professionnels de la diplomatie scientifique. « Les universités sont elles-mêmes des acteurs de la diplomatie scientifique », a-t-il considéré. Il a cité en exemple les universités belges, qui ont décidé de rompre leurs liens avec des entités israéliennes. Il a évoqué aussi le soft power de la recherche. (Anne Damiani)